Sur l’eu­rope, Hol­lande a rai­son

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / INTERNATIO­NAL -

Le pré­sident de la Ré­pu­blique fran­çaise veut un pré­sident pour di­ri­ger le gou­ver­ne­ment éco­no­mique de la zone eu­ro. Le pré­sident veut un pré­sident. En soi, ce n’est pas ba­nal. Pour qu’un chef de­mande à être coi!é par un autre chef, il faut qu’il ait l’im­pres­sion d’avoir dé­jà per­du le pou­voir ou bien qu’il y voie l’in­té­rêt su­pé­rieur de son pays. Ou un peu des deux. Mais peu im­portent ses mo­tifs. L’es­sen­tiel est qu’il a rai­son. L’état dans le­quel se trouve l’éco­no­mie de la zone eu­ro, mi­née par les di­ver­gences entre ses par­ties, est en soi un ar­gu­ment im­pa­rable. Il faut ré­pa­rer ce­la. « Co­or­don­ner les po­li­tiques éco­no­miques, est-ce que c’est se flin­guer sur la TVA des coi!eurs ou bien est-ce que c’est se de­man­der quelles sont les consé­quences d’une hausse de trois points du taux nor­mal en Al­le­magne [dé­ci­dée uni­la­té­ra­le­ment dé­but 2012]"? », ré­sume une source eu­ro­péenne aver­tie. Les mi­nistres ont per­du beau­coup de temps de­puis la créa­tion de l’eu­ro avec les coi!eurs et autres res­tau­ra­teurs. On le paye très cher. La zone eu­ro a be­soin de quel­qu’un qui trans­forme la guerre de tous contre tous en en­tre­prise d’in­té­rêt com­mun. Quel­qu’un qui passe sa vie à cou­rir d’une ca­pi­tale à l’autre, qui mo­dère, qui contraigne les di­ri­geants nationaux à faire dans leur pays ce qu’ils se pro­mettent entre eux à Bruxelles. Il faut quel­qu’un pour convaincre An­ge­la"Mer­kel d’ac­cep­ter de par­ler nu­cléaire et TVA avec ses pairs, et Fran­çois"Hol­lande du mar­ché du tra­vail et des cor­po­ra­tismes qui bloquent son pays. LA PRO­PO­SI­TION PRÉ­SI­DEN­TIELLE DU 17 MAI EST UN RÉEL CHAN­GE­MENT DE DOC­TRINE. Il n’est qu’à re­mon­ter au 13 mai pour me­su­rer à quel point. Ce soir-là, Pierre Mos­co­vi­ci était à Bruxelles pour une réunion de mi­nistres des Fi­nances de la zone eu­ro. Il est in­ter­ro­gé sur les ré­formes en­tre­prises en France. En a-t-il dé­bat­tu sur le fond avec ses ca­ma­rades de l’eu­ro­zone#? « Non », ré­pond-il en sub­stance. « Nous vou­lons être ju­gés sur les fins et non sur les moyens. Ça s’ap­pelle la dé­mo­cra­tie » , dit-il. Hol­lande, si on l’a bien com­pris, dit exac­te­ment l’in­verse : il faut un lieu où l’on ne dé­batte pas seule­ment des fins, mais aus­si des moyens. À l’été 2011, la chan­ce­lière al­le­mande avait pro­po­sé à Ni­co­las Sar­ko­zy de ne plus faire pré­si­der l’eu­ro­groupe par un in­té­ri­maire (Jean-Claude Jun­cker, alors Pre­mier mi­nistre du Luxem­bourg), mais de créer un poste à plein­temps, quoi­qu’à du­rée dé­ter­mi­née. Il avait re­fu­sé. Il avait peur peut-être qu’un Al­le­mand prenne le job. La se­maine der­nière, Fran­çois Hol­lande a pris la chan­ce­lière au mot. Mais on peut comp­ter sur elle pour ne pas tar­der à lui de­man­der : pour quoi faire#? On ver­ra à la ré­ponse du Fran­çais s’il pen­sait vrai­ment ce qu’il di­sait.

[G. VA­RE­LA/20 MI­NUTES/SIPA]

Le pré­sident Fran­çois Hol­lande en vi­site au Par­le­ment eu­ro­péen, ici en com­pa­gnie du pré­sident Martin Schulz, à Stras­bourg, le 5 fé­vrier 2013.

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