DAI­LY­MO­TION PEUT-IL RÉUS­SIR EN RES­TANT FRAN­ÇAIS!?

Le gou­ver­ne­ment a blo­qué les dis­cus­sions entre l’ac­tion­naire du site, Orange, et le por­tail amé­ri­cain Ya­hoo. Il es­père fé­dé­rer d’autres ac­teurs pour créer un pôle nu­mé­rique fran­çais

La Tribune Hebdomadaire - - LES ANALYSES -

Un an après l’en­trée du Fonds stra­té­gique d’in­ves­tis­se­ment (FSI) au ca­pi­tal de Via­deo, le Lin­kedIn fran­çais, l’État en­vi­sage de prendre une par­ti­ci­pa­tion dans Dai­ly­mo­tion, le YouTube tri­co­lore, dont le même FSI était sor­ti en 2011… À l’heure où le gou­ver­ne­ment veut faire de Pa­ris le fer de lance du nu­mé­rique na­tio­nal et glo­ri­fie le « made in France », le sort du site de vi­déos, dé­te­nu à 100!% par Orange de­puis jan­vier, pré­oc­cupe Ber­cy. Le gou­ver­ne­ment a blo­qué les dis­cus­sions de l’opé­ra­teur avec Ya­hoo et tra­vaille sur d’autres pistes.

Pre­mier site eu­ro­péen avec 112 mil­lions de vi­si­teurs uniques par mois, Dai­ly­mo­tion est l’une des rares réus­sites fran­çaises du Web (+ 55!% de crois­sance en 2012 se­lon Sté­phane Ri­chard, le PDG de France Te­le­com) et que les pou­voirs pu­blics n’ap­pré­cient guère de voir fi­ler à l’étran­ger. D’où les ma­noeuvres pour évi­ter un ra­chat par Ya­hoo, qui sou­hai­tait au moins 75!% du ca­pi­tal. « Le gou­ver­ne­ment a été très exi­geant avec Ya­hoo », re­con­naît un haut fonc­tion­naire à Ber­cy. « Nous ne sommes pas dogmatique­s [com­prendre an­ti­amé­ri­cains pri­maires, ndlr] mais cette op­tion d’une en­trée de Ya­hoo n’a de sens que si le por­tail amé­ri­cain prend des en­ga­ge­ments très forts sur l’ave­nir de la marque Dai­ly­mo­tion, le main­tien de l’ac­ti­vi­té et du siège en France. » Le site de par­tage de vi­déos em­ploie 180"per­sonnes, dont 120 à Pa­ris. « Il ne faut pas avoir une vi­sion étri­quée : on n’est pas obli­gé de faire un co­pié-col­lé de YouTube, il y a d’autres pistes que l’as­so­cia­tion à un por­tail » plaide-t-on à Ber­cy, où la pré­fé­rence va à un autre scé­na­rio : ce­lui de la créa­tion d’un « pôle nu­mé­rique fran­çais » au­tour de Dai­ly­mo­tion avec « des ac­ti­vi­tés connexes, dans une lo­gique de buil­dup », ce qui in­dui­rait un désen­ga­ge­ment d’Orange.

LE SITE PEUT-IL DE­VE­NIR UN CHAM­PION MON­DIAL SANS PAS­SER PAR LES ÉTATS-UNIS!?

L’opé­ra­teur est en­tré en avril 2011 au ca­pi­tal de Dai­ly­mo­tion, en ac­qué­rant 49,1!% pour 66 mil­lions d’eu­ros, avant de pas­ser en jan­vier der­nier à 100!% pour 61 mil­lions sup­plé­men­taires. Quels ac­tifs pour­raient être as­so­ciés à Dai­ly­mo­tion!? C’est dé­jà trop tard pour le site de musique en strea­ming Dee­zer, qui a le­vé 100 mil­lions d’eu­ros à l’au­tomne au­près d’Ac­cess In­dus­tries, la hol­ding de l’homme d’a#aires rus­so-amé­ri­cain Len Bla­vat­nik, pro­prié­taire de War­ner Mu­sic, et dont Orange est aus­si ac­tion­naire (10!%). Le ré­seau so­cial pro­fes­sion­nel Via­deo semble as­sez éloi­gné de cet uni­vers des conte­nus. La pé­pite Cri­teo, spé­cia­liste du ci­blage pu­bli­ci­taire, aus­si, et elle se­rait proche d’une in­tro­duc­tion en Bourse à New York la va­lo­ri­sant 2 mil­liards de dol­lars, se­lon Bloom­berg…

Au siège d’Orange, s’il est hors de ques­tion de s’op­po­ser à l’État, pre­mier ac­tion­naire, une cer­taine in­com­pré­hen­sion do­mine : « Il faut à Dai­ly­mo­tion un par­te­naire qui puisse lui ou­vrir les portes du mar­ché amé­ri­cain, qui est in­con­tour­nable et re­cèle le plus im­por­tant po­ten­tiel de dé­ve­lop­pe­ment, ce n’est pas une ques­tion d’ar­gent pour nous. » Bien que pré­sent dans une tren­taine de pays, Orange n’a pas su ai­der Dai­ly­mo­tion à ac­cé­lé­rer à l’in­ter­na­tio­nal, face au rou­leau com­pres­seur Google. Seule­ment 31e"site mon­dial en termes d’au­dience, Dai­ly­mo­tion reste loin der­rière YouTube, qui est troi­sième et dé­passe le mil­liard de vi­si­teurs uniques par mois. « France Te­le­com est une ma­chine à cas­ser les dy­na­miques », es­time un bon connais­seur du sec­teur. Exac­te­ment comme Dee­zer, et comme de nom­breuses start-up fran­çaises ou eu­ro­péennes qui peinent à s’in­ter­na­tio­na­li­ser sans pas­ser par la case États-Unis, faute d’un mar­ché do­mes­tique d’une taille su$sante, Dai­ly­mo­tion au­ra du mal à « pas­ser à l’étape d’après sans un par­te­naire in­dus­triel qui connaisse les mé­tiers du nu­mé­rique et les ac­teurs clés du mar­ché amé­ri­cain » , des grands pro­duc­teurs de conte­nus aux annonceurs, ce qui n’est pas le cas de France Te­le­com ni de beau­coup de groupes fran­çais.

Pour­tant, Ber­cy est convain­cu que « plu­sieurs groupes de mé­dias fran­çais sont in­té­res­sés et pour­raient trou­ver des sy­ner­gies » avec Dai­ly­mo­tion.

Il pour­rait s’agir de Vivendi, qui veut se re­dé­ployer dans les conte­nus!; de La­gar­dère, qui en­vi­sage des ac­qui­si­tions ci­blées dans le nu­mé­rique après sa sor­tie d’EADS, voire de TF1, qui avait en­vi­sa­gé de ra­che­ter Dai­ly­mo­tion en 2007. La fi­liale du groupe Bouygues est en guerre ju­ri­dique contre le site qu’elle a fait condam­ner pour contre­fa­çon, du fait du re­trait tar­dif de conte­nus pro­té­gés, mais elle va ré­cu­pé­rer 185 mil­lions d’eu­ros de la vente de 20!% d’Eu­ro­sport et de ses chaînes thé­ma­tiques à l’amé­ri­cain Dis­co­ve­ry. Vivendi et dans une moindre me­sure La­gar­dère ont une cer­taine connais­sance du mar­ché amé­ri­cain à la di#érence de TF1. France Te­le­com n’a pas for­cé­ment très en­vie de dis­cu­ter avec les mai­sons mères de ses concur­rents SFR (Vivendi) et Bouygues Te­le­com.

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