Bor­deaux lance des ba­teaux-bus hy­brides, uniques au monde

NA­VI­GUER EN VILLE Dis­pa­rues de­puis plus de soixante!ans, les na­vettes flu­viales font leur re­tour sur les rives de la Ga­ronne, dans la ca­pi­tale aqui­taine. Ce se­rait ba­nal si ces ba­teaux-bus fu­tu­ristes n’étaient pas à la pointe de la tech­no­lo­gie!: ils peuve

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / FRANCE - NI­CO­LAS CÉ­SAR, À BOR­DEAUX, OB­JEC­TIF AQUI­TAINE

La der­nière na­vette flu­viale à Bor­deaux re­monte à 1947. Ce­la fait dix­huit! ans que je pro­pose de faire re­vivre ce fleuve » , s’en­thou­siasme Phi­lippe Dorthe, conseiller gé­né­ral (PS) de Gi­ronde. Le com­bat a été long. Plu­sieurs pro­jets ont échoué. Mais ce­lui-là a tous les atouts pour sé­duire, y com­pris d’autres villes dans le monde, bor­dées ou tra­ver­sées par un fleuve, tant la nou­velle na­vette, bap­ti­sée Bat­cub, mise en ser­vice dé­but mai par la Com­mu­nau­té ur­baine de Bor­deaux (CUB) est in­no­vante. Ce na­vire « doux », long de 19! mètres, peut vo­guer trois heures en tout élec­trique et se re­charge pen­dant la na­vi­ga­tion en « mode hy­bride ». « Je ne connais pas d’autres ba­teaux qui pro­posent à la fois l’hy­bride, l’élec­trique, le die­sel et sont ca­pables de na­vi­guer à 15! noeuds » , avance Em­ma­nuel Martin, le pa­tron du chan­tier Du­bour­dieu.

UNE VI­TRINE POUR LE SA­VOIR-FAIRE BOR­DE­LAIS

Autre spé­ci­fi­ci­té, « c’est un ca­ta­ma­ran, qui, grâce à des ca­rènes très fines, coupe l’eau, ne re­bon­dit pas, ce qui as­sure un cer­tain confort de na­vi­ga­tion sur un fleuve ré­pu­té dif­fi­cile » , ajoute-t-il.

Un concept qui a vo­ca­tion à s’ex­por­ter. Pour Bor­deaux, c’est une vi­trine de son sa­voir-faire dans le nau­tisme. Car ces in­no­va­tions ont été réa­li­sées par un grou­pe­ment d’en­tre­prises lo­cales, pi­lo­té par le chan­tier Du­bour­dieu (2 mil­lions d’eu­ros de chiffre d’af­faires), en­tre­prise ba­sée à Gu­jan-Mes­tras sur le bas­sin d’Ar­ca­chon, spé­cia­liste des pi­nasses de­puis un siècle. Construc­tions Alu­mi­nium In­ox, éga­le­ment à Gu­jan-Mes­tras, en a fa­bri­qué les coques, Orion Na­val En­gi­nee­ring (Ca­né­jan) en a réa­li­sé les études, tan­dis que Saft, qui a une usine et un centre de re­cherche mon­dial à Bor­deaux, a dé­ve­lop­pé les bat­te­ries li­thiu­mion. Dans ce consor­tium gi­ron­din, un Nan­tais, ECA-EN, groupe fran­çais de robotique et d’aéronautiq­ue, ap­porte son sa­voir-faire pour la pro­pul­sion.

« La tra­ver­sée avec cette na­vette coûte le prix d’un ti­cket de tram­way » , sou­ligne Vincent Fel­tesse, le pré­sident de la CUB. Ce ba­teau­bus est in­té­gré au ré­seau de trans­port de la CUB et a vo­ca­tion à de­ve­nir le qua­trième maillon du sys­tème de trans­ports en com­mun de la col­lec­ti­vi­té.

La na­vette as­sure deux liai­sons ra­pides toutes les 15!mi­nutes aux heures de pointe (7! h-10 h et 16 h-19 h) entre le Bas Lor­montC­la­veau et Sta­lin­grad- Quin­conces. Les tra­ver­sées s’e"ec­tuent en 4!mi­nutes, contre 20!mi­nutes en tram­way. Le reste de la jour­née et les week-ends, une liai­son de ca­bo­tage avec une fré­quence de 45!mi­nutes est as­su­rée entre le Bas Lor­mont et la place Sta­lin­grad en 40! mi­nutes, avec cinq es­cales. Elle de­vrait sé­duire les tou­ristes, mais aus­si les Bor­de­lais dé­si­reux de voir leur ville « au­tre­ment ». Chaque ba­teau-bus pour­ra trans­por­ter 45!pas­sa­gers et six vé­los. 200#000! voya­geurs par an sont at­ten­dus.

Un vrai pa­ri pour Keo­lis, la fi­liale de la SNCF qui ex­ploite aus­si le ré­seau de tram­way, car l’in­ves­tis­se­ment n’est pas né­gli­geable : les deux na­vettes construite­s ont coû­té 1,8 mil­lion d’eu­ros et leur uti­li­sa­tion, con­fiée à l’as­so­cia­tion Gens d’Es­tuaire, a per­mis de créer 12!em­plois. Pour au­tant, lorsque Nantes avait lan­cé sa na­vette flu­viale sur la Loire en 2005, le Na­vi­bus avait dé­mar­ré len­te­ment, avec 80#000!usa­gers par an. Au­jourd’hui, c’est un vrai suc­cès : 511#000!pas­sa­gers l’em­pruntent, pour al­ler tra­vailler dans 80#% des cas.

UN PLUS POUR UNE MÉ­TRO­POLE «!DU­RABLE!»

« Quand on va tra­vailler en ba­teau, on n’aborde pas la jour­née de la même ma­nière », sou­ligne Phi­lippe Dorthe. Il faut dire aus­si que la com­mu­nau­té ur­baine de Bor­deaux, connue pour ses em­bou­teillages, a tout in­té­rêt à di­ver­si­fier les modes de trans­port. D’ici à 2030, elle veut faire croître sa po­pu­la­tion de 750#000!ha­bi­tants à un mil­lion pour at­teindre le sta­tut de mé­tro­pole eu­ro­péenne. Une mé­tro­pole, qui se « veut du­rable » et a de nom­breux pro­jets im­por­tants pour les pro­chaines an­nées : quar­tier d’a"aires Eur­at­lan­tique, ar­ri­vée de la LGV en 2017 qui met­tra Bor­deaux à deux heures de Pa­ris…

Le Bat­cub de­vrait aus­si de­ve­nir un plus tou­ris­tique, un élé­ment sup­plé­men­taire d’at­trac­ti­vi­té de Bor­deaux, une ville qui a de beaux atouts et est clas­sée de­puis 2007 au pa­tri­moine mon­dial de l’Unesco. Se­lon une en­quête réa­li­sée par l’ins­ti­tut de son­dages BVA pour la presse quo­ti­dienne ré­gio­nale, la ca­pi­tale de l’Aqui­taine est la deuxième ville pré­fé­rée des Fran­çais, après Pa­ris. Mais le plus im­por­tant, c’est peut-être que Bor­deaux re­noue au­jourd’hui avec son fleuve. Car la ville, qui a long­temps dé­ni­gré sa rive droite, construit dé­sor­mais son ave­nir en re­gar­dant des deux cô­tés de la Ga­ronne. Et ce­la, c’est loin d’être ano­din.

[LACUB]

Bat­cub, la nou­velle na­vette hy­bride, dis­pose de 3!heures d’au­to­no­mie et se re­charge pen­dant la na­vi­ga­tion.

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