AU SE­COURS, LES STADES COÛTENT TROP CHER!!

L’ALÉA SPOR­TIF Beau­coup d’in­ves­tis­se­ments des col­lec­ti­vi­tés, un peu de fi­nan­ce­ment pri­vé… Les villes grandes et moyennes sont en train de ré­no­ver ou de créer une o!re im­por­tante de stades conçus tant pour le sport que pour le spec­tacle. Mais le mar­ché cha

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - JEAN-PIERRE GONGUET

Éco­no­mi­que­ment, la glo­rieuse in­cer­ti­tude du sport est une hé­ré­sie. De­puis long­temps les grands clubs eu­ro­péens du football rêvent d’une ligue fer­mée. Per­sonne n’y se­rait ja­mais ré­tro­gra­dé, les nou­veaux se­raient co­op­tés au comp­te­gouttes. Les re­ve­nus se­raient as­su­rés et les ac­tion­naires heu­reux. C’est le mo­dèle amé­ri­cain du basket ou du base-ball qui se­rait ain­si ap­pli­qué à la Ligue des cham­pions. Jus­qu’à pré­sent, c’était un rêve du pri­vé. Mais Fré­dé­ric Bo­lot­ny, éco­no­miste spé­cia­li­sé dans le sport, n’est pas sûr qu’il ne touche pas au­jourd’hui le pu­blic : « Mal­gré ma ré­ti­cence sur les ligues fer­mées, j’en ar­rive presque à me de­man­der s’il ne fau­drait pas étu­dier quelques me­sures dans ce sens pour pré­ser­ver les in­ves­tis­se­ments des col­lec­ti­vi­tés dans les in­fra­struc­tures du foot. »

Cette glo­rieuse in­cer­ti­tude du sport risque en ef­fet de coû­ter d’au­tant plus au contri­buable que les in­ves­tis­se­ments des col­lec­ti­vi­tés s’ac­croissent. La ca­ri­ca­ture, c’est la MMA­re­na du Mans, le stade Mu­tuelles du Mans. C’est un stade de 25!000 places, alors qu’au mo­ment où il a été conçu le club ré­sident était en Ligue 2, où l’af­fluence moyenne est de 8!000 per­sonnes par match. Au­jourd’hui, Le Mans FC est en Na­tio­nal et les tri­bunes sont qua­si vides. C’est un stade dont les coûts ont ex­plo­sé : 35 mil­lions pré­vus, plus de 100 mil­lions au fi­nal. La mai­rie, qui a quand même in­ves­ti 32 mil­lions dans l’his­toire, n’a pu as­su­mer l’ex­plo­sion des coûts et a eu re­cours à un par­te­na­riat pu­blic­pri­vé in extremis, qui lie la Ville pour trente-trois ans. Mieux, l’« aléa spor­tif » est sup­por­té par la Ville, qui doit dé­dom­ma­ger l’ex­ploi­tant pri­vé (Vinci en l’oc­cur­rence) au cas où le club plonge au fin fond du football fran­çais. Or c’est ce qui est en train d’ar­ri­ver, car Le Mans FC est en si mau­vais état fi­nan­cier que la Ligue de Football pro­fes­sion­nel me­nace de le mettre en li­qui­da­tion du jour au len­de­main.

LE MANS-GRE­NOBLE : RÊVES PER­DUS ET PA­RA­DOXES

Pour­tant, le stade du Mans était exac­te­ment ce dont rê­vait le gou­ver­ne­ment pré­cé­dent. Fran­çois Fillon, en l’inau­gu­rant, en jan­vier 2011, a loué sa concep­tion car son gou­ver­ne­ment sou­hai­tait que se mul­ti­plient ces « are­nas », des salles/stades pour le sport comme pour les spec­tacles. Le Pre­mier mi­nistre pré­di­sait même que la MMA­re­na al­lait « at­ti­rer des évé­ne­ments mon­diaux » !! Sauf que, comme beau­coup d’autres, le pro­jet était to­ta­le­ment sur­di­men­sion­né pour un club ré­sident plu­tôt moyen qui n’a ja­mais rien ga­gné de son exis­tence et dans le stade du­quel au­cun concert n’est au­jourd’hui pro­gram­mé!!

Une ex­cep­tion!? Pas vrai­ment. Quelques éco­no­mistes aux pieds sur terre ont des doutes sé­rieux sur le pro­jet de Li­moges ( lire en­ca­dré). La plu­part des villes grandes ou moyennes font ce même pa­ri. Gre­noble a ain­si inau­gu­ré un stade des Alpes de 20!000 places en 2008. Une ar­doise de 95 mil­lions, ma­jo­ri­tai­re­ment as­su­mée par la mé­tro­pole. Johnny Hal­ly­day a été le pre­mier ar­tiste à s’y pro­duire, en 2009, et Da­vid Guetta y se­ra en concert le 28 juin. Mais en de­hors de ces évé­ne­ments, c’est morne plaine : le club de foot, après quelques pé­ri­pé­ties fi­nan­cières, vé­gète au­jourd’hui en CFA (la 4e di­vi­sion), et les rug­by­men du FC Gre­noble, qui, eux, se dé­brouillent plu­tôt bien en Top 14, ont dé­ci­dé de s’o"rir un stade ré­no­vé, car les foot­bal­leurs ne veulent pas d’eux au stade des Alpes, au cas où, un jour, ils re­mon­te­raient en Ligue 2 ou en Ligue 1. Par­ti­cu­la­ri­té éton­nante : il y au­ra deux stades neufs à Gre­noble, mais au­cun ne se­ra as­sez grand pour ac­cueillir une ren­contre im­por­tante. Consé­quence : si un club veut sa­tis­faire tout le monde, il se­ra obli­gé d’al­ler jouer à Lyon!; le stade ré­no­vé res­te­ra vide pour les trois ou quatre grands chocs de l’an­née!!

Alain Jup­pé, lui, a été semble-t-il plus pru­dent que quelques-uns de ses col­lègues. Le grand stade de Bor­deaux est « son » pro­jet, et il coûte très cher : 175 mil­lions d’eu­ros ini­tia­le­ment, 200 mil­lions à l’heure ac­tuelle. Un coût trop éle­vé pour la Ville, qui a donc eu re­cours au tra­di­tion­nel par­te­na­riat pu­blic-pri­vé (PPP) avec Vin­ciFayat : 40!000 places, un PPP de trente ans et un en­ga­ge­ment des Gi­ron­dins de Bor­deaux, pro­prié­té de M6, de quelque 100 mil­lions d’eu­ros sur la du­rée du bail. Mais sur­tout, M6 a ac­cep­té de prendre en charge le fa­meux aléa spor­tif : que les Gi­ron­dins de Bor­deaux soient en Ligue des cham­pions ou en Ligue 2, la chaîne paie­ra la même re­de­vance de 3,85 mil­lions par an. Et si ja­mais M6 re­vend le club, l’ac­qué­reur au­ra les mêmes obli­ga­tions. Ni Le Mans ni même Lille n’ont pris cette pré­cau­tion.

L’ac­cord semble donc moins dé­fa­vo­rable aux col­lec­ti­vi­tés qui fi­nancent le grand stade. Mais il est quand même très ris­qué, au point que ni Alain Jup­pé, ni Vin­ciPayat, ni M6 n’ont don­né de pré­vi­sion­nel pour l’ex­ploi­ta­tion ni dé­voi­lé le nom des en­tre­prises qui vont s’en­ga­ger sur les loges VIP ou ce­lui des can­di­dats au « na­ming » du stade. Certes : Vinci-Fayat a si­gné une ga­ran­tie de re­cettes an­nuelles, mais si celles-ci n’ar­rivent pas et que ce consor­tium est en di#culté, comme il n’est pas ga­ran­ti par les deux so­cié­tés mères, ce se­ra la mai­rie qui de­vra rem­bour­ser…

1,7 MIL­LIARD D’EU­ROS IN­VES­TI POUR L’EU­RO 2016

Au­jourd’hui, les Gi­ron­dins de Bor­deaux ont 14 mil­lions de dé­fi­cit. Ni­co­las de Ta­ver­nost, le pa­tron de M6, a tou­jours dit qu’il ne se­rait pas un mé­cène. Le risque type « Le Mans » n’est donc pas ex­clu. Or, comme Mat­thieu Rou­veyre, l’op­po­sant so­cia­liste d’Alain Jup­pé à la mai­rie, mul­ti­plie les re­cours, les banques qui avancent 112 mil­lions ne dé­bloquent pas leurs prêts et le chan­tier n’avance guère. En fait, même si les Gi­ron­dins, grâce à leur vic­toire en Coupe de France, joue­ront l’an­née pro­chaine la Ligue Eu­ro­pa (la com­pé­ti­tion eu­ro­péenne de conso­la­tion), le fu­tur grand stade va avoir du mal à faire le plein. L’af­fluence n’est pas bonne à Bor­deaux : 19!411 spec­ta­teurs en moyenne en 2012-2013, soit 10!000 de moins en moyenne qu’en 2009-2010, la meilleure sai­son des Gi­ron­dins, celle où ils étaient te­nants du titre.

Et c’est bien là que le bât blesse : le football fran­çais est en train d’in­ves­tir 1,7 mil­liard dans la ré­no­va­tion et la construc­tion de stades pour l’Eu­ro 2016, et rien ne dit qu’il y au­ra un équi­libre fi­nan­cier à moyen terme pour les clubs et les Villes. Bor­deaux tient très exac­te­ment le même rai­son­ne­ment que Saint-Étienne, Nice, Mar­seille, Tou­louse ou Lyon de­puis dix ans : une grande ville a be­soin d’un grand club, qui a lui­même be­soin d’un grand stade, et le tout est ren­table. Tout le monde es­père la très ré­mu­né­ra­trice Ligue des cham­pions. Le pro­blème, c’est

[JEAN-FRAN­ÇOIS MONIER/AFP]

Vue aé­rienne de la MMA­re­na du Mans, qui peut ac­cueillir 25!000 spec­ta­teurs pour un match ou 38!000 pour un con­cert.

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