Vers un nou­veau contre-choc pé­tro­lier…

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ - IVAN BEST

L’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie sou­ligne la mon­tée en puis­sance, beau­coup plus ra­pide que pré­vu, du pé­trole non conven­tion­nel. Cette pro­duc­tion abon­dante va bou­le­ver­ser l’équi­libre du mar­ché pé­tro­lier, avec un a!ai­blis­se­ment du poids de l’Opep. Et sans doute ac­cé­lé­rer une chute des prix, qui a dé­jà com­men­cé.

LE PÉ­TROLE NON CONVEN­TION­NEL, ex­trait de la roche grâce aux tech­niques de frac­tu­ra­tion hy­drau­lique – à l’ins­tar du gaz de schiste – avait jus­qu’à main­te­nant un rôle mar­gi­nal dans la pro­duc­tion pé­tro­lière mon­diale. Aux États-Unis, zone prin­ci­pale d’ex­trac­tion jus­qu’à main­te­nant, on en pro­dui­sait 110!000 ba­rils par jour en 2001, et 550!000 ba­rils en 2011. Des pré­vi­sions à très long terme fai­saient état d’une contri­bu­tion plus éle­vée, puisque de 3 mil­lions à 4 mil­lions de ba­rils par jour étaient at­ten­dus à l’ho­ri­zon 2035.

LE PRIX DU PÉ­TROLE EN BAISSE DE 40!% D’ICI À 2035

Or, ce ni­veau de pro­duc­tion se­ra at­teint bien plus tôt qu’an­non­cé : de­main, ou presque, es­time l’Agence in­ter­na­tio­nale de l’éner­gie (AIE), dans un rap­port pu­blié mar­di 14"mai. La pro­duc­tion amé­ri­caine va aug­men­ter de 3,9 mil­lions de ba­rils par jour d’ici à 2018, es­timent les ex­perts. Elle dé­pas­se­ra donc dans cinq"ans le ni­veau en­core at­ten­du, voi­là quelques se­maines, pour 2035. Cette pro­duc­tion non conven­tion­nelle contri­bue­ra à elle seule, pour moi­tié, à la crois­sance de l’o#re mon­diale d’or noir hors Opep. « L’Amé­rique du Nord pro­voque ac­tuel­le­ment un choc d’offre qui a des ré­per­cus­sions à tra­vers le monde en­tier » , a$rme Ma­ria van der Hoe­ven, di­rec­trice exé­cu­tive de l’AIE. soit 37!% de moins qu’au­jourd’hui. L’AIE sou­ligne que le pé­trole non conven­tion­nel pour­rait se dé­ve­lop­per ra­pi­de­ment dans d’autres pays, en Amé­rique la­tine, en Rus­sie ou en Chine, où des pos­si­bi­li­tés existent.

De quoi chan­ger l’équi­libre mon­dial du mar­ché. À l’ho­ri­zon 2018, la de­mande de pé­trole at­tein­drait 96,7 mil­lions de ba­rils par jour –"compte te­nu des pro­jec­tions de crois­sance éco­no­mique, pru­dentes, du FMI" –, tan­dis que l’o#re at­tein­drait glo­ba­le­ment 103 mil­lions de ba­rils. L’AIE ne se pro­nonce pas sur l’évo­lu­tion des prix. Mais une étude ré­cente de Pri­ce­wa­te­rhou­seCoo­pers es­ti­mait que le prix du pé­trole pour­rait bais­ser de près de 40!% d’ici à 2035.

La baisse a de bonnes chances d’être en­core plus vio­lente, et en tout cas plus ra­pide, compte te­nu d’une mon­tée en puis­sance ex­cep­tion­nelle de la pro­duc­tion non conven­tion­nelle.

Un vé­ri­table contre-choc pé­tro­lier!? Si le pé­trole Brent pas­sait d’une cen­taine de dol­lars le ba­ril au­jourd’hui à une cin­quan­taine de dol­lars dans quelques an­nées, les e#ets éco­no­miques se­raient, de fait, consi­dé­rables. Le hic, c’est que si les prix chutent trop vite, ils tom­be­ront sous les coûts de pro­duc­tion du pé­trole de schiste.

Or, à l’in­verse des champs pé­tro­li­fères tra­di­tion­nels, l’ex­trac­tion non conven­tion­nelle peut être stop­pée du jour au len­de­main. Bien sûr, les tech­niques évo­luent ra­pi­de­ment, au­to­ri­sant une di­mi­nu­tion des coûts. Mais on ne re­trou­ve­ra pas de si­tôt le pé­trole à 20 dol­lars le ba­ril.

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