QUI A PEUR DE L’ONCLE SAM ?

LE CONTEXTE Les né­go­cia­tions pour un trai­té de libre-échange trans­at­lan­tique vont com­men­cer à Wa­shing­ton. Une bouée de se­cours pour un Oc­ci­dent à la traîne face à la mon­tée en puis­sance de l’Asie!? Pas si simple. LES EN­JEUX Les risques sont nom­breux d’un

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - RO­MA­RIC GO­DIN ET MOU­NIA VAN DE CAS­TEELE

La France entre à re­cu­lons dans les né­go­cia­tions com­mer­ciales entre les États-Unis et l’Eu­rope. Un ac­cord ga­gnant-per­dant ou un es­poir pour re­lan­cer la crois­sance!?

Et si les États-Unis et l’Eu­rope se ser­raient (com­mer­cia­le­ment) la main!? Ce­la don­ne­rait nais­sance au plus im­por­tant ac­cord bi­la­té­ral de li­breé­change ja­mais conclu. Certes le mo­ment peut pa­raître éton­nant puisque c’est d’or­di­naire en pé­riode de crois­sance que les pays cherchent à nouer des al­liances com­mer­ciales. Or les deux pro­ta­go­nistes sont éco­no­mi­que­ment à la peine, dé­plo­rant de­puis la crise de 2008 des dettes pu­bliques abys­sales et des taux de crois­sance faibles.

Si l’idée est loin d’être nou­velle –"elle re­monte aux an­nées 1960 –, les pré­cé­dentes ini­tia­tives ont toutes échoué. En 2006 ce­pen­dant, le Par­le­ment eu­ro­péen en­vi­sage la créa­tion d’un «"mar­ché trans­at­lan­tique libre d’en­traves"» à l’ho­ri­zon 2015. En 2007, la chan­ce­lière al­le­mande An­ge­la Mer­kel, qui avait fait des re­la­tions éco­no­miques trans­at­lan­tiques l’une des prio­ri­tés de la pré­si­dence al­le­mande de l’UE, le pré­sident amé­ri­cain de l’époque George W. Bush et le pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jo­sé Ma­nuel Bar­ro­so, créent le Conseil éco­no­mique trans­at­lan­tique, char­gé de co­or­don­ner l’har­mo­ni­sa­tion des ré­gle­men­ta­tions et des normes entre les deux rives de l’At­lan­tique. Puis tout s’est ac­cé­lé­ré en mars der­nier, lorsque Ba­rack Oba­ma a don­né son feu vert pour en­ta­mer des pourparler­s o#ciels, qui dé­bu­te­ront à Wa­shing­ton en juillet pro­chain.

Ce par­te­na­riat ap­pa­raît comme un moyen simple et à moindre coût de dy­na­mi­ser la crois­sance des deux en­sembles. C’est la convic­tion du Pre­mier mi­nistre bri­tan­nique, Da­vid Ca­me­ron, qui a te­nu à ce que l’on an­nonce les pro­chaines né­go­cia­tions lors du som­met du G8 qu’il a pré­si­dé en Ir­lande les 17 et 18 juin der­niers. Mais la po­si­tion bri­tan­nique, qui est aus­si celle de l’Al­le­magne, ren­contre de fortes ré­sis­tances dans cer­tains sec­teurs et dans cer­tains pays, en France, no­tam­ment (lire pages 6 et 8). L’en­jeu de cet ac­cord, c’est donc de don­ner aux deux par­ties, mais aus­si à tous les pays eu­ro­péens, l’im­pres­sion de se re­trou­ver ga­gnantes. Ana­lyse des en­jeux d’une né­go­cia­tion à hauts risques…

LES EN­JEUX POUR LA CROIS­SANCE

Nombre d’études ont ten­té d’éva­luer l’im­pact de cet ac­cord sur la crois­sance. Si toutes s’ac­cordent à dire que cet ac­cord d’en­ver­gure –"les deux éco­no­mies pèsent à elles seules 50!% de la ri­chesse mon­diale et près d’un tiers du com- merce mon­dial (voir in­fo­gra­phie ci-contre)" – se­rait glo­ba­le­ment pro­fi­table, l’éva­lua­tion de ses avan­tages est bien plus nuan­cée.

Se­lon la Com­mis­sion eu­ro­péenne, cet ac­cord per­met­trait de ga­gner 0,4"point de crois­sance du PIB cô­té amé­ri­cain et 0,5" point cô­té UE. Sa­chant que la ba­lance com­mer­ciale entre les deux zones est fa­vo­rable à l’UE avec un ex­cé­dent de 73 mil­liards d’eu­ros. Le tout avec la créa­tion de 2 mil­lions d’em­plois de part et d’autre de l’At­lan­tique. Mais une ré­cente étude de l’ins­ti­tut al­le­mand Ifo montre que les Amé­ri­cains y ga­gne­raient plus que l’Eu­rope. Quant au think tank bri­tan­nique Cen­ter for eco­no­mic and po­li­cy re­search (CEPR), il tem­père tout en­thou­siasme en as­su­rant que le PIB des deux zones n’aug­men­te­rait au mieux que de 0,1!% par an, compte te­nu de la dé­cen­nie qui sé­pare ces cal­culs à long terme d’une éven­tuelle mise en oeuvre de l’ac­cord.

Les ré­sul­tats de ces études sont ce­pen­dant à re­la­ti­vi­ser, celles-ci étant faites sur un mo­dèle d’équi­libre gé­né­ral, toutes choses égales par ailleurs, en pre­nant en compte une abo­li­tion to­tale des en­traves à la libre cir­cu­la­tion des mar­chan­dises. Or, la sup­pres­sion des ta­rifs doua­niers, dé­jà faibles, consti­tue un en­jeu mar­gi­nal au re­gard des

0,5 point de PIB en plus par an pour l’UE, et 0,4!point cô­té États-Unis, c’est ce que de­vrait gé­né­rer l’ac­cord, se­lon la Com­mis­sion eu­ro­péenne.

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