LA RI­GUEUR À L’ÉTAT, LA RE­LANCE AUX TER­RI­TOIRES

Tan­dis que l’état as­su­me­rait la ri­gueur ain­si que l’or­ga­ni­sa­tion des prio­ri­tés et des in­ves­tis­se­ments d’ave­nir, la mo­bi­li­sa­tion de l’épargne oi­sive per­met­trait de « gé­rer l’ur­gence » et de créer des em­plois de proxi­mi­té, no­tam­ment dans la «!sil­ver éco­no­mi

La Tribune Hebdomadaire - - LES IDÉES -

Vous jouez avec les blancs ou les noirs"? Qu’im­porte, le jeu est le même. Les ex­perts ferment le jeu dans leur ques­tion et du coup ne livrent au­cune piste. Doués d’un simple bon sens, les ci­toyens an­ti­cipent qu’une telle op­po­si­tion ca­ri­ca­tu­rale, au-de­là de ser­vir des rentes de si­tua­tions à des chro­ni­queurs at­ti­trés, n’est qu’une dé­pense d’éner­gie sté­rile et cho­quante pour le dé­bat dé­mo­cra­tique.

Pos­tu­lons ce qui est le plus sû­re­ment consen­suel. Oui, on ne peut faire fi de la dette pu­blique. Oui, on ne peut qu’ad­mettre qu’une ri­gueur aveugle, outre son ar­ro­gance an­ti­so­ciale, en­gendre de nou­veaux dé­fi­cits et fait fausse route en l’état.

En écou­tant ré­cem­ment un de ces élus confron­tés aux réa­li­tés de la ques­tion de l’em­ploi, le maire de Tou­louse, Pierre Co­hen, on per­çoit l’at­tente et le vo­lon­ta­risme nou­veau du politique. Il évo­quait et convo­quait la créa­ti­vi­té. Les en­jeux in­dus­triels sont tou­jours aus­si des en­jeux de be­soins, d’une de­mande so­ciale ou so­cié­tale : éco­no­mie de la connais­sance, en­jeu éner­gé­tique et éco­lo­gique, « sil­ver éco­no­mie ». Ils né­ces­sitent per­cep­tion et prise en main ter­ri­to­riale pour de­ve­nir fi­lière éco­no­mique na­tio­nale.

Cet ar­ticle se veut un ap­pel. L’époque mé­rite « un saut créa­tif » tout au­tant qu’un « choc de confiance ». Les ci­toyens fran­çais ont droit à la consi­dé­ra­tion de leur ma­tu­ri­té à la fois dé­mo­cra­tique, ré­pu­bli­caine et d’at­ta­che­ment à leur pa­trie. La pa­trie, « com­mu­nau­té des af­fects », se­lon Saint-Just, est aus­si res­pect et va­lo­ri­sa­tion de la cul­ture de ses ter­ri­toires. Ces « adultes » sont ca­pables d’en­tendre une as­pi­ra­tion pour peu qu’elle s’ap­puie sur une confiance re­trou­vée, sur le par­tage d’un es­poir, sur une mo­bi­li­sa­tion res­pec­tueuse de cha­cun.

Cette so­cié­té doit mettre les choses au clair « avec l’ar­gent ». Ce­la est dit vo­lon­tai­re­ment de la ma­nière la plus sim­pliste pos­sible pour évi­ter les « in­tel­li­gences de dé­tails ». C’est notre ex­pé­rience com­mune du bar de quar­tier ou de la réunion pro­fes­sion­nelle!: « Plus de fric"! »

Pour­tant du fric, il y en a!: l’épargne des Fran­çais, im­por­tante, et que cha­cun dit au­jourd’hui mal uti­li­sée. Par exemple le vieillis­se­ment de la po­pu­la­tion dé­gage de nou­velles sources. Ce­lui-ci se tra­duit par un com­por­te­ment d’épargne crois­sant avec l’âge et sur une du­rée plus longue. Ce­la ouvre la porte à des stra­té­gies de flé­chage de cette épargne vers des en­jeux stra­té­giques de proxi­mi­té, et en pre­mier lieu la « sil­ver éco­no­mie ». Rap­pe­lons que les se­niors re­pré­sentent plus de 50"% de l’ac­ti­vi­té com­mer­ciale des ter­ri­toires. La France, forte de cette épargne, est pour­tant à 60"% dé­bi­trice de créan­ciers ex­té­rieurs à l’hexa­gone pour sa dette pu­blique. Ce­la li­mite clai­re­ment le choix du politique alors que le Ja­pon avoi­sine les 80"% de part na­tio­nale de dé­ten­tion de sa dette. L’Eu­rope se si­tue en moyenne aux alen­tours de 53"%, contre un tiers aux États-Unis.

De nom­breuses voix an­ti­cipent que seule existe une so­lu­tion eu­ro­péenne pour re­par­tir sur de bonnes bases. Fi­ger la dette au­to­ri­sée au ni­veau des cri­tères de Maas­tricht et mu­tua­li­ser la part de dettes su­pé­rieure au ni­veau eu­ro­péen pour re­mettre les comp­teurs à zé­ro. C’est un exemple de l’a#ai­blis­se­ment du politique.

NE LAIS­SONS PAS LA RI­GUEUR PRI­VER L’AVE­NIR DE TOUTE AM­BI­TION

À dé­faut d’être pro­prié­taire de notre dette, soyons au moins les stra­tèges de l’uti­li­sa­tion de l’arme de la dis­po­ni­bi­li­té d’une telle épargne. Nous avons ou­blié le re­non­ce­ment du gou­ver­ne­ment pré­cé­dent à faire fi­nan­cer le grand em­prunt par l’épargne po­pu­laire. En fait, le politique n’est plus sûr de sa ca­pa­ci­té de mo­bi­li­sa­tion, de la confiance ci­toyenne à l’égard de ses ini­tia­tives. Il faut à la fois mo­bi­li­ser l’épargne ter­ri­to­riale pour des en­jeux de proxi­mi­té, iden­ti­fiables et contrô­lables, et se mettre dans une dy­na­mique de pro­jet pour ins­tau­rer un con­trat de confiance nou­veau, po­li­tiques-ci­toyens.

L’en­jeu est double : don­ner des moyens fi­nan­ciers stra­té­giques aux en­droits où la ré­ac­ti­vi­té ra­pide face aux pro­blèmes cru­ciaux de l’em­ploi et de la crois­sance est la plus di­recte. C’est en proxi­mi­té, en cir­cuit court de fi­nan­ce­ment et de pro­duc­tion que sont pos­sibles les e#ets ver­tueux de ce type de re­lance.

La vi­tesse d’in­ter­ven­tion est es­sen­tielle pour sor­tir du dé­bat «!re­lance ou ri­gueur!». Lais­sons le temps né­ces­saire aux in­ves­tis­se­ments stra­té­giques pour por­ter leurs fruits mais ne lais­sons pas, dans ce laps de temps, les e#ets per­vers de la ri­gueur pri­ver l’ave­nir de toute am­bi­tion, vic­time du ton­neau des Da­naïdes des mé­ca­nismes contre-pro­duc­tifs de la ri­gueur. À l’État, la ri­gueur – comme l’or­ga­ni­sa­tion des prio­ri­tés et des in­ves­tis­se­ments d’ave­nir –, aux ter­ri­toires et aux ci­toyens l’arme de l’« épargne pa­trio­tique ter­ri­to­riale » pour la re­lance im­mé­diate et la mo­bi­li­sa­tion ci­toyenne.

In fine, ré­gler le pro­blème de la dette comme fa­vo-

Les en­jeux in­dus­triels sont tou­jours liés à une de­mande so­ciale ou so­cié­tale.!»

ri­ser une nou­velle crois­sance dé­pend de l’Eu­rope. Sor­tons des rai­son­ne­ments court-ter­mistes sclé­ro­sants et mé­pri­sants pour les peuples de cette Eu­rope ca­pables de com­prendre et de pro­vo­quer le « saut de créa­ti­vi­té » évo­qué. La ri­gi­di­té politique est à la mer­ci des fu­sions im­pré­vi­sibles et spon­ta­nées de l’in­tel­li­gence et de la rai­son.

L’his­toire s’est tou­jours faite ain­si et les ex­perts au­ront tou­jours tort face aux pré­dic­tions créa­tives que les plas­ti­ciens nous pro­posent. Il est ras­su­rant que les mu­sées et les grandes ex­po­si­tions ar­tis­tiques eu­ro­péennes re­çoivent un suc­cès po­pu­laire im­por­tant qui contre­dit les com­por­te­ments fri­leux des temps de crise. On me­sure ain­si l’at­tente, l’es­poir et la confiance conte­nus.

Cette tri­bune est donc bien un ap­pel aux « adultes », po­li­tiques et ci­toyens, pour une « épargne pa­trio­tique », avec et dans les ter­ri­toires pour ac­com­pa­gner, en par­ti­cu­lier so­cia­le­ment, les am­bi­tions lé­gi­times de la France pour son re­dres­se­ment pro­duc­tif, mais aus­si de confiance, mo­rale et ré­pu­bli­caine.

Ré­su­mons : ri­gueur bud­gé­taire, fi­nan­ce­ment des pro­jets d’ave­nir (rap­port Gal­lois), « épargne pa­trio­tique ter­ri­to­riale » mo­bi­li­sée pour gé­rer l’ur­gence : le temps de prendre ses pertes et d’at­tendre les e#ets de l’in­ves­tis­se­ment de moyen et long termes. Ce­la passe par une mo­bi­li­sa­tion de la confiance.

Cet élan ter­ri­to­rial, fai­sons-en éga­le­ment le fer de lance prag­ma­tique et opé­ra­tion­nel de par­te­na­riats entre ter­ri­toires eu­ro­péens. Les ou­tils sont là, y com­pris des moyens fi­nan­ciers, mais l’ac­tion at­tend le dis­cours fon­da­teur pour que le jeu com­mence avec une am­bi­tion par­ta­gée.

Ne se­rait-ce pas un très beau dé­fi pour l’idée de laï­ci­té au­jourd’hui"? Comme pour une re­lance de la dy­na­mique eu­ro­péenne"?

Les se­niors re­pré­sentent plus de 50!% de l’ac­ti­vi­té com­mer­ciale des ter­ri­toires": une bonne base pour dé­ve­lop­per une «"sil­ver éco­no­mie"» et ses em­plois de proxi­mi­té.

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