QUE PEUT-ON AT­TENDRE DE LA DEUXIÈME CONFÉ­RENCE SO­CIALE!?

La deuxième confé­rence so­ciale se tien­dra les 20 et 21!juin. La di"cile ques­tion des re­traites est au coeur de cette ren­contre. Le gou­ver­ne­ment veut al­ler vite pour ré­sor­ber un be­soin de fi­nan­ce­ment es­ti­mé à près de 21!mil­liards d’eu­ros à l’ho­ri­zon 2020.

La Tribune Hebdomadaire - - LES ANALYSES -

L’am­biance risque d’être net­te­ment mo­rose les 20 et 21 juin pro­chains lorsque les dé­lé­ga­tions syn­di­cales et pa­tro­nales se re­trou­ve­ront avec le gou­ver­ne­ment au siège du Conseil éco­no­mique, so­cial et en­vi­ron­ne­men­tal, pour dé­ter­mi­ner le pro­chain ca­len­drier so­cial et les ré­formes à me­ner, sur les re­traites no­tam­ment. Cô­té syn­di­cal, plus ques­tion d’a"cher la sé­ré­ni­té d’il y a un an. Lors du pre­mier som­met de juillet 2012, CFDT et CGT ne ca­chaient alors pas leur sa­tis­fac­tion d’avoir vu Ni­co­las Sar­ko­zy échouer à se main­te­nir à l’Ély­sée. Et l’ac­cueil ré­ser­vé à Fran­çois Hol­lande fut plu­tôt cha­leu­reux. Il faut dire que le nou­veau pré­sident ve­nait de ti­rer ses quelques (très rares) car­touches so­ciales qui ca­res­saient les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales dans le sens su poil : re­va­lo­ri­sa­tion du smic, de l’al­lo­ca­tion de ren­trée sco­laire, dé­cret sur la re­traite à 60!ans pour les car­rières longues, etc. Même le Me­def avait été sa­tis­fait d’en­tendre un gou­ver­ne­ment so­cia­liste de­man­der l’ou­ver­ture d’une né­go­cia­tion sur l’em­ploi. Qui a dé­bou­ché sur l’ac­cord du 11 jan­vier 2013 po­sant les ja­lons d’une flexi­sé­cu­ri­té à la fran­çaise.

C’était il y a un an… On di­rait un siècle. Le cli­mat n’était plus du tout à l’eu­pho­rie ce lun­di 13 mai lorsque le Pre­mier mi­nistre, Jean-Marc Ay­rault, a re­çu à tour de rôle cha­cune des or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales et syn­di­cales pour pré­pa­rer la confé­rence des 20 et 21 juin. Il faut re­con­naître que le gou­ver­ne­ment n’a pas de bonnes nou­velles à an­non­cer, même si la France vient d’ob­te­nir de la Com- mis­sion eu­ro­péenne un sur­sis de deux ans, jus­qu’à la fin de 2015 pour ré­ta­blir l’équi­libre des comptes pu­blics.

Mais, en échange, les au­to­ri­tés de Bruxelles ont été très claires : la France doit réa­li­ser des ré­formes struc­tu­relles, no­tam­ment sur les re­traites et le coût du tra­vail. Sur ce der­nier point, Fran­çois Hol­lande peut ré­pli­quer qu’il a dé­jà fait une bonne par­tie du che­min avec le pacte de com­pé­ti­ti­vi­té et le cré­dit d’im­pôt com­pé­ti­ti­vi­té em­ploi (CICE) qui va per­mettre aux en­tre­prises de bais­ser leurs coûts à hau­teur de 20 mil­liards d’eu­ros.

LA RÉ­FORME DES RE­TRAITES, UN «!DE­VOIR!» FIXÉ PAR BRUXELLES

Reste l’épi­neux dos­sier des re­traites. Le rap­port du Conseil d’orien­ta­tion des re­traites (COR) es­time à 20,9 mil­liards d’eu­ros le be­soin de fi­nan­ce­ment de l’en­semble des ré­gimes à l’ho­ri­zon 2020. Le gou­ver­ne­ment doit donc prendre des dé­ci­sions di"ciles et for­cé­ment im­po­pu­laires, d’où la mo­ro­si­té des syn­di­cats, voire leur franche op­po­si­tion. Thier­ry Lepaon, le nou­veau se­cré­taire de la CGT, tente de faire mon­ter la pres­sion en ap­pe­lant les sa­la­riés à se mo­bi­li­ser contre une éven­tuelle aug­men­ta­tion de la du­rée de co­ti­sa­tion. Se­lon la CGT, c’est par le biais de l’em­ploi, de la hausse des sa­laires et de la crois­sance que le su­jet doit en pre­mier lieu être abor­dé. Jean-Claude Mailly, son ho­mo­logue de FO, éga­le­ment op­po­sé à un al­lon­ge­ment de la du­rée de co­ti­sa­tion, voit avec les re­traites un su­jet « conflic­tuel ».

Dans le camp pa­tro­nal, Me­def en tête, on se fé­li­cite que le gou­ver­ne­ment ose a#ron­ter le su­jet de l’al­lon­ge­ment de la du­rée de vie… et donc de la du­rée de co­ti­sa­tion. Lau­rence Pa­ri­sot l’a"rme : « La du­rée de co­ti­sa­tion doit pas­ser de 41 ans ac­tuel­le­ment à 43 ans en 2020 et, à l’ho­ri­zon 2030, l’âge lé­gal du dé­part à la re­traite doit être fixé à 65 ans. » Mais il au­rait été plus fa­cile pour le gou­ver­ne­ment de le faire avec une conjonctur­e moins dé­gra­dée. Or quoi qu’il dé­cide – aug­men­ta­tion de la CSG de 6,6 à 7,5$% sur les pen­sions de re­traite, pas­sage de 41!ans à 43 ou 44!ans de la du­rée de co­ti­sa­tion, dés­in­dexa­tion par­tielle des pen­sions, fin de cer­tains avan­tages liés aux fa­milles nom­breuses – les me­sures se­ront im­po­pu­laires, sur­tout dans un contexte de crois­sance zé­ro.

Le tout alors même que le chô­mage conti­nue sa pro­gres­sion (la Com­mis­sion eu­ro­péenne pré­voit un taux de chô­mage de 10,6$% cette an­née puis de 10,9$% en 2014) et que le pou­voir d’achat stagne. Sur­tout, le risque pour le gou­ver­ne­ment se­rait d’être ac­cu­sé de me­ner une ré­forme « fi­nan­cière » des re­traites dans le seul but de col­ma­ter les brèches. Il a d’ailleurs an­non­cé que la concer­ta­tion se­rait me­née au pas de charge et li­mi­tée à un gros mois. Il semble avoir re­non­cé, du moins dans un pre­mier temps, à une ré­forme sys­té­mique, qui pas­se­rait par un rap­pro­che­ment (à dé­faut d’une har­mo­ni­sa­tion) des règles en vi­gueur dans le pu­blic et le pri­vé. Piste pour­tant évo­quée pen­dant la cam­pagne élec­to­rale et for­te­ment dé­fen­due par la CFDT.

La ques­tion so­ciale va donc de­ve­nir très épi­neuse pour Fran­çois Hol­lande. Ce n’est pas avec cette confé­rence qu’il va re­ga­gner des points de po­pu­la­ri­té. Mais une ré­forme des re­traites réus­sie se­ra très bé­né­fique pour l’image de la France sur les mar­chés et lui per­met­tra de conti­nuer d’em­prun­ter à des taux ex­cep­tion­nel­le­ment faibles. Sans par­ler du fait qu’il veut prou­ver que la France tient ses en­ga­ge­ments eu­ro­péens, une exem­pla­ri­té in­dis­pen­sable pour lui per­mettre de ré­orien­ter la politique eu­ro­péenne.

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