RE­TRAITES : NE FAI­SONS PAS L’ÉCO­NO­MIE DE LA CA­PI­TA­LI­SA­TION!!

L’idée d’un troi­sième étage de re­traite par ca­pi­ta­li­sa­tion de­meure le pa­rent pauvre du dé­bat sur les re­traites lan­cé lors de la deuxième confé­rence so­ciale des 20 et 21 juin par Fran­çois Hol­lande. Pour­tant les ins­tru­ments existent. Un vaste e!ort de pé­dag

La Tribune Hebdomadaire - - LES IDÉES -

La ré­forme des re­traites n’est ni de droite ni de gauche, ré­pètent nombre de po­li­tiques. Et ils ont rai­son pour deux rai­sons simples. Si l’on prend cette dis­tance avec le dé­bat po­li­ti­cien, on peut a"rmer que le ré­gime par ré­par­ti­tion ne dis­pa­raî­tra ja­mais, car il fait par­tie in­té­grante de notre sys­tème so­cial. Mais on peut aus­si dire que l’on sait dé­jà qu’il ne su"ra plus, à ho­ri­zon 2020, pour as­su­rer les re­traites des sa­la­riés. On a donc ab­so­lu­ment be­soin d’un étage par ca­pi­ta­li­sa­tion pour as­su­rer la sta­bi­li­té de la fu­sée re­traite à long terme.

La ques­tion est dès lors de sa­voir sous quelle forme or­ga­ni­ser ce sup­plé­ment de re­traite. Or, pour pro­té­ger ce pa­tri­moine vi­tal pour les sa­la­riés que sont les pen­sions de re­traite, sans dé­gra­der le pou­voir d’achat des consom­ma­teurs, c’est-à-dire en main­te­nant les ni­veaux de re­ve­nus ac­tuels, on ne pour­ra faire l’éco­no­mie de nou­veaux e!orts d’épargne. Alors, pour­quoi ne pas po­ser le dé­bat dès main­te­nant : l’en­tre­prise, elle aus­si, doit – mais sur­tout, peut – col­lec­ter pour la col­lec­ti­vi­té et ve­nir com­plé­ter le sys­tème ac­tuel de nos re­traites.

La vé­ri­té dé­mo­gra­phique est im­pla­cable : une per­sonne sur deux de la gé­né­ra­tion 1950 at­tein­dra les 92#ans et une per­sonne sur deux les 100#ans pour ceux de la gé­né­ra­tion 1990. Si l’épargne est bien sou­vent en France pen­sée de fa­çon in­di­vi­duelle, comment faire en sorte que de­main, l’en­tre­prise joue plei­ne­ment son rôle col­lec­tif pour per­mettre à cha­cun de se consti­tuer son épargne re­traite, qui vien­dra fi­nan­cer le sup­plé­ment in­dis­pen­sable à nos re­traites in­di­vi­duelles$?

Deux po­pu­la­tions sa­la­riales sont en prio­ri­té concer­nées par cette ques­tion. S’agis­sant des jeunes ac­tifs, épar­gner sur son sa­laire pour consti­tuer pro­gres­si­ve­ment un ca­pi­tal si­gni­fi­ca­tif qui pour­ra com­plé­ter sa fu­ture re­traite de­mande une par­ti­ci­pa­tion ré­gu­lière qui doit être ima­gi­née sur le temps long, dès 30 ou 35#ans. En ce qui concerne les tra­vailleurs aux sa­laires les moins éle­vés, leur pou­voir d’achat étant de fait res­treint, il de­vient en­core plus né­ces­saire pour eux de se consti­tuer un pa­tri­moine à même de fi­nan­cer dans l’ave­nir leur re­traite.

UN TRA­VAIL DE PÉ­DA­GO­GIE À CONDUIRE AU­PRÈS DES SA­LA­RIÉS

Épargne sa­la­riale, ac­tion­na­riat sa­la­rié, CET, Per­co, ar­ticle 83 : une lé­gion de vé­hi­cules d’épargne existe dans les en­tre­prises fran­çaises, per­met­tant à leurs sa­la­riés de se consti­tuer un ca­pi­tal pour l’ave­nir. Mais trop sou­vent, ces dis­po­si­tifs sont mé­con­nus, sou­su­ti­li­sés ou de­meurent l’apa­nage des cadres di­ri­geants, ou des grandes en­tre­prises, qui pa­ra­doxa­le­ment sont ceux qui ont le moins de di"cultés à faire croître leur pa­tri­moine in­di­vi­duel­le­ment.

Il convient dé­sor­mais de pen­ser la gé­né­ra­li­sa­tion de l’uti­li­sa­tion de ces ou­tils, bien sou­vent uti­li­sés pour la consom­ma­tion cou­rante$! Mais pour que tout ce­la de­vienne réa­li­té, il reste un vrai tra­vail de pé­da­go­gie à conduire au­près des sa­la­riés pour les ac­com­pa­gner dans ces évo­lu­tions, no­tam­ment au sein des pe­tites et moyennes en­tre­prises.

Au­jourd’hui, l’en­jeu est clair et per­sonne ne peut le nier. Il faut ar­rê­ter de ré­flé­chir en termes de sa­laires mais en­vi­sa­ger ces ques­tions en pen­sant ré­mu­né­ra­tion glo­bale$! Les par­te­naires so­ciaux ont tout in­té­rêt à por­ter ce mes­sage pour fa­ci­li­ter la mise en place des ré­gimes de re­traite au sein des en­tre­prises, car c’est le meilleur moyen de pé­ren­ni­ser et sé­cu­ri­ser l’ave­nir de tous les sa­la­riés, et pas seule­ment les plus fa­vo­ri­sés : que ce soit au ni­veau na­tio­nal avec les re­traites com­plé­men­taires ou bien, au ni­veau des branches, au tra­vers de la mise en oeuvre des « for­mats pré­dé­fi­nis » comme les Pere (plan épargne re­traite d’en­tre­prise ) ou les Per­coi (plan d’épargne pour la re­traite col­lec­tive in­ter­en­tre­prises).

Reste à dé­fi­nir à quel ni­veau pla­cer le cur­seur pour que l’e!ort réel de­man­dé au sa­la­riat de­vienne un vrai in­ves­tis­se­ment pour fi­nan­cer leur pa­tri­moine fu­tur et ain­si leur as­su­rer des re­traites sa­tis­fai­santes. Or, il ne faut pas se men­tir : en des­sous d’un taux de co­ti­sa­tion si­gni­fi­ca­tif, di­sons au moins 3$%, di"cile de mettre en place un com­plé­ment de re­traite digne de ce nom. Ain­si, par exemple, vingt#ans d’épargne à 5$% du sa­laire per­mettent la consti­tu­tion d’un taux de rem­pla­ce­ment de 5$% du sa­laire de fin de car­rière$; et 5$% du sa­laire pen­dant qua­rante ans donnent 10$% de taux de rem­pla­ce­ment. L’épargne re­traite col­lec­tive o!re des avan­tages pour des sa­la­riés tels que ce­lui de bé­né­fi­cier de frais plus bas (en moyenne deux à trois fois moins éle­vés que dans les banques de ré­seau), d’un contrôle de la ren­ta­bi­li­té des ges­tion­naires, et d’un sui­vi du risque d’in­sol­va­bi­li­té des éta­blis­se­ments fi­nan­ciers, ain­si que des mé­thodes de cal­cul don­nant lors de leur li­qui­da­tion des rentes plus éle­vées que celle des sous­crip­tions in­di­vi­duelles. L’en­tre­prise, en col­lec­tant une com­plé­men­taire re­traite col­lec­tive, par­ti­ci­pe­rait ef­fi­ca­ce­ment au fi­nan­ce­ment des re­traites in­di­vi­duelles.

Les en­tre­prises et les par­te­naires so­ciaux vont de­voir faire des choix mais pour prendre les bonnes dé­ci­sions, il faut ré­flé­chir en termes de ré­mu­né­ra­tion glo­bale. Si l’on fait l’éco­no­mie de cette dis­cus­sion entre les par­te­naires so­ciaux, on ne ré­gle­ra pas com­plè­te­ment la ques­tion$! L’État ne peut pas tout, les en­tre­prises ont un rôle à jouer dans le fi­nan­ce­ment de nos re­traites, un rôle com­plé­men­taire certes, mais in­dis­pen­sable, et les par­te­naires so­ciaux, un e!ort de pé­da­go­gie à me­ner$! À eux, à pré­sent, de se re­trou­ver au­tour de la table des né­go­cia­tions pour po­ser la ques­tion de la ré­mu­né­ra­tion glo­bale afin de l’orien­ter vers celle des re­traites. Ce n’est qu’à ce prix-là qu’on pour­ra trou­ver les condi­tions de suc­cès des re­traites com­plé­men­taires pour conso­li­der le pre­mier pa­tri­moine des Fran­çais : leur re­traite$!

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