« Thales va cher­cher sa crois­sance dans les pays émer­gents »

À la tête de Thales de­puis près de six mois, Jean-ber­nard Lé­vy a re­fer­mé la pa­ren­thèse du ma­laise qui a!ec­tait le groupe. Thales, dit-il, est dé­sor­mais en « ordre de marche ». Tout en pour­sui­vant l’op­ti­mi­sa­tion de l’en­tre­prise, le PDG fixe un am­bi­tieux ob

La Tribune Hebdomadaire - - L’INTERVIEW - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MI­CHEL CA­BI­ROL

LA TRI­BUNE – La pre­mière phase de re­cons­truc­tion de Thales, que vous avez lan­cée à votre ar­ri­vée, est-elle ache­vée!?

JEAN-BER­NARD LÉ­VY – À mon ar­ri­vée, je me suis at­ta­ché à la réa­li­sa­tion de deux ob­jec­tifs im­mé­diats : ré­ta­blir le dia­logue so­cial et mettre en place une nou­velle or­ga­ni­sa­tion, une équipe. Ces ob­jec­tifs ont été at­teints. Sur le plan so­cial, le contact avec les or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales a été très ra­pi­de­ment re­noué dans la confiance et le res­pect mu­tuel. Nous avons d’ailleurs si­gné fin avril deux ac­cords – un sur le té­lé­tra­vail, l’autre sur la ges­tion an­ti­ci­pée de l’em­ploi – avec les quatre or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales re­pré­sen­ta­tives de Thales. Il y a eu una­ni­mi­té.

Mis­sion ac­com­plie éga­le­ment en termes d’or­ga­ni­sa­tion!?

J’ai an­non­cé dès le dé­but du mois de fé­vrier la consti­tu­tion d’un nou­veau co­mi­té exé­cu­tif, qui est main­te­nant au com­plet. En ma­tière d’or­ga­ni­sa­tion, j’ai mo­di­fié as­sez pro­fon­dé­ment la pré­cé­dente. Pour­quoi"? La si­tua­tion n’était pas sa­tis­fai­sante avec une frac­ture gé­né­ra­trice de divisions entre les res­pon­sables des pro­duits et les res­pon­sables des clients. La nou­velle or­ga­ni­sa­tion ré­ta­blit une so­li­da­ri­té dans la res­pon­sa­bi­li­té du pro­duit vers le client. Le deuxième chan­ge­ment a consis­té à struc­tu­rer notre or­ga­ni­sa­tion à l’in­ter­na­tio­nal en fonc­tion des en­jeux com­mer­ciaux de Thales dans les di!érents pays. Cette spé­cia­li­sa­tion de l’or­ga­ni­sa­tion en fonc­tion des po­ten­tiels de crois­sance a été an­non­cée en fé­vrier et mise en place le 1er avril.

Peut-on au­jourd’hui dire que Thales est un groupe apai­sé!?

La pa­ren­thèse du ma­laise est dé­sor­mais re­fer­mée. Thales est en ordre de marche et nous nous concen­trons sur notre dé­ve­lop­pe­ment.

Quand es­pé­rez-vous re­cueillir les fruits de cette nou­velle ( or­ga­ni­sa­tion!?

Ces e!orts peuvent prendre un peu de temps avant de por­ter leurs fruits. Thales est dans une in­dus­trie de pro­jets à cycle long. Dès à pré­sent, nous re­cher­chons toutes les op­por­tu­ni­tés de crois­sance. Notre e!ort pour al­ler cher­cher la crois­sance – je ne parle que de crois­sance or­ga­nique – de­vra s’orien­ter vers les pays émer­gents. Il n’y a pas d’ave­nir pour Thales si nous n’ar­ri­vons pas à faire croître d’abord nos prises de com­mandes et notre chi!re d’a!aires dans les pays dont les éco­no­mies sont elles-mêmes en crois­sance.

Les pays émer­gents sont-ils le nou­vel el­do­ra­do de Thales!?

Ces der­nières an­nées, le chi!re d’a!aires réa­li­sé dans les pays émer­gents tourne au­tour de 20"% à 22"%. Nous pou­vons faire mieux. Comment"? En al­lant au-de­là du mo­dèle tra­di­tion­nel de l’ex­por­ta­tion. Thales de­vra in­ves­tir dans des im­plan­ta­tions et nouer des par­te­na­riats pour tra­vailler, s’im­plan­ter et tis­ser des liens de confiance avec les clients dans la du­rée. C’est l’un des ob­jec­tifs de l’or­ga­ni­sa­tion qu’anime Pas­cale Sou­risse, la di­rec­trice gé­né­rale en charge de

l’in­ter­na­tio­nal.

Le Moyen-Orient était une ré­gion où Thales dé­te­nait des po­si­tions fortes. Ce n’est plus le cas au­jourd’hui alors que le groupe a ac­tuel­le­ment des cam­pagnes cru­ciales. Que s’est-il pas­sé!?

Thales a eu des po­si­tions com­mer­ciales fortes au Moyen-Orient, qui se sont éro­dées. No­tam­ment par manque d’im­plan­ta­tion du­rable. De toute évi­dence, le Moyen-Orient est au­jourd’hui une ré­gion à re­con­qué­rir. Il faut e!ec­tuer un tra­vail de fond à tous les ni­veaux : politique, com­mer­cial, par­te­na­rial et tech­nique. Et quand je vois les suc­cès d’Air­bus au Moyen-Orient, je suis op­ti­miste.

Quels sont les ob­jec­tifs de votre stra­té­gie dans les pays émer­gents!?

Nous al­lons tra­vailler sur des pers­pec­tives am­bi­tieuses. No­tam­ment

parce que nous sou- hai­tons aus­si mi­ser sur les ac­ti­vi­tés ci­viles, qui sont le se­cond mo­teur de la crois­sance du groupe. Dans quelques an­nées, les ac­ti­vi­tés ci­viles, de fa­çon as­sez na­tu­relle, re­pré­sen­te­ront plus de 50"% de notre chi!re d’a!aires.

C’est une ré­vo­lu­tion… Ce ren­ver­se­ment est-il dû à la baisse des bud­gets mi­li­taires dans les pays oc­ci­den­taux!?

Nous al­lons su­bir dans le do­maine de la dé­fense la baisse des bud­gets mi­li­taires dans les pays oc­ci­den­taux. Mais nous avons des atouts pour ré­sis­ter. Nous sommes un sys­té­mier, un in­té­gra­teur de tech­no­lo­gies dans les do­maines élec­tro­niques, des sys­tèmes d’armes, des sys­tèmes de com­man­de­ment, où il y a un re­nou­vel­le­ment plus ra­pide des pro­duits que dans les plates-formes. Quoi qu’il en soit, nous nous de­vons d’être plus pré­sents sur les mar­chés de dé­fense en crois­sance. Nous avons iden­ti­fié une quin­zaine de pays dans le monde qui ont à la fois une crois­sance éco­no­mique et la vo­lon­té d’avoir une ar­mée bien équi­pée.

Avec la pu­bli­ca­tion du Livre blanc sur la dé­fense, êtes-vous ( ras­su­ré sur le main­tien de toutes les fi­lières in­dus­trielles exis­tantes en France!?

Nous nous in­ter­ro­geons sur la com­pa­ti­bi­li­té entre les en­ga­ge­ments qui se­ront ins­crits dans la loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire et le main­tien de toutes les fi­lières au sein de l’in­dus­trie de dé­fense et de sé­cu­ri­té fran­çaise. Nous cher­chons à ob­te­nir toutes les ga­ran­ties sur un main­tien des ca­pa­ci­tés tech­no­lo­giques exis­tantes. Nous avons été ras­su­rés par la vo­lon­té ex­pri­mée par le pré­sident de la Ré­pu­blique et les chi!res qu’il a an­non­cés. Mais bien sûr, nous res­tons dans l’at­tente de la pro­gram­ma­tion dé­taillée.

On évoque beau­coup une nou­velle phase de conso­li­da­tion en Eu­rope. Pré­pa­rez-vous Thales à ce mou­ve­ment!?

Les re­struc­tu­ra­tions de pé­ri­mètre ne sont pas au coeur de la dé­marche stra­té­gique de Thales. Le groupe a les moyens de son dé­ve­lop­pe­ment sans crois­sance ex­terne. Mais si un jour une ini­tia­tive rem­plis­sait les condi­tions su#santes en ma­tière de co­hé­rence stra­té­gique, de prix, de com­pé­ti­ti­vi­té des fi­lières concer­nées, elle se­rait bien en­ten­du exa­mi­née.

Donc Thales n’est en rien concer­né par un mou­ve­ment de conso­li­da­tion!?

Dans de très nom­breux do­maines, Thales agit dé­jà dans une fi­lière qui a été lar­ge­ment concen­trée, et sou­vent à notre ini­tia­tive. Nous se­rons des spec­ta­teurs at­ten­tifs s’il y a des conso­li­da­tions qui voient le jour, et peut-être des ac­teurs si ce­la fait sens.

Pour­tant, on vous prête des en­vies. Vou­lez-vous mon­ter dans ( le ca­pi­tal de DCNS!?

Rap­pe­lons juste deux vé­ri­tés in­dis­cu­tables : Thales pos­sède 35"% de DCNS, et une opé­ra­tion de concen­tra­tion n’a de sens que si elle amé­liore la com­pé­ti­ti­vi­té des fi­lières in­dus­trielles concer­nées et les pers­pec­tives d’ex­por­ta­tion.

Mais vous avez dé­jà dû ré­flé­chir à cet élé­ment du dos­sier…

En tout cas, il fau­drait que le conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de Thales soit per­sua­dé de la créa­tion de va­leur. Pour ce­la, il fau­drait que plu­sieurs élé­ments soient ras­sem­blés : un ache­teur, un ven­deur, un prix, un ré­gu­la­teur qui soit d’ac­cord.

Et sur Nex­ter, Sa­fran et Fin­mec­ca­ni­ca!?

Sur le dos­sier Nex­ter, Thales n’a pas 35"% du ca­pi­tal. Et je n’ai pas en tête qu’il y ait des sy­ner­gies tech­no­lo­giques et in­dus­trielles entre les deux groupes. Avec Sa­fran, Thales a eu de longues dis­cus­sions, dé­sor­mais closes. J’en conclus que les di!érentes opé­ra­tions évo­quées entre les deux groupes ne pré­sen­taient pas de sens in­dus­triel. En­fin, sur Fin­mec­ca­ni­ca, nous sommes par­te­naires dans le spa­tial, avec un grand de­gré de confiance ré­ci­proque.

[ÉRIC PIERMONT/AFP]

Se­lon Jean-Ber­nard Lé­vy, « dans quelques an­nées, les ac­ti­vi­tés ci­viles, de fa­çon as­sez na­tu­relle, re­pré­sen­te­ront plus de 50!% du chi"re d’a"aires de Thales ».

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