« RE­TRAITE ET EM­PLOI, TOUT EST LIÉ »

MI­NISTRE DU TRA­VAIL, DE L’EM­PLOI, DE LA FOR­MA­TION PRO­FES­SION­NELLE ET DU DIA­LOGUE SO­CIAL

La Tribune Hebdomadaire - - INTERVIEW - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR FA­BIEN PI­LIU ET JEAN-CH­RIS­TOPHE CHA­NUT

Pour le mi­nistre, ré­duire les in­jus­tices face à la re­traite, c’est com­men­cer par ré­duire celles qui ja­lonnent les par­cours pro­fes­sion­nels. Op­ti­miste, il pense que la hausse du chô­mage se­ra en­rayée en fin d’an­née. En­fin, Mi­chel Sa­pin s’op­pose clai­re­ment à une ré­ou­ver­ture du dos­sier des 35 heures.

LA TRI­BUNE – Le pro­gramme de ( la se­conde confé­rence so­ciale des 20 et 21 juin s’an­nonce char­gé. Le thème des re­traites se­ra-t-il au centre des dé­bats!? MI­CHEL SA­PIN –

La pre­mière pré­oc­cu­pa­tion des Fran­çais, c’est l’em­ploi. La ques­tion de la mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale contre le chô­mage se­ra donc au centre de cette confé­rence. Mais, bien en­ten­du, celle des re­traites se­ra aus­si abor­dée. Les deux sont d’ailleurs liées : on ne peut pas abor­der ce su­jet si l’on ne ré­équi­libre pas le mar­ché de l’em­ploi. Pour ré­duire les in­jus­tices dans le do­maine des re­traites, il faut com­men­cer par sup­pri­mer celles qui ja­lonnent les par­cours pro­fes­sion­nels, du fait du tra­vail pré­caire et des car­rières en poin­tillé. Les femmes sont les pre­mières vic­times de ces par­cours ha­chés. Ce sont aus­si elles qui partent à la re­traite dans les condi­tions les plus dé­fa­vo­rables.

Comment comp­tez-vous vous y ( prendre!?

Re­traite et em­ploi, tout est lié. Il y au­ra plu­sieurs tables rondes consa­crées à ces su­jets. Une sur les re­traites et plu­sieurs sur l’em­ploi où se­ront abor­dées les ques­tions de la lutte contre le chô­mage d’au­jourd’hui, mais aus­si pour l’em­ploi de de­main, qui va né­ces­si­ter une ré­flexion sur les qua­li­fi­ca­tions. En­fin, il y a la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle. Le pré­sident de la Ré­pu­blique l’a dit, il faut qu’un plus grand nombre de de­man­deurs d’em­ploi ac­cède plus ra­pi­de­ment à une for­ma­tion. Il re­vient aux par­te­naires so­ciaux de trou­ver un ac­cord sur ce point. Sur la base d’un do­cu­ment d’orien­ta­tion éla­bo­ré après la confé­rence, à l’ins­tar de ce qui s’était pas­sé pour la sé­cu­ri­sa­tion de l’em­ploi, ils au­ront trois mois pour né­go­cier.

Vous vou­lez que les en­tre­prises ( par­ti­cipent da­van­tage à la for­ma­tion des chô­meurs… Ce­la si­gni­fie-t- il la fin de la loi De­lors, qui obli­geait les en­tre­prises à fi­nan­cer la for­ma­tion des sa­la­riés!?

La loi De­lors a per­mis d’ai­der les sa­la­riés à pro­gres­ser dans leur car­rière. Mais au­jourd’hui, ce sont les plus pré­caires, les moins qua­li­fiés, les chô­meurs, qui doivent bé­né­fi­cier de da­van­tage de for­ma­tion. Aux par­te­naires so­ciaux de dé­fi­nir comment, en sui­vant la piste de l’ins­tau­ra­tion du compte per­son­nel de for­ma­tion, pré­vu par l’ANI [ac­cord na­tio­nal in­ter­pro­fes­sion­nel, ndlr] du 11 jan­vier. Ce compte, at­ta­ché à la per­sonne et non au poste de tra­vail, une fois ali­men­té, de­vrait per­mettre à des sa­la­riés per­dant leur em­ploi de suivre une for­ma­tion.

L’Une­dic table sur une hausse du ( nombre de de­man­deurs d’em­ploi jus­qu’en 2015 et pour­tant, vous croyez tou­jours que la courbe du chô­mage s’in­flé­chi­ra à la fin de l’an­née. D’où vient cet op­ti­misme!?

Ac­tuel­le­ment, pen­ser que « tout va mal » est de­ve­nu un sport na­tio­nal. Op­ti­miste par na­ture, je pense sin­cè­re­ment que la conjonctur­e se re­dres­se­ra au deuxième se­mestre, per­met­tant d’en­rayer en­fin l’aug­men­ta­tion du nombre de chô­meurs. La mon­tée en puis­sance des contrats ai­dés, des em­plois d’ave­nir et des contrats de gé­né­ra­tion ain­si que le dé­but de mise en oeuvre de me­sures de la loi de sé­cu­ri­sa­tion de l’em­ploi doivent éga­le­ment par­ti­ci­per à l’in­ver­sion de la ten­dance. Nous de­vons par­ve­nir à sta­bi­li­ser le chô­mage à la fin de l’an­née. Mais il faut que ce­la s oi t du­rable. C’est pour ce­la que je sou­haite pour l’an­née pro­chaine une mo­bi­li­sa­tion pour l’em­ploi au moins au ni­veau de celle de 2013. Je re­de­mande- rai de nou­veau le fi­nan­ce­ment d’en­vi­ron 450!000"contrats ai­dés dans le bud­get 2014.

Ce­pen­dant, les dis­po­si­tifs lan­cés ( par le gou­ver­ne­ment semblent avoir du mal à mon­ter en puis­sance…

Nous tien­drons nos ob­jec­tifs. Nous avions pré­vu de créer un tiers des em­plois d’ave­nir au pre­mier se­mestre. Nous y se­rons qua­si­ment. Nous en avons dé­jà créé 22!000. Au deuxième se­mestre, et tout par­ti­cu­liè­re­ment à la ren­trée, le dis­po­si­tif mon­te­ra en puis­sance dans les sec­teurs sco­laire, pé­ri­sco­laire et as­so­cia­tif, où les be­soins sont énormes. Les pré­fets ont re­çu la consigne d’ou­vrir da­van­tage ces em­plois d’ave­nir au sec­teur mar­chand. Mais nous se­rons vi­gi­lants, car il ne faut pas qu’il y ait un e#et d’au­baine et que le re­cru­te­ment per­mis par ce dis­po­si­tif se sub­sti­tue à une em­bauche dé­jà pro­gram­mée par l’en­tre­prise.

Le con­trat de gé­né­ra­tion, qui cible ( à la fois les jeunes et les se­niors, es­til bien ac­cueilli!?

Le con­trat de gé­né­ra­tion est plu­tôt un ac­cé­lé­ra­teur d’em­bauche lorsque sou$era la pre­mière brise de re­prise. Ce sont les en­tre­prises qui ont la main. Pour ren­for­cer l’in­for­ma­tion des chefs d’en­tre­prise de moins de 50"sa­la­riés, une nou­velle cam­pagne d’in­for­ma­tion di­recte des en­tre­prises est d’ores et dé­jà pro­gram­mée.

Les can­di­dats à la pré­si­dence du ( Me­def ré­clament tous d’al­ler dé­jà plus loin dans la ré­forme du mar­ché du tra­vail. Avec un ANI"2, en fait!? Ils veulent no­tam­ment que chaque en­tre­prise puisse fixer par ac­cord sa propre du­rée du tra­vail…

D’abord, ce­la veut dire qu’ils va­lident tous la mé­thode du dia­logue so­cial. Tant mieux. En­suite, lais­sons le temps aux en­tre­prises et aux par­te­naires so­ciaux dans les en­tre­prises de di­gé­rer le pre­mier ANI. Cer­taines dis­po­si­tions sont ap­pli­cables dès le 1er juillet, d’autres en 2015 et d’autres en­core en 2016. Sur le temps de tra­vail, je vais être très clair : le gou­ver­ne­ment ne consi­dère pas qu’il faille rou­vrir cette ques­tion. D’ailleurs, pra­ti­que­ment au­cune en­tre­prise ne l ’a fait dans l es an­nées Sar­ko­zy où la loi avait ou­vert des pos­si­bi­li­tés de re­mise en cause : il y a cer­tai­ne­ment une bonne rai­son!!"

[BER­TRAND LAN­GLOIS/AFP]

Le mi­nistre du Tra­vail, un ami de trente ans du pré­sident de la Ré­pu­blique.

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