FI­NANCE WATCH, GRAIN

Pas fa­cile, quand on est une ONG sans le sou, de faire en­tendre la LES FAITS L’in­fluence des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers est forte au­près des fonc­tion­naires de la Com­mis­sion eu­ro­péenne et des par­le­men­taires dans l’éla­bo­ra­tion de la ré­gle­men­ta­tion de l’union

La Tribune Hebdomadaire - - L’ENQUÊTE - FLO­RENCE AU­TRET,

UÀ BRUXELLES ne mère en im­per­méable de­vant un lan­dau d ’o ù dé­passent les jambes i mmenses d ’u n homme en jeans. Cette image gro­tesque n’est pas l’a!che d’un nou­veau film sur les tren­te­naires in­ca­pables de quit­ter le gi­ron fa­mi­lial, mais l’illus­tra­tion choi­sie par Fi­nance Watch pour son der­nier com­mu­ni­qué de presse ti­tré : «!Il est temps de cou­per le cor­don om­bi­li­cal entre les dé­pôts ban­caires et le tra­ding d’ins­tru­ments fi­nan­ciers. » Se­lon cette ONG, l’État se­rait une vé­ri­table mère poule pour les banques, car il les pro­té­ge­rait d’une fa­çon ar­ti­fi­cielle des consé­quences de leurs ac­ti­vi­tés ris­quées.

Comme toute mé­ta­phore, celle-là est sans doute cri­ti­quable et cer­tai­ne­ment sim­pli­fi­ca­trice. Mais c’est le prix à payer pour faire pas­ser des mes­sages sur la ré­gle­men­ta­tion l’in­dus­trie fi­nan­cière elle-même. Et en un an et de­mi, cette or­ga­ni­sa­tion a réus­si à im­po­ser sa voix sin­gu­lière, un mé­lange de tech­ni­ci­té, gage de cré­di­bi­li­té, et de com­mu­ni­ca­tion agres­sive à l’an­glo-saxonne.

Si on la rap­porte à son bud­get (à peine 2 mil­lions d’eu­ros), l’au­dience dont jouit Fi­nance Watch et la place qu’elle s’est faite dans le dé­bat pu­blic –"et même dans les en­ceintes tech­niques"– sont à peine croyables. C’est qu’elles sont à la me­sure de la frus­tra­tion res­sen­tie après 2008 par les ci­toyens face à la cap­ture des po­li­tiques de ré­gu­la­tion fi­nan­cière par les ac­teurs eux-mêmes, au pre­mier chef, les banques d’in­ves­tis­se­ment. « Même l’in­dus­trie fi­nan­cière com­prend que nous avons be­soin d’avoir un dia­logue adulte si nous vou­lons al­ler au-de­là du “bank­ba­shing” et du po­pu­lisme » , ex­plique Thier­ry Phi­lip­pon­nat, le se­cré­taire gé­né­ral de Fi­nance Watch. Les di­zaines de mil­lions d’eu­ros in­ves­tis par les seules banques dans leur re­pré­sen­ta­tion à Bruxelles n’ont pas per­mis d’amé­lio­rer une image du­ra­ble­ment sa­lie par la crise.

Fi­nance Watch réa­lise une pro­messe de la Com­mis­sion eu­ro­péenne da­tant de 2009 et qui n’avait ja­mais été te­nue : celle de don­ner réel­le­ment une voix à la so­cié­té ci­vile dans le pro­ces­sus de dé­ci­sion eu­ro­péen pour re­mettre l’in­té­rêt gé­né­ral au centre des orien­ta­tions de la ré­gu­la­tion fi­nan­cière. En théo­rie, bien sûr, la Com­mis­sion d’où émanent les pro­jets de lois eu­ro­péens et le Par­le­ment sont cen­sés y pour­voir. Mais en pra­tique, l’es­sen­tiel de l’ex­per­tise sur la­quelle ces ins­ti­tu­tions s’ap­puient est four­ni par l’in­dus­trie elle-même.

«!TROP AN­GLAISE, TROP MAR­CHÉ ET ANTIBANQUE­S!»

Fi­nance Watch offre donc un autre son de cloche. « C’est un contre­poids utile. Leurs pa­piers sont re­gar­dés de près dans les uni­tés » , constate un haut fonc­tion­naire de la Com­mis­sion.

Mais ce « contre-lob­by » s’at­tire éga­le­ment des cri­tiques. Un lob­byiste ban­caire leur re­proche d’être « trop an­glais, trop mar­ché

Sur le site de fi­nance-watch.org, ce «!car­toon!» hu­mo­ris­tique sur les taux de ré­fé­rence.

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