Comment le port d’haï­fa est de­ve­nu le car­re­four com­mer­cial du Proche-orient

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / FRANCE - PAS­CAL LACORIE, À JÉ­RU­SA­LEM

Les com­bats en Sy­rie ont contraint les ex­por­ta­teurs de la ré­gion à évi­ter tout tran­sit par ce pays. Dé­sor­mais, les ba­teaux en pro­ve­nance d’Eu­rope ou de Tur­quie dé­barquent dans le grand port is­raé­lien les conte­neurs des­ti­nés à la Jor­da­nie ou à l’Irak. Pour Is­raël, les re­ve­nus ti­rés de ce tran­sit pour­raient at­teindre 50 mil­lions d’eu­ros par an. Sans par­ler des re­tom­bées di­plo­ma­tiques.

La guerre ci­vile qui ra­vage la Sy­rie a des ef­fets éco­no­miques im­pré­vus. À cause d’elle, Is­raël est de­ve­nu ces der­niers mois un vé­ri­table car­re­four rou­tier du Moyen-Orient. Chaque jour, des cen­taines de ca­mions im­ma­tri­cu­lés en Jor­da­nie ou en Tur­quie, es­cor­tés de voi­tures de po­lice, cir­culent sur les routes du nord d’Is­raël. Ces vé­hi­cules ne font pas de halte. Ils se contentent d’al­lers-re­tours de 80 km entre Haï­fa, le plus grand port is­raé­lien, et un ter­mi­nal à la fron­tière jor­da­nienne.

Leur mis­sion : trans­por­ter des mar­chan­dises jor­da­niennes, mais aus­si ira­kiennes ou de pays du Golfe, qui sont en­suite ache­mi­nées par ba­teau vers la Tur­quie, tout en as­su­rant le tra­fic en sens in­verse. Pour Is­raël, ces échanges consti­tuent une au­baine éco­no­mique mais aus­si politique. Le rêve de l’État hé­breu a tou­jours été de s’in­té­grer dans la ré­gion, en de­ve­nant une sorte de tête de pont entre la Mé­di­ter­ra­née et le monde arabe. Ce mi­rage com­mence à prendre forme.

Les com­bats san­glants en Sy­rie, l’in­sé­cu­ri­té per­ma­nente dans ce pays dé­chi­ré, ont en e!et contraint les ex­por­ta­teurs de la ré­gion à évi­ter tout tran­sit par ce pays de crainte de vols de mar­chan­dises et d’at­taques contre les chau!eurs. Ré­sul­tat : les ba­teaux en pro­ve­nance d’Eu­rope ou de Tur­quie n’uti­lisent plus les ports sy­riens pour dé­bar­quer les conte­neurs des­ti­nés à la Jor­da­nie ou à l’Irak.

UNE DE­MANDE «!DIS­CRÈTE!» JOR­DA­NIENNE ET TURQUE

Pen­dant les pre­miers mois de la guerre ci­vile en Sy­rie, les en­tre­prises de la ré­gion ont en­vi­sa­gé une voie de contour­ne­ment par l’Irak, mais cette al­ter­na­tive a été aban­don­née en rai­son, là aus­si, de l’in­sé­cu­ri­té gé­né­rale ré­gnant dans ce pays. De même, le pas­sage par l’Égypte s’est ré­vé­lé trop long et trop coû­teux.

Les res­pon­sables jor­da­niens et turcs se sont alors dis­crè­te­ment adres­sés à Is­raël pour ou­vrir un cor­ri­dor. Après quelques hé­si­ta­tions, en rai­son de pos­sibles tra­fics d’armes ou d’in­fil­tra­tions de com­man­dos is­la­mistes, Sil­van Sha­lom, le mi­nistre du Dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique ré­gio­nal, a don­né son feu vert.

Par pré­cau­tion, les vé­hi­cules sont donc sou­mis à des contrôles de sé­cu­ri­té très stricts, y com­pris des tests pour dé­tec­ter la pré­sence d’ex­plo­sifs. Les poids lourds cir­culent en­suite en con­vois sous la sur­veillance de la po­lice. « Ce sys­tème est dé­sor­mais bien ro­dé. Si nous conti­nuons au rythme ac­tuel, nous pour­rions ar­ri­ver à 12!000"ca­mions par an », es­time un res­pon­sable des douanes is­raé­liennes.

Se­lon lui, les vé­hi­cules en pro­ve­nance de Jor­da­nie trans­portent sur­tout des pro­duits agri­coles et tex­tiles, tan­dis que les ex­por­ta­tions en pro­ve­nance de Tur­quie portent sur des ma­tières pre­mières et des pro­duits in­dus­triels. « Nous sou­hai­tons dé­sor­mais dé­ve­lop­per le trans­port des conte­neurs, mais les Jor­da­niens sont ré­ti­cents, ils re­doutent que ce sys­tème fasse concur­rence à leur port d’Aqa­ba sur la mer Rouge » , ob­serve ce res­pon­sable des douanes.

«!IS­RAËL PEUT ÊTRE UTILE À SES VOI­SINS!»…

En at­ten­dant, l’opé­ra­tion, même dans ses li­mites, est très ren­table. Les re­ve­nus ti­rés des taxes por­tuaires, des as­su­rances, de la vente de car­bu­rants, pour­raient at­teindre l’équi­valent de 50 mil­lions d’eu­ros par an. Mais, pour les res­pon­sables is­raé­liens, le prin­ci­pal bé­né­fice est avant tout politique. « Nos voi­sins de la ré­gion, y com­pris des pays qui n’en­tre­tiennent pas de re­la­tions di­plo­ma­tiques avec nous, tels que l’Irak ou même l’Ara­bie saou­dite, se rendent compte qu’Is­raël peut leur être utile. C’est un constat in­ap­pré­ciable », se fé­li­cite un di­plo­mate is­raé­lien.

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