Fran­çois Hol­lande sur les traces de Schrö­der!? Le test des re­traites

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ - IVAN BEST

Le pré­sident de la Ré­pu­blique va-t-il ge­ler les re­traites, pour en ré­duire le dé­fi­cit!? Le rap­port Mo­reau sug­gère cette piste. S’il fait ce choix, le chef de l’État met­tra ses pas dans ceux de l’an­cien chan­ce­lier al­le­mand.

FRAN­ÇOIS HOL­LANDE, QUI A FÉ­LI­CI­TÉ GE­RHARD SCHRÖ­DER POUR SON AC­TION à l’oc­ca­sion du 150e!an­ni­ver­saire du SPD, va-t-il mettre ses pas dans ceux de l’an­cien chan­ce­lier al­le­mand, comme l’y in­citent les mi­lieux éco­no­miques"? De ce point de vue, les dé­ci­sions qu’il pren­dra en ma­tière de re­traites se­ront éclai­rantes. Un vé­ri­table test, s’agis­sant de la ges­tion de la dé­pense pu­blique.

Soit il opte pour la voie d’éco­no­mies im­mé­diates, via la no­nin­dexa­tion des pen­sions, et il se­ra pos­sible d’a#rmer que Fran­çois Hol­lande se « schrö­de­rise ». Soit il opte, en tout cas à court terme, uni­que­ment pour des hausses de pré­lè­ve­ments obli­ga­toires – CSG des re­trai­tés ali­gnée sur celle des sa­la­riés, sup­pres­sion de l’abat­te­ment de 10"% sur le re­ve­nu im­po­sable – et les Fran­çais ad­mi­ra­teurs de Ge­rhard Schrö­der pour­ront dire que, dé­ci­dé­ment, les so­cia­listes sont « in­ca­pables de ré­for­mer ».

L’ex-chan­ce­lier a ini­tié, en 20032004, une ré­forme des re­traites, dont l’e$et im­mé­diat a été de di­mi­nuer la dé­pense pu­blique. Alors que le nombre de re­trai­tés aug­men­tait, la dé­pense glo­bale pour la re­traite a re­cu­lé pour la pre­mière fois en 2004, outre-Rhin. Cette baisse, sy­no­nyme de forte éro­sion des pen­sions, a beau­coup contri­bué à la di­mi­nu­tion gé­né­rale de la dé­pense pu­blique, dont s’est en­or­gueillie l’Al­le­magne. Une po­li­tique qui fait fi­gure de mo­dèle pour toute la droite fran­çaise. Ces dé­penses re­pré­sentent 56,6"% du PIB en France, contre 45"% en Al­le­magne, se­lon Eu­ro­stat.

C’est bien sûr en dés­in­dexant les pen­sions et les autres pres­ta­tions, qui ont été pu­re­ment ge­lées, que le gou­ver­ne­ment al­le­mand est d’abord par­ve­nu à ce ré­sul­tat. La ré­forme des re­traites qui a sui­vi, en 2007, les pre­mières dé­ci­sions de Ge­rhard Schrö­der, l’a confor­té, à tel point que les dé­penses de re­traite al­le­mandes étaient en 2011 in­fé­rieures à leur ni­veau de 2003, en eu­ros cou­rants, sans prise en compte de la hausse des prix qui les a éro­dées en­core plus.

Cette po­li­tique ex­plique pour une part non né­gli­geable le creu­se­ment de l’écart de dé­penses pu­bliques entre les deux pays. En Al­le­magne, le poids des pen­sions, rap­por­té au PIB, a lé­gè­re­ment di­mi­nué, se si­tuant au­tour de 10"% de la ri­chesse na­tio­nale"; en France, il est pas­sé de 10 à 13"% du PIB en une di­zaine d’an­nées.

En as­su­rant le 16! juin sur M6 qu’il ne tou­che­rait pas au mon­tant des pen­sions, Fran­çois Hol­lande a sem­blé ex­clure le gel ou la sou­sin­dexa­tion des re­traites. « Je veux dire aux re­trai­tés qu’on ne tou­che­ra pas à leur re­traite, qu’on va la sé­cu­ri­ser » , a dé­cla­ré le chef de l’État.

Ce se­rait donc la voie fran­çaise, celle des hausses d’impôts, qui se­rait em­prun­tée, en tout cas à court terme. Mais Fran­çois Hol­lande a ha­bi­tué les Fran­çais à des dé­cla­ra­tions ras­su­rantes, qui masquent par­fois des dé­ci­sions moins fa­vo­rables aux pu­blics qu’il cherche à ras­su­rer. Ré­ponse en sep­tembre.

[SCAN­PIX NOR­WAY/AFP]

Ge­rhard Schrö­der, chan­ce­lier al­le­mand de 1998 à 2005, membre du par­ti so­cial dé­mo­crate. Sa ré­forme des re­traites fait fi­gure de mo­dèle pour la droite fran­çaise.

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