En Al­le­magne, 200 mil­liards d’eu­ros pour rien!?

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ - RO­MA­RIC GO­DIN

La politique fa­mi­liale fran­çaise fait des en­vieux outre-Rhin. Mal­gré ses dé­penses im­por­tantes, l’Al­le­magne ne par­vient pas à in­fluer sur son taux de fé­con­di­té.

S’IL EST UN DO­MAINE OÙ LES AL­LE­MANDS EN­VIENT LA FRANCE, c’est bien la politique fa­mi­liale. Certes, le sys­tème hexa­go­nal sou!re d’un grave pro­blème de fi­nan­ce­ment, mais du moins peut-il se pré­va­loir d’un cer­tain suc­cès : l’indice de fé­con­di­té fran­çais est pas­sé de 1,78 en­fant par femme en 1990 à 2,01 en­fants par femme en 2011. La France est dé­sor­mais proche du ni­veau né­ces­saire au re­nou­vel­le­ment des gé­né­ra­tions (2,1). En Al­le­magne, cet indice reste déses­pé­ré­ment faible, à 1,36 en­fant par femme. Pis, il re­cule chaque an­née. En dé­mo­gra­phie aus­si, il y a une di­ver­gence fran­co-al­le­mande, mais cette fois en fa­veur de la France.

Pour­tant, l’Al­le­magne ne lé­sine pas sur les moyens. Il existe ou­treR­hin pas moins de 156 me­sures de politique fa­mi­liale, pour une dé­pense an­nuelle de 200 mil­liards d’eu­ros"! C’est la plus forte dé­pense eu­ro­péenne dans le do­maine. Mais en vain. En fé­vrier, le Spie­gel ti­trait « L’er­reur à 200 mil­liards d’eu­ros » pour dé­fi­nir la politique fa­mi­liale al­le­mande. Or la si­tua­tion dé­mo­gra­phique outre-Rhin est une vé­ri­table bombe à re­tar­de­ment.

D’ici à 2025, se­lon l’agence fé­dé­rale pour l’em­ploi, la po­pu­la­tion ac­tive al­le­mande de­vrait re­cu­ler de 6,5 mil­lions de per­sonnes. L’im­pact sur la com­pé­ti­ti­vi­té et la crois­sance du pays risque d’être ma­jeur.

Le prin­ci­pal dé­faut de la politique al­le­mande est son at­ta­che­ment au mo­dèle fa­mi­lial tra­di­tion­nel. « Nulle part ailleurs en Eu­rope un sys­tème fis­cal ne fa­vo­rise au­tant qu’en Al­le­magne le mo­dèle du “père qui tra­vaille seul” et de “la mère qui élève les en­fants” », sou­ligne une ré­cente étude de l’ins­ti­tut éco­no­mique HWWI de Ham­bourg. Le cal­cul de l’im­pôt fa­vo­rise ce mo­dèle et pé­na­lise les per­sonnes éle­vant seules des en­fants, ou les fa­milles nom­breuses, tan­dis que les me­sures po­si­tives ne prennent pas en compte les formes fa­mi­liales « non tra­di­tion­nelles », pour­tant de plus en plus nom­breuses.

LA POLITIQUE FRAN­ÇAISE VUE COMME UN « MO­DÈLE »

Pour au­tant, en dé­cou­ra­geant l’ac­ti­vi­té des femmes à plein temps, ce sys­tème ré­duit les re­ve­nus des fa­milles et les in­cite peu à avoir une fa­mille nom­breuse. Bref, ces me­sures coûtent cher, mais sont peu ef­fi­caces. Voi­là pour­quoi les au­teurs de l’étude de HWWI n’hé- sitent pas à pré­sen­ter la France comme un mo­dèle où l’État a su dès les an­nées 1970 prendre en compte les formes fa­mi­liales mo­dernes.

L’im­pré­gna­tion de ce mo­dèle fa­mi­lial fait perdre de la co­hé­rence à la politique fa­mi­liale al­le­mande. La loi de 2008 vou­lait ain­si o!rir une so­lu­tion de garde en 2013 à tous les en­fants de 1 à 3 ans. Des e!orts consi­dé­rables ont été réa­li­sés et la sco­la­ri­sa­tion des en­fants de moins de 3 ans est au­jourd’hui plus éle­vée qu’en France. Mais le peu d’en­train de l’État fé­dé­ral à fi­nan­cer l’e!ort qui a lais­sé la ma­jeure par­tie du coût aux as­so­cia­tions et aux struc­tures pri­vées – et donc aux fa­milles – ne per­met­tra pas de rem­plir les ob­jec­tifs. Là en­core, ce­la conduit les femmes à tra­vailler à temps par­tiel et à li­mi­ter les nais­sances.

An­ge­la Mer­kel, qui avait fait de cette loi une pierre an­gu­laire de sa politique fa­mi­liale, a fi­na­le­ment pré­fé­ré flat­ter son élec­to­rat conser­va­teur en créant une al­lo­ca­tion pour les pa­rents qui élèvent leurs en­fants au foyer. Donc de sou­te­nir le mo­dèle fa­mi­lial tra­di­tion­nel, sans ga­ran­tie non plus d’e#ca­ci­té.

La politique fa­mi­liale est au pre­mier plan de la cam­pagne des élec­tions fé­dé­rales du 22 sep­tembre. Mais, on le voit, chan­ger un sys­tème cultu­rel­le­ment bien an­cré n’est pas chose ai­sée. Comme la France, l’Al­le­magne est par­fois dif­fi­cile à ré­for­mer.

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