Pré­pa­rer sa re­traite, un im­pé­ra­tif qui doit s’as­su­mer au plus tôt

La Tribune Hebdomadaire - - VOS FINANCES - RA­CHEL MON­TE­RO

Les mé­nages fran­çais sont peu ou mal pré­pa­rés à la re­traite. Pour­tant, de nom­breuses so­lu­tions existent, comme l’im­mo­bi­lier lo­ca­tif ou les pro­duits spé­ci­fiques d’épargne re­traite. Des so­lu­tions qu’il faut mettre en place su!sam­ment tôt pour qu’elles puissent com­pen­ser la perte de re­ve­nus au mo­ment de la ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té.

La deuxième confé­rence so­ciale con­vo­quée par le Pre­mier mi­nistre pour le mois de juillet de­vrait être l’oc­ca­sion de lan­cer les bases d’une nou­velle ré­forme des re­traites. Les pistes évo­quées à ce pro­pos (lire aus­si pages 4 à 7) sont as­sez clas­siques : al­lon­ger la du­rée de co­ti­sa­tions et/ou les aug­men­ter, ou en­core di­mi­nuer d’une fa­çon ou d’une autre les pen­sions. Mais, quelle que soit l’orien­ta­tion re­te­nue, elle au­ra pour consé­quence une baisse des taux de rem­pla­ce­ment.

Dé­jà, ces der­niers sont bien in­fé­rieurs à ceux qui sont an­ti­ci­pés par les mé­nages fran­çais. Ces der­niers tablent en e!et sur une baisse de leur re­ve­nu à la re­traite com­prise dans une four­chette entre 20 et 30"% de leur der­nier sa­laire. Un ni­veau bien au-des­sus de la réa­li­té. Pour les cadres par exemple, les taux de rem­pla­ce­ment sont plu­tôt proches de 50"%. Or cette sur­es­ti­ma­tion se tra­duit par une ab­sence de pré­pa­ra­tion des mé­nages à cette échéance. Se­lon une en­quête pu­bliée par HSBC au mois de fé­vrier der­nier, 59"% des Fran­çais n’épargnent pas pour pré­pa­rer leur re­traite…

LE CHOIX PER­TI­NENT DE L’IM­MO­BI­LIER

« Le plus e!cace pour se pré­pa­rer à la re­traite est d’in­ves­tir dans l’im­mo­bi­lier lo­ca­tif car il per­met de se consti­tuer un ca­pi­tal avec un e"ort d’épargne ré­duit. Les par­ti­cu­liers peuvent re­cou­rir au cré­dit tan­dis que les loyers per­çus peuvent être uti­li­sés pour le rem­bour­ser » , pré­cise Ma­rie Pe­rar­delle, di­rec­trice in­gé­nie­rie pa­tri­mo­niale chez Pri­mo­nial.

Dans le contexte ac­tuel de taux d’in­té­rêt bas, l’équa­tion de­vient très fa­vo­rable aux épar­gnants et ce­la d’au­tant plus que de nom­breux in­ves­tis­se­ments peuvent être dé­fis­ca­li­sés.

Le dis­po­si­tif Du­flot per­met, sous cer­taines condi­tions comme la mo­dé­ra­tion des loyers, de bé­né­fi­cier d’une ré­duc­tion d’im­pôt de 18"% du prix d’ac­qui­si­tion du bien éta­lée sur neuf#ans. Autre pos­si­bi­li­té : un bien loué en meu­blé non pro­fes­sion­nel peut être amor­ti, ce qui per­met de ré­duire les re­ve­nus im­po­sables. Ce­pen­dant, pour op­ti­mi­ser cet in­ves­tis­se­ment, des condi­tions sont re­quises no­tam­ment en termes de lo­ca­li­sa­tion, l’em­pla­ce­ment dé­ter­mi­nant la fa­cul­té du pro­prié­taire à re­vendre fa­ci­le­ment son bien.

Mal­gré toutes ses qua­li­tés, l’im­mo­bi­lier ne doit pas être le seul ac­tif uti­li­sé, le maître mot en ma­tière de pré­pa­ra­tion à la re­traite étant la di­ver­si­fi­ca­tion. « Il faut di­ver­si­fier les sup­ports d’in­ves­tis­se­ment car il existe une grande in­cer­ti­tude quant à l’évo­lu­tion à moyen et long termes de la fis­ca­li­té du ca­pi­tal comme des re­ve­nus » , in­dique Vincent Du­pin.

59!% des Fran­çais n’épargnent pas pour pré­pa­rer leur re­traite, que d’ailleurs ils ont lar­ge­ment ten­dance à su­res­ti­mer.

Pour­tant, dès lors que le bud­get peut le per­mettre, de nom­breuses so­lu­tions existent, qu’elles soient ou non dé­diées spé­ci­fi­que­ment à la re­traite. Par­mi ces ou­tils, l’un des plus in­té­res­sants est l’im­mo­bi­lier. Il est d’ailleurs plé­bis­ci­té par les mé­nages qui misent sou­vent ex­clu­si­ve­ment sur cette classe d’ac­tifs. « Pour pré­pa­rer leur re­traite, la prio­ri­té des mé­nages est d’ac­qué­rir leur ré­si­dence prin­ci­pale, cette dé­marche est per­ti­nente car elle ré­duit les re­ve­nus com­plé­men­taires né­ces­saires pour main­te­nir leur ni­veau de vie [après la ces­sa­tion d’ac­ti­vi­té, ndlr] », pré­cise Vincent Du­pin, res­pon­sable du dé­par­te­ment des tech­niques pa­tri­mo­niales à l’UFF.

L’im­mo­bi­lier peut éga­le­ment ser­vir à se consti­tuer une rente.

AS­SU­RANCE-VIE, PERP, PER­CO… DI­VER­SI­FIEZ!!

Après l’im­mo­bi­lier, le se­cond ré­flexe doit être de s’in­té­res­ser à l’as­su­rance-vie. Mais si cette en­ve­loppe est in­té­res­sante d’un point de vue fis­cal et pour trans­mettre son pa­tri­moine, les par­ti­cu­liers s’orientent sou­vent vers des contrats en eu­ros avec une faible ren­ta­bi­li­té. « Pour gé­né­rer du ren­de­ment dans une op­tique de long terme, il faut in­ves­tir ré­gu­liè­re­ment sur les ac­tifs ris­qués, à sa­voir les ac­tions, et sé­cu­ri­ser pro­gres­si­ve­ment son por­te­feuille en aug­men­tant la part in­ves­tie dans le mo­né­taire et les pro­duits de taux » , a$rme Jé­rôme De­deyan, pré­sident de De­bo­ry-Eres. Cette stra­té­gie d’in­ves­tis­se­ment peut et doit être mise en oeuvre avec l’aide d’un conseiller fi­nan­cier.

Elle est aus­si pro­po­sée dans le cadre des pro­duits dé­diés à la re­traite comme le Perp ou en­core le Per­co. Ces pro­duits viennent uti­le­ment com­plé­ter l’ar­se­nal d’un fu­tur re­trai­té.

Si le Perp est ac­ces­sible à tous les épar­gnants au sein de n’im­porte quel éta­blis­se­ment fi­nan­cier, les autres pro­duits re­traite sont ca­té­go­riels ou pro­po­sés par les en­tre­prises. Le Ma­de­lin est ain­si dé­dié aux tra­vailleurs non sa­la­riés tan­dis que le Pré­fon l’est aux fonc­tion­naires. Ces pro­duits ren­contrent ac­tuel­le­ment un grand in­té­rêt au­près du pu­blic car ils donnent lieu à des dé­duc­tions fis­cales im­por­tantes à l’en­trée et ne sont pas dans le pla­fond des niches fis­cales. À ce titre, un en­tre­pre­neur in­di­vi­duel, par exemple, pou­vait dé­duire en 2012 jus­qu’à 67"288 eu­ros de son re­ve­nu pro­fes­sion­nel im­po­sable. Les sa­la­riés – dans une pro­por­tion en­core ré­duite – ont eux ac­cès au Per­co ou con­trat dit « Ar­ticle 83 ».

Ces pro­duits sont in­té­res­sants car ils peuvent être abon­dés par les en­tre­prises et donnent lieu à une rente dé­fis­ca­li­sée.

À 40"ANS, C’EST BIEN, À 50, C’EST UN PEU TARD…

Quelle que soit la (ou les) so­lu­tion re­te­nue, il est im­pé­ra­tif de com­men­cer à épar­gner tôt. « Dès 40#ans, il faut com­men­cer à in­ves­tir de fa­çon di­ver­si­fiée afin de se consti­tuer un com­plé­ment re­traite. À 50#ans, quand la plu­part des épar­gnants com­mencent à le faire, c’est un peu tard, d’au­tant plus s’ils ont des en­fants en âge d’en­tre­prendre des études su­pé­rieures qui mo­bi­lisent en grande par­tie leur ca­pa­ci­té d’épargne » , pré­vient Vincent Du­pin. L’e!ort d’épargne est ain­si pro­por­tion­nel à sa du­rée. « Nous es­ti­mons que pour ob­te­nir une rente de 1$000 eu­ros par mois à par­tir de 65# ans, si l’ef­fort d’épargne com­mence à 55#ans, il doit être de 1$200 eu­ros par mois, il ne se­ra que de 360 eu­ros par mois pour un épar­gnant qui a 40# ans. Il peut être ain­si di­vi­sé par quatre en s’y pre­nant tôt » , pré­vient Ma­rie Pe­rar­delle.

Et ce­la est d’au­tant plus né­ces­saire que le ca­pi­tal à consti­tuer pour ob­te­nir un com­plé­ment de re­traite su$sant est im­por­tant. L’en­cours moyen des contrats Ma­de­lin, par exemple, est ac­tuel­le­ment de 20"000 eu­ros, ce qui per­met d’ob­te­nir une rente de 50 eu­ros par mois, il de­vrait être de 80"000 eu­ros pour gé­né­rer une rente de 400 eu­ros par mois"! Des ef­forts sou­te­nus et à long terme sont donc né­ces­saires.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.