En Thu­ringe, l’ex-rda re­lève la tête

Jus­qu’aux élec­tions gé­né­rales du 22 sep­tembre, re­trou­vez dans La Tri­bune notre sé­rie pour mieux com­prendre l’Al­le­magne d’au­jourd’hui et de de­main. Ei­se­nach, Wei­mar, Er­furt : ces villes de taille mo­deste, dis­tantes de 25 ki­lo­mètres les unes des autres et d

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / INTERNATIO­NAL - FRAN­ÇOIS ROCHE

Ei­se­nach, ville na­tale de Jean- Sé­bas­tien Bach!; Wei­mar, où Goethe s’ins­talle à 26 ans et où il fi­ni­ra ses jours à plus de 80!; Er­furt, où Lu­ther est or­don­né prêtre en 1507 et où eut lieu la cé­lèbre (et der­nière…) en­tre­vue entre Na­po­léon et le tsar Alexandre, à l’au­tomne 1808… L’État libre de Thu­ringe, comme on l’ap­pelle o"ciel­le­ment, est aus­si un sym­bole très contem­po­rain, ce­lui de la re­nais­sance pro­gres­sive d’un Land de l’ex-Al­le­magne de l’Est du­re­ment frap­pé par la dés­in­té­gra­tion éco­no­mique de la RDA. De­puis une di­zaine d’an­nées, la ré­gion s’est re­fait une san­té et veut re­trou­ver l’es­prit et le dy­na­misme qui furent ceux de la Thu­ringe d’avant la Se­conde Guerre mon­diale et re­don­ner vie à cette Mit­tel­deut­schland qu’elle forme avec ses voi­sins de Saxe (Dresde) et de Saxe-An­halt (Mag­de­bourg).

L’État libre de Thu­ringe est di­ri­gé de­puis 2009 par une grande coa­li­tion sous la hou­lette de la mi­nistre-pré­si­dente Ch­ris­tine Lie­berk­necht, née à Wei­mar, fille d’un pas­teur évan­gé­lique et pas­teur elle-même jus­qu’en 1990. Proche d’An­ge­la Mer­kel, elle est im­pli­quée de­puis la réuni­fi­ca­tion dans le gou­ver­ne­ment du Land. Matthias Mach­nig, 53 ans, l’une des fi­gures du SPD, an­cien di­rec­teur de cam­pagne de Ge­rhard Schrö­der, est le mi­nistre de l’Éco­no­mie, du Tra­vail et des Tech­no­lo­gies.

De­puis son bu­reau du mi­nis­tère, à Er­furt, il in­siste sur les points clés de la stra­té­gie de re­con­quête de la Thu­ringe : les in­fra­struc­tures (la gare d’Er­furt, com­plè­te­ment ré­no­vée, se­ra l’une des étapes de la ligne à grande vi­tesse Mu­nich-Ber­lin, qui ou­vri­ra en 2017), un tis­su de pe­tites et moyennes en­tre­prises très dense (en­vi­ron 90!000 en­tre­prises en­re­gis­trées dans le Land, qui em­ploient 1,1 mil­lion de sa­la­riés sur 2,2 mil­lions d’ha­bi­tants), un po­ten­tiel de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment et des clus­ters d’en­tre­prises dans les nou­velles tech­no­lo­gies, no­tam­ment à Ié­na au­tour de l’uni­ver­si­té Frie­drich-Schil­ler, l’une des meilleures d’Al­le­magne, mais aus­si de Carl Zeiss.

Cette en­tre­prise phare de l’exRDA a sus­ci­té un cer­tain nombre de spin-o!s dans le do­maine de l’op­tique, comme Ana­ly­tik Je­na, créée en mai 1990 par trois Zeis­sia­ners (ain­si que l’on nom­mait les sa­la­riés de Zeiss), dont deux di­rigent tou­jours l’en­tre­prise,

Les be­soins en main-d’oeuvre du Land sont es­ti­més à 200!000 per­sonnes dans les dix ans qui viennent.

Klaus Ber­ka et Jens Ado­mat. La so­cié­té est au­jourd’hui l’un des grands fa­bri­cants al­le­mands d’ins­tru­ments scien­ti­fiques et a ra­che­té à Zeiss en 1997 son ac­ti­vi­té d’op­tique de loi­sir et de sport.

LA TECH­NO­LO­GIE, MO­TEUR DE LA RE­CONS­TRUC­TION

Carl Zeiss (qui em­ployait 26!000 sa­la­riés en 1989, contre un peu plus de 2!000 au­jourd’hui) a per­mis à Ié­na de re­cons­truire un po­ten­tiel scien­ti­fique et de re­cherche. Le cam­pus de Beu­ten­berg, sur les hau­teurs de la ville, abrite des pé­pi­nières d’en­tre­prises mais aus­si de pres­ti­gieuses or­ga­ni­sa­tions de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment comme l’Ins­ti­tut Max Planck, l’Ins­ti­tut de phy­sique ap­pli­quée de l’uni­ver­si­té Schil­ler, l’Ins­ti­tut Fraun­ho­fer pour l’op­tique ap­pli­quée et l’en­gi­nee­ring de pré­ci­sion. Ces or­ga­ni­sa­tions jouent un rôle cru­cial en Al­le­magne dans la re­cherche ap­pli­quée à l’in­dus­trie. C’est en­core plus vrai dans une ré­gion qui a dû se re­cons­truire presque en­tiè­re­ment mais qui pos­sé­dait néan­moins des ac­quis en ma­tière de tech­no­lo­gies. On trouve aus­si à Beu­ten­berg deux in­cu­ba­teurs d’en­tre­prises, l’un sur l’ins­tru­men­ta­tion bio­tech, l’autre sur l’op­tique.

C’est là que s’est ins­tal­lé un jeune in­gé­nieur fran­çais, Si­mon Re­nard, qui a étu­dié la phy­sique à Ber­lin avant de se fixer à Ié­na où son épouse est mu­si­cienne. Il a créé son en­tre­prise, Tec­no­mis, qui conçoit et dé­ve­loppe des ac­ces­soires d’ins­tru­men­ta­tion scien­ti­fique. « Ié­na est un très bon en­droit pour dé­ve­lop­per mon en­tre­prise, dit-il. L’uni­ver­si­té et les ins­ti­tuts de re­cherche sont très ou­verts aux par­te­na­riats avec de jeunes en­tre­prises, nous tra­vaillons en ré­seau, l’ou­ver­ture in­ter­na­tio­nale est to­tale, les gens sont à la fois com­pé­tents et en­ga­gés dans ce qu’ils font », ajoute-t-il. Et il fait au pas­sage une ob­ser­va­tion im­por­tante : en Al­le­magne, où l’on a le culte de la tech­nique et de l’in­gé­nieur, on ne né­glige pas les jeunes qui n’ont pas pu en­tre­prendre des études su­pé­rieures mais qui veulent néan­moins de­ve­nir des tech­ni­ciens de haut ni­veau. « C’est une force consi­dé­rable du sys­tème éco­no­mique al­le­mand, dit en­core Si­mon Re­nard, où l’on trouve des ou­vriers et des tech­ni­ciens très spé- cia­li­sés, en­ga­gés dans leur tra­vail, tou­jours à la re­cherche de so­lu­tions tech­niques nou­velles, ap­por­teurs d’idées et de pro­jets. »

Come l’in­dique Matthias Mach­nig, la Thu­ringe doit re­le­ver plu­sieurs dé­fis. Le pre­mier est ce­lui de la po­pu­la­tion ac­tive. Dans les pre­miers temps de la réuni­fi­ca­tion, la Thu­ringe per­dait 35!000 ha­bi­tants tous les ans. De­puis quelques an­nées, le flux s’est in­ver­sé et le solde net est po­si­tif de quelques mil­liers de per­sonnes. Mais les be­soins en main-d’oeuvre qua­li­fiée sont es­ti­més à 200!000 per­sonnes dans les dix ans qui viennent alors que le sys­tème d’enseigneme­nt et de for­ma­tion lo­cal ne pour­ra en pro­po­ser que 140!000 au maxi­mum. Il fau­dra donc at­ti­rer en Thu­ringe de jeunes tech­ni­ciens et in­gé­nieurs, qui font au­jourd’hui l’ob­jet d’opé­ra­tions de sé­duc­tion de beau­coup de ré­gions allemandes, no­tam­ment dans le sud du pays.

45!% D’ÉNER­GIE RE­NOU­VE­LABLE D’ICI À 2020

Un autre chal­lenge se­ra de den­si­fier le po­ten­tiel du Land dans les nou­velles tech­no­lo­gies. Des pro­jets sont en cours dans des do­maines comme l’élec­tro-mobilité, l’au­to­ma­ti­sa­tion in­dus­trielle et les éner­gies re­nou­ve­lables. La Thu­ringe est d’ailleurs par­ti­cu­liè­re­ment concer­née par l’Ener­gie­wende puisque de nou­veaux ré­seaux de trans­port d’élec­tri­ci­té doivent être construits sur son ter­ri­toire pour re­lier l’Al­le­magne du Nord à la Ba­vière, ce qui ne plaît guère aux dé­fen­seurs de la fa­meuse Thü­rin­ger Wald, la fo­rêt de Thu­ringe, l’un des pou­mons verts de l’Al­le­magne. « Nous tra­vaillons sur ce su­jet, mais ces ré­seaux sont né­ces­saires et nous les construi­rons » , a"rme Matthias Mach­nig, qui se fixe comme ob­jec­tif que 45!% de la consom­ma­tion d’élec­tri­ci­té de la Thu­ringe en 2020 soit pro­duite par les éner­gies re­nou­ve­lables.

[JENS MEYER/AP/SIPA]

À Ié­na, l’une des villes moyennes de Thu­ringe, le la­bo­ra­toire Ana­ly­tik Je­na AG a mis au point une bio­ana­lyse ul­tra-ra­pide (deux heures) du vi­rus de la grippe.

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