Club Med : tous les bon­heurs d’un monde… chi­nois

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ - FA­BRICE GLISZC­ZYNS­KI

L’OPA ami­cale lan­cée par les deux plus gros ac­tion­naires ac­tuels du Club, le fonds Axa Pri­vate Equi­ty et le conglo­mé­rat chi­nois Fo­sun, en as­so­cia­tion avec la di­rec­tion, a pour ob­jec­tif d’ac­cé­lé­rer le dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal du groupe vers les pays à crois­sance ra­pide afin de com­pen­ser les di!cultés des mar­chés eu­ro­péens. Ce­ci avec un ac­tion­na­riat stable. Pour ne pas se faire im­po­ser une stra­té­gie par les mar­chés, le Club ne se­ra plus co­té en Bourse pen­dant au moins quatre ans.

« LE TEMPS DE­VIENT NOTRE EN­JEU ES­SEN­TIEL. » C’est peu­têtre par ces mots que le PDG du Club Med, Hen­ri Gis­card d’Es­taing a, lun­di 27!mai de­vant la presse, le mieux ré­su­mé le sens de l’offre pu­blique d’achat (OPA) ami­cale sur le ca­pi­tal du Club lan­cée par ses deux prin­ci­paux ac­tion­naires ac­tuels, le fonds Axa Pri­vate Equi­ty (9,9"% du ca­pi­tal) et le conglo­mé­rat chi­nois Fo­sun (10,2"%), aux­quels s’ajou­te­ra la par­ti­ci­pa­tion d’en­vi­ron 400!per­sonnes de la di­rec­tion, as­so­ciées au pro­jet. Le temps pour l’en­tre­prise d’ac­cé­lé­rer son dé­ve­lop­pe­ment dans les pays à « crois­sance ra­pide » et de ré­duire ain­si sa dé­pen­dance vis-à-vis des mar­chés eu­ro­péens en di#culté, les­quels four­nissent en­core les trois-quarts de ses clients. Ce pro­jet d’OPA « donne cinq!ans pour par­ache­ver la trans­for­ma­tion de l’en­tre­prise » , a dé­cla­ré Hen­ri Gis­card d’Es­taing, ap­pe­lé à conser­ver les ma­nettes du groupe. Du temps donc pour a$ron­ter une pé­riode qui s’an­nonce di#cile.

L’o$re, an­non­cée par com­mu­ni­qué lun­di 27 mai, pro­pose le ra­chat à 17 eu­ros par ac­tion, soit 24,8"% de plus que le cours moyen du titre sur mois. Elle va­lo­rise le groupe de tou­risme à 540,6 mil­lions d’eu­ros. Ce pro­jet « per­met­trait d’o"rir à l’en­semble des ac­tion­naires de la so­cié­té une li­qui­di­té im­mé­diate, qui va­lo­rise la mon­tée en gamme du groupe » , pré­cisent les ini­tia­teurs. Une o$re qu’il fau­dra pro­ba­ble­ment re­le­ver. Avec le bond du titre de­puis lun­di!27 mai (+!20"%), le cours de l’ac­tion a dé­pas­sé, mer­cre­di!29 mai, le prix de l’o$re. Cer­tains ana­lystes es­timent qu’une o$re entre 18,5 et 20! eu­ros se­rait plus ac­cep­table. Pour rap­pel, en 2000 l’ac­tion avait at­teint 150!eu­ros. Se­lon le PDG du Club, pour pou­voir réus­sir son dé­ve­lop­pe­ment à l’in­ter­na­tio­nal « et com­pen­ser, à terme, le re­cul pro­ba­ble­ment du­rable des mar­chés eu­ro­péens, et en par­ti­cu­lier fran­çais, le Club a be­soin pen­dant quatre ou cinq! ans de s’af­fran­chir des contrainte­s de court terme. C’est pour ce­la qu’il est im­por­tant de s’ap­puyer sur un ac­tion­na­riat stable et ren­for­cé ». « L’étape d’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion pren­dra du temps, comme l’ex­pé­rience de la mon­tée en gamme nous l’a mon­tré » , a-t-il ajou­té.

CO­TA­TION À HONG KONG DANS QUATRE ANS

Le Club ne veut pas voir sa stra­té­gie dic­tée par son cours de Bourse. Ini­tiée en 2003 lors de l’ar­ri­vée à la tête du Club d’Hen­ri Gis­card d’Es­taing, la stra­té­gie de mon­tée en gamme a mis long­temps avant de por­ter ses fruits. Cri­ti­quée pen­dant des an­nées, elle lui per­met au­jourd’hui de ré­sis­ter alors que la qua­si-to­ta­li­té des gros ac­teurs du tou­risme en Eu­rope boit la tasse. Au pre­mier se­mestre, le Club a dé­ga­gé un bé­né­fice net avant im­pôt de 35 mil­lions, en re­cul de 11,6"% (le bé­né­fice net a aug­men­té de 7,1"%, à 18 mil­lions) pour un vo­lume d’ac­ti­vi­té voyages en re­cul li­mi­té de 1,9"%, à 783 mil­lions d’eu­ros. Or, cette amé­lio­ra­tion de la per­for­mance de­puis trois!ans a du mal à se re­flé­ter dans le cours de Bourse.

Aus­si, si l’OPA réus­sit, le titre se­ra re­ti­ré de la cote, avec comme am­bi­tion de re­co­ter le Club dans quatre!ans à Pa­ris et à Hong Kong, a in­di­qué Do­mi­nique Gaillard, membre du di­rec­toire d’Axa Pri­vate Equi­ty. À l’ins­tar de Jian­nong Qian, le PDG de Fo­sun, il est com­plè­te­ment en phase avec la di­rec­tion dont « la stra­té­gie est per­ti­nente » . Les deux groupes veulent ap­por­ter de la sta­bi­li­té. « Nous avons vu dans le pas­sé comment le Club Med a pu être fra­gi­li­sé par un ac­tion­na­riat écla­té, vo­la­til, frei­nant la stra­té­gie de son pré­sident de­puis 2003 » ,a dé­cla­ré Do­mi­nique Gaillard. Une al­lu­sion aux nom­breux chan­ge­ments d’ac­tion­naires dans le ca­pi­tal du Club (Agnel­li, Ac­cor, Ri­che­lieu Fi­nance, Ber­nard Ta­pie…) et à l’his­toire agi­tée de l’ac­tion­na­riat de­puis une quin­zaine d’an­nées.

Le Club Med veut ac­cé­lé­rer le rythme dans «!la conquête de nou­velles clien­tèles!». Il es­père ra­pi­de­ment at­teindre l’ob­jec­tif d’avoir au moins un tiers de ses clients en pro­ve­nance des mar­chés « à crois­sance ra­pide ». No­tam­ment en Asie, et en Chine en par­ti­cu­lier, pre­mier pays mon­dial du tou­risme en termes de dé­penses. Le Club vise 200"000!clients à la fin de 2015, ce qui en fe­ra son deuxième mar­ché grâce à l’ou­ver­ture d’ici là de cinq vil­lages, dont trois avant la fin de 2013. Pour cet été, les ré­ser­va­tions pour la Chine sont en hausse de 40"%. Mais Hen­ri Gis­card d’Es­taing ne se fo­ca­lise pas que sur l’Asie. Les clients russes, is­raé­liens, sud-afri­cains, bré­si­liens… sont aus­si dans le vi­seur. Au Bré­sil, le Club veut aug­men­ter sa ca­pa­ci­té hô­te­lière de 20"% et pro­jette l’ou­ver­ture d’un qua­trième vil­lage.

Et en Eu­rope"? Mal­gré la dé­gra­da­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, le Club Med veut conti­nuer de ga­gner des parts de mar­ché, comme il le fait au­jourd’hui, même si ses ventes ont bais­sé (en in­cluant la France) de 3,4"% au pre­mier se­mestre, à 524 mil­lions d’eu­ros. Hors France, le chiffre d’af­faires dans la zone Eu­rope-Afrique a été stable, alors qu’il a re­cu­lé de 5,5"% dans l’Hexa­gone. Le groupe conti­nue néan­moins ses in­ves­tis­se­ments. La construc­tion d’un vil­lage quatre Tri­dents à Val Tho­rens, en Sa­voie (80 mil­lions d’eu­ros d’in­ves­tis­se­ment) a ain­si été dé­ci­dée.

[ERIC PIERMONT/AFP]

Hen­ri Gis­card d’Es­taing, PDG du Club Med!: «!Le Club a be­soin, pen­dant quatre ou cinq ans, de s’a"ran­chir des contrainte­s de court terme.!»

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