Quand l’uni­ver­si­té – al­le­mande – fait bon mé­nage avec l’in­dus­trie

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / FRANCE - FRAN­ÇOIS ROCHE

Jus­qu’aux élec­tions gé­né­rales du 22 sep­tembre, chaque se­maine, dans re­trou­vez notre sé­rie pour mieux com­prendre l’Al­le­magne d’au­jourd’hui et de de­main. Ce pre­mier ar­ticle nous em­mène à Aix-la-Cha­pelle, où la Rhei­nisch-West­fae­lische Tech­nische Hoch­schule (RWTH), soit l’Uni­ver­si­té tech­nique de Rhé­na­nieWest­pha­lie, sym­bo­lise la puis­sance de la re­cherche in­dus­trielle outre-Rhin et sa re­la­tion étroite avec l’enseigneme­nt.

Si l’on cherche à iden­ti­fier les lieux où sont for­més les meilleurs in­gé­nieurs et cher­cheurs al­le­mands, alors la Rhei­nisch-West­fae­lische Tech­nische Hoch­schule (RWTH) à Aix-la-Cha­pelle est la bonne adresse. Le ma­ga­zine Wirt­schaftswoc­he l’a clas­sée au pre­mier rang des uni­ver­si­tés allemandes, après un son­dage e!ec­tué au­près de 500"di­rec­teurs des res­sources hu­maines des plus grandes en­tre­prises. Ses étu­diants re­pré­sentent plus de 15#% de la po­pu­la­tion d’Aix-la-Cha­pelle…

Dans le sys­tème al­le­mand, la for­ma­tion des in­gé­nieurs, cher­cheurs et tech­ni­ciens est or­ga­ni­sée en deux grandes fi­lières : celle des Hoch­schu­len, au sta­tut ana- logue à ce­lui des uni­ver­si­tés (ac­ces­sibles aux 40#% des jeunes Al­le­mands qui ob­tiennent chaque an­née l’Abitür, équi­valent du bac­ca­lau­réat) et qui forme des in­gé­nieurs et des cher­cheurs#; et celle des Fa­ch­hoch­schu­len qui forme, sur un temps plus court, des tech­ni­ciens su­pé­rieurs et dont la plus ap­pré­ciée, se­lon le clas­se­ment de Wirt­schaftswoc­he, est celle de Karls­ruhe. Il existe en­vi­ron 100"uni­ver­si­tés et 200"Fa­ch­hoch­schu­len sur le ter­ri­toire al­le­mand.

Autre par­ti­cu­la­ri­té : de­puis la ré­forme de 2006, ces éta­blis­se­ments sont sous l’au­to­ri­té des Län­der qui en as­surent une bonne par­tie du fi­nan­ce­ment. L’État fé­dé­ral peut tou­te­fois fi­nan­cer des pro­jets de re­cherche par le biais no­tam­ment de la Deutsche For­schung­sge­mein­schaft (DFG), qui re­groupe l’en­semble des ins­ti­tuts de re­cherche uni­ver­si­taires et non uni­ver­si­taires, ain­si que des ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques du pays, et qui est presque en­tiè­re­ment fi­nan­cée par l’État fé­dé­ral et les Län­der. Se­lon les chi!res de la DFG, l’Al­le­magne a consa­cré 64,1 mil­liards d’eu­ros à la re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment en 2009 (der­niers chi!res dis­po­nibles), dont 45 mil­liards pro­viennent du sec­teur pri­vé et 11,9 mil­liards de l’État fé­dé­ral et des Län­der. Cette même an­née, les uni­ver­si­tés ont consa­cré 11,8 mil­liards d’eu­ros à la re­cherche, dont 15#% pro­viennent du sec­teur pri­vé. Les Hoch­schu­len jouent donc un rôle im­por­tant dans le pro­ces­sus de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment en Al­le­magne.

«!L’UNI­VER­SI­TÉ, LIEU IDÉAL POUR LA RE­CHERCHE!»

L’uni­ver­si­té d’Aix-la-Cha­pelle compte 37#900"étu­diants pour un bud­get de près de 800 mil­lions d’eu­ros, dont 423 mil­lions four­nis par le Land de Rhé­na­nie-West­pha­lie. Elle bé­né­fi­cie de 320 mil­lions d’eu­ros de fi­nan­ce­ments ex­té­rieurs, dont 71,7 mil­lions de la DFG, 92 mil­lions du mi­nis­tère fé­dé­ral de l’Édu­ca­tion et de la Re­cherche et d’autres par­te­naires pu­blics et de 120 mil­lions d’eu­ros en pro­ve­nance de l’in­dus­trie et de fon­da­tions. Elle a été élue pour la se­conde fois en 2012 à l’Ini­tia­tive d’Ex­cel­lence, lan­cée par le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral et les Län­der pour amé­lio­rer la qua­li­té de la re­cherche, avec huit autres uni­ver­si­tés, qui se par­ta­ge­ront 1,9 mil­liard d’eu­ros de sub­ven­tions à la re­cherche d’ici à 2017. Elle est aus­si un éta­blis­se­ment mul­ti­dis­ci­pli­naire qui tra­vaille dans l’in­for­ma­tique, l’éner­gie, les tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion, les ma­té­riaux, la mé­de­cine, la science mo­lé­cu­laire, le trans­port et l’in­gé­nie­rie in­dus­trielle.

L’uni­ver­si­té est di­ri­gée par un Aixois d’ori­gine, qui y a fait ses études, Ernst Sch­mach­ten­berg. Fran­co­phone, doc­teur en in­gé­nie­rie mé­ca­nique, il a pas­sé deux"ans au sein de la di­vi­sion po­ly­mères de Bayer. Il pré­side éga­le­ment le TU9, une or­ga­ni­sa­tion qui re­groupe les neuf plus im­por­tantes uni­ver­si­tés tech­niques d’Al­le­magne, à sa­voir celles d’Aix-la-Cha­pelle, de Ber­lin, de Bruns­wick, de Darm­stadt, de Dresde, de Ha­novre, de Karls­ruhe, de Mu­nich et de Stutt­gart.

« Notre ob­jec­tif est de faire d’Aix­la-Cha­pelle l’une des pre­mières uni­ver­si­tés mon­diales de tech­no­lo­gie, in­té­grée et in­ter­dis­ci­pli­naire » , ex­plique Ernst Sch­mach­ten­berg. Qu’est-ce qui fait la spé­ci­fi­ci­té des uni­ver­si­tés de tech­no­lo­gie allemandes#? « Une fa­çon as­sez ori­gi­nale de nous si­tuer entre la re­cherche fon­da­men­tale et la R&D, dit-il. Ici, l’uni­ver­si­té est le lieu idéal pour faire de la re­cherche, et les pro­fes­seurs ont presque tou­jours vé­cu une ex­pé­rience dans l’in­dus­trie pri­vée. »

Si elles sont si bonnes, pour­quoi les uni­ver­si­tés allemandes ne pointent qu’entre la 50e et la 200e"place dans les clas­se­ments mon­diaux#? « Ques­tion in­té­res­sante, pro­ba­ble­ment parce que dans ces clas­se­ments les sciences et les tech­niques ne sont pas bien no­tées, pré­cise-t-il. Mais c’est une pré­oc­cu­pa­tion du gou­ver­ne­ment fé­dé­ral qui sou­haite pous­ser da­van­tage les uni­ver­si­tés du pays sur la scène in­ter­na­tio­nale, no­tam­ment par le biais de l’Ini­tia­tive d’Ex­cel­lence. »

80"000 POSTES D’IN­GÉ­NIEURS À POUR­VOIR

Comment com­pa­rer l’enseigneme­nt tech­no­lo­gique en Al­le­magne et en France#? La di!érence es­sen­tielle est la prise en charge de cet enseigneme­nt par le sec­teur pu­blic en Al­le­magne, et sa gra­tui­té to­tale. Mais l’Ini­tia­tive d’Ex­cel­lence in­tro­duit une sorte de sé­lec­tion par­mi les uni­ver­si­tés, ce qui re­vient à faire des uni­ver­si­tés d’ex­cel­lence des « su­per-écoles d’in­gé­nieurs » fi­nan­cées par l’État, les Län­der et l’in­dus­trie.

Pour au­tant, le sys­tème al­le­mand ne par­vien­dra pas à four­nir à l’in­dus­trie les in­gé­nieurs dont elle au­ra be­soin dans les an­nées qui viennent. La ré­duc­tion d’un an des études se­con­daires (de neuf à huit"ans) et la sup­pres­sion du ser­vice mi­li­taire obli­ga­toire en 2011 ont gon­flé les ef­fec­tifs d’étu­diants, mais ils de­vraient se ré­duire au cours des trois pro­chaines an­nées.

Se­lon les chi!res de l’As­so­cia­tion des in­gé­nieurs al­le­mands (Ve­rein Deut­scher In­ge­nieure, VDI), le taux de chô­mage des in­gé­nieurs en Al­le­magne est ac­tuel­le­ment in­fé­rieur à 3#%, plus de 80#000" postes ne sont pas pour­vus (dont près de la moi­tié dans l’in­gé­nie­rie mé­ca­nique et élec­trique)… Ce chiffre de­vrait donc aug­men­ter sen­si­ble­ment dans les an­nées qui viennent, ce qui ex­plique que les en­tre­prises allemandes re­crutent de plus en plus d’in­gé­nieurs étran­gers.

[RIEHLE, TO­MAS/AR­TUR]

L’uni­ver­si­té d’Aix-la-Cha­pelle compte 37!900"étu­diants pour un bud­get de près de 800"mil­lions d’eu­ros.

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