POUR­QUOI LE LIBRE-ÉCHANGE FAIT SI PEUR

La Tribune Hebdomadaire - - L’ÉVÉNEMENT -

de­puis en moyenne deux ac­cords bi­la­té­raux par se­maine, contraires au prin­cipe de l’OMC. Si cette grande zone ne voit pas le jour, les pays ayant dé­jà des par­te­na­riats avec l’UE ou les États-Unis de­vront néan­moins ré­agir à l’abais­se­ment des bar­rières entre ces deux ré­gions.

LE JEU DES MON­NAIES!: AVAN­TAGE AU DOL­LAR…

Lorsque deux pays signent un trai­té de libre-échange, se pose in­évi­ta­ble­ment la ques­tion de la mon­naie, au­tre­ment dit du moyen par le­quel est réa­li­sé l’échange dé­bar­ras­sé des droits de douane et des en­traves non ta­ri­faires. Car la mon­naie peut éga­le­ment de­ve­nir un moyen de pro­té­ger son mar­ché en ren­ché­ris­sant par le taux de change les pro­duits du « par­te­naire com­mer­cial », ce qui re­vient à im­po­ser une forme de ta­rif d’en­trée aux pro­duits de ce par­te­naire. En théo­rie, ce risque n’existe pas : la mon­naie n’est que le re­flet des termes de l’échange. Lors­qu’un pays est en dé­fi­cit, sa mon­naie se dé­pré­cie et tend à ré­ta­blir l’équi­libre par l’e!et prix. Mais dans la pra­tique, ce monde idéal n’existe pas et la ten­ta­tion de ma­ni­pu­ler sa mon­naie est constante. Preuve en est que les trai­tés de li­breé­change dé­bouchent sou­vent sur des ac­cords mo­né­taires ou sur des ré­flexions sur ce su­jet. L’union doua­nière eu­ro­péenne de 1968 a été le pre­mier pas vers l’union mo­né­taire, avec le ser­pent mo­né­taire de 1972.

Dans le cas du trai­té trans­at­lan­tique, au­cune « en­tente mo­né­taire » de ce type ne semble pos­sible. Pour­tant, entre États-Unis et Eu­rope, la par­tie semble as­sez in­égale de ce point de vue. Si, o"ciel­le­ment, ni le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, ni la FED n’a"rment me­ner une politique de change, ils dis­posent néan­moins d’un atout ma­jeur : une mon­naie de ré­serve in­ter­na­tio­nale dont la de­mande po­ten­tielle est consi­dé­rable. Autre atout : la FED a un ob­jec­tif de crois­sance qui peut l’ame­ner à agir in­di­rec­te­ment sur la mon­naie pour sti­mu­ler la de­mande ex­terne.

En Eu­rope, la BCE fait stric­te­ment confiance à la théo­rie. Elle es­time qu’en sta­bi­li­sant l’in­fla­tion, elle fa­vo­rise une va­leur « réelle » de l’eu­ro. Or, l’eu­ro est, on le sait, en­core au-des­sus de son prix théo­rique d’équi­libre, es­ti­mé au­tour de 1,15#dol­lar. Lorsque les bar­rières doua­nières se­ront le­vées entre les deux rives de l’At­lan­tique, la mon­naie de­vien­dra la der­nière arme de dé­fense « fa­cile » aux mains des États. Et à ce jeu, la zone eu­ro pour­rait aus­si y perdre quelques plumes, du moins dans les pays les moins com­pé­ti­tifs et dont la de­mande ex­terne est sen­sible au prix.

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