EN­QUÊTE

L’ir­ré­sis­tible as­cen­sion du chi­nois Hua­wei

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - DEL­PHINE CU­NY, À SHENZ­HEN

At­ta­qué comme un des­truc­teur d’em­plois chez ses concur­rents, Hua­wei a mul­ti­plié les an­nonces d’em­bauches sur le Vieux Conti­nent.

Sous les do­rures du sa­lon Ro­land Bo­na­parte du somp­tueux hô­tel Shan­gri-La, à deux pas de la Tour Ei!el, Ken Hu, le PDG en exer­cice du nu­mé­ro deux mon­dial des équi­pe­ments télécoms, Hua­wei (pro­non­cer « ouai-ouaye »), ex­plique, dans un an­glais par­fait, après quelques mots en fran­çais pour la forme, comment le géant chi­nois « peut ai­der » la France et ses ré­gions à ac­cé­lé­rer dans le très haut dé­bit. « Nous avons beau­coup à o!rir » , fait va­loir ce qua­dra jo­vial, en­tré en 1990 chez Hua­wei comme 41e"em­ployé. Il rap­pelle que l’en­tre­prise de Shenz­hen, pré­sente de­puis dix"ans dans l’Hexa­gone, y em­ploie 650"per­sonnes « hau­te­ment qua­li­fiées » (à 78#% des Fran­çais) et four­nit des équi­pe­ments (an­ten­nes­re­lais, boxes, etc.) aux prin­ci­paux opé­ra­teurs (Orange, SFR, Bouygues Te­le­com, Free).

« La France est un grand pays, qui pos­sède une riche his­toire en ma­tière d’in­gé­nie­rie et un sys­tème d’édu­ca­tion de rang mon­dial » , com­pli­mente le PDG. Du miel aux oreilles des nom­breux élus lo­caux conviés à ce grand raout, or­ga­ni­sé à la mi-avril, où sont no­tam­ment in­ter­ve­nus An­dré San­ti­ni, le dé­pu­té-maire d’Is­sy-les-Mou­li­neaux, le dé­pu­té de Pa­ris JeanMa­rie Le Guen, ou le sé­na­teur de Haute-Sa­voie Pierre Hé­ris­son.

L’o!en­sive de charme est op­por­tune, alors que la France s’ap­prête à dé­pen­ser des mil­liards dans le dé­ploie­ment de ré­seaux de fibre op­tique. C’est aus­si une opé­ra­tion de com­mu­ni­ca­tion né­ces­saire à l’heure où cer­tains, jus­qu’au mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif, Ar­naud Mon­te­bourg, l’ac­cusent d’être res­pon­sable, par son agres­si­vi­té com­mer­ciale, des di$cultés de son concur­rent fran­çais, Al­ca­tel-Lucent. Elle s’ins­crit dans une cam­pagne mar­ke­ting mon­diale qu’a en­ga­gée l ’e ntre­prise, cons­ciente de ses pro­blèmes d’image. « Nous avons long­temps fait l’au­truche, la tête dans le sable. Nous de­vons main­te­nant nous ou­vrir » , re­con­naît Zhu Yong­gang, le res­pon­sable de la marque.

«"Ou­ver­ture"», «"trans­pa­rence"», ces deux mots sont mar­te­lés au cours de la confé­rence an­nuelle pour les ana­lystes, or­ga­ni­sée à la fin d’avril par Hua­wei dans un grand hô­tel de Shenz­hen, au Sud de la Chine. Pour la dixième édi­tion de cette confé­rence, le groupe, fon­dé il y a vingt-cinq ans, a re­çu plus de 500" per­sonnes, ana­lystes in­dus­triels et fi­nan­ciers, in­ves­tis­seurs, jour­na­listes d’une di­zaine de pays, cu­rieux de mieux connaître cette réus­site chi­noise ful­gu­rante, qui a mul­ti­plié par treize son chiffre d’a!aires en dix"ans et bou­le­ver­sé le pal­ma­rès mon­dial du sec­teur, mais en­core nim­bée de mys­tère. No­tam- ment au­tour de son fon­da­teur, Ren Zheng­fei, 68"ans, tou­jours pré­sident, dont le pas­sé d’an­cien in­gé­nieur de l’ar­mée chi­noise a nour­ri les rumeurs (in­fon­dées, dixit Hua­wei) de contrôle in­di­rect par l’État.

L’AN­CIEN « SUI­VEUR » EST DE­VE­NU LEA­DER

« Nous sommes pro­ba­ble­ment l’en­tre­prise la plus au­di­tée au monde » , se dé­fend Fran­çois Quen­tin, le pré­sident de Hua­wei France, en ré­fé­rence aux nom­breux rap­ports et en­quêtes ayant por­té sur l’en­tre­prise, contrô­lée par KPMG de­puis 2000. « C’est nor­mal : en tant qu’ équi­pe­men­tier télécoms, les gens veulent sa­voir ce qu’il se passe chez nous » , ob­serve CT John­son, le contrô­leur de ges­tion, un Amé­ri­cain dé­bau­ché chez Erics­son, un des nom­breux cadres de haut ni­veau re­cru­tés chez les concur­rents ces deux der­nières an­nées. Pré­sen­ta­tions dé­taillées des comptes de l’en­tre­prise, de la stra­té­gie par chaque pa­tron de di­vi­sion en an­glais sans tra­duc­teur, séances de ques­tions-ré­ponses feu­trées, dis­cus­sions in­for­melles sans ta­bou, mais pas d’ap­pa­ri­tion de M. Ren au som­met, pour les ana­lystes.

« Nous étions un sui­veur, qui ven­dait moins cher. Nous sommes de­ve­nus un équi­pe­men­tier de pre­mier plan, un par­te­naire stra­té­gique pour 45 des 50"pre­miers opé­ra­teurs mon­diaux, qui re­pré­sentent un tiers de la po­pu­la­tion de la pla­nète » , fait va­loir un di­ri­geant de la branche opé­ra­teurs (plus de 70#% du chi!re d’af­faires du groupe). « Hua­wei a long­temps joué le rôle de lièvre dans les ap­pels d’o!res en Eu­rope, for­çant Al­ca­tel-Lucent et No­kia Sie­mens à cas­ser leurs ta­rifs. Au­jourd’hui, on ne le choi­sit plus pour ses prix mais pour sa tech­no­lo­gie. En par­ti­cu­lier ses équi­pe­ments Single RAN, qui re­groupent en un seul gros boî­tier sur une an­tenne-re­lais mo­bile de quoi émettre et cap­ter en 2G, 3G et 4G » , confirme le res­pon­sable du ré­seau d’un opé­ra­teur fran­çais, qui a fait plu­sieurs fois le dé­pla­ce­ment à Shenz­hen.

Dans cette vo­lon­té d’ou­vrir les portes de son en­tre­prise, Hua­wei fait dé­fi­ler des vi­si­teurs de toutes na­tio­na­li­tés sur son cam­pus à l’amé­ri­caine qui s’étend sur 2 km2, en face du com­plexe du mas­to­donte Fox­conn, le sous-trai­tant d’Apple. Cer­tains veulent voir les dor­toirs mo­dèles, avec pis­cine et es­paces

[WONG MAYE-E/AP/SIPA PRESS]

Conscient de ses pro­blèmes d’image, le géant des équi­pe­ments télécoms s’est en­ga­gé dans une cam­pagne mar­ke­ting mon­diale.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.