L’OEIL DE PHI­LIPPE MA­BILLE Le pré­sident des bonnes nou­velles!!

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ -

Cha­cun connaît la for­mule cé­lèbre et élé­gante de Jacques Chi­rac : « Les em­merdes, ça vole tou­jours en es­ca­drille. » Fran­çois Hol­lande, dont le prin­ci­pal dé­faut est de par­ta­ger avec Jacques Chi­rac une même pro­pen­sion à ne rien faire qui bous­cule un vieux pays ju­gé trop fra­gile pour être ré­for­mé en pro­fon­deur, pour­rait néan­moins re­tour­ner à l’ave­nir la for­mule à son avan­tage.

Car les bonnes nou­velles, aus­si, par­fois, ça peut vo­ler en es­ca­drille!! Cette maxime est même le prin­cipe d’ac­tion de Fran­çois Hol­lande de­puis son ar­ri­vée à l’Ély­sée. Long­temps ac­cu­sé de ter­gi­ver­ser, de tour­ner au­tour du pot et de ne rien dé­ci­der, le pré­sident a fait de l’op­ti­misme sa re­li­gion pour ten­ter de ra­ni­mer la confiance des Fran­çais. Gé­rer une sé­quence où les bonnes nou­velles se suc­cé­de­raient les unes aux autres est de­ve­nu le nou­vel al­pha et omé­ga de sa com­mu­ni­ca­tion. Et le pré­sident compte bien en ti­rer les fruits dans sa cote de po­pu­la­ri­té au fur et à me­sure que l’opi­nion se convain­cra que la si­tua­tion s’amé­liore vrai­ment.

Di"cile de voir beau­coup de bonnes nou­velles dans la pho­to­gra­phie de la si­tua­tion ac­tuelle, di­rez-vous!! Une crois­sance fai­blarde, des dé­fi­cits en­core abys­saux qui ali­mentent une dette qui va bien­tôt dé­pas­ser les 2!000 mil­liards d’eu­ros, un taux de chô­mage re­cord et un pou­voir d’achat en berne, gre­vé par l’ac­cu­mu­la­tion des hausses d’im­pôts sur les mé­nages et les en­tre­prises, qui n’en peuvent plus. La France est loin d’être ti­rée d’a#aire, c’est vrai. Et pour­tant, si l’on re­garde la dy­na­mique en cours, il y a bien quelques meilleures nou­velles en germe qui pour­raient ren­ver­ser len­te­ment le pes­si­misme am­biant.

Pre­nons l’in­ver­sion de la courbe du chô­mage à la fin de cette an­née, pa­ri ris­qué fait par le chef de l’État il y a un an alors que rien ne le for­çait à le prendre. Tout in­dique, vu l’am­pleur des moyens bud­gé­taires mis sur la politique des em­plois ai­dés, que pous­sé par une mo­deste, mais réelle, amé­lio­ra­tion de la conjonctur­e, il ne se­ra pas loin d’être te­nu, si­non à la fin de 2013, du moins dès les pre­miers mois de 2014. Bien sûr, on pour­ra tou­jours re­gret­ter que ce ne soient pas de vrais em­plois mar­chands, que la sta­bi­li­sa­tion du chô­mage à haut ni­veau ne soit qu’ar­ti­fice. Mais qui pour­ra se plaindre qu’il y ait moins de jeunes ins­crits à Pôle em­ploi en 2014 qu’en 2013!? Il n’est pas in­ter­dit à Fran­çois Hol­lande d’es­pé­rer avoir de la chance, quitte à l’ai­der un peu en ma­ni­pu­lant ha­bi­le­ment les statistiqu­es.

À CETTE PRE­MIÈRE BONNE NOU­VELLE pour­raient s’en ajou­ter d’autres. Même si elle reste in­cer­taine, la pré­vi­sion de crois­sance du gou­ver­ne­ment pour 2014 (0,9!%, après 0,1!% en 2013) semble pru­dente pour qui veut bien croire que le cycle éco­no­mique est en train de re­de­ve­nir plus fa­vo­rable dans les pays riches. Après cinq ans de crise et deux ré­ces­sions suc­ces­sives (en 2009 et dé­but 2013), la France n’a au­cune rai­son de res­ter à l’écart d’une re­prise de la crois­sance oc­ci­den­tale. Tout l’en­jeu est de convaincre les mé­nages et les en­tre­prises que ce re­bond est pé­renne, pour li­bé­rer la consom­ma­tion et sur­tout l’in­ves­tis­se­ment, en panne. D’où le dis­cours sur la pause fis­cale, même si les couacs se mul­ti­plient sur sa date d’ap­pli­ca­tion : 2014 pour Hol­lande, 2015 se­lon son Pre­mier mi­nistre. Le pre­mier tient un dis­cours de vo­lon­té, quitte à prendre quelques li­ber­tés avec la vé­ri­té… Ay­rault joue le rôle plus aus­tère et in­grat du «$père la ri­gueur$», char­gé de rap­pe­ler les Fran­çais aux réa­li­tés.

Si le re­tour de la crois­sance se confirme, de toute fa­çon, la polémique sur la pause fis­cale s’étein­dra. Car les bonnes nou­velles sur les­quelles pour­ra alors com­mu­ni­quer le gou­ver­ne­ment vont se suc­cé­der. La pré­vi­sion de crois­sance pour­ra pro­gres­si­ve­ment être re­vue à la hausse, les re­cettes fis­cales et so­ciales se re­dres­se­ront, ac­cé­lé­rant du coup la ré­duc­tion des dé­fi­cits, se­lon un scé­na­rio ver­tueux qui n’est pas sans rap­pe­ler ce­lui des an­nées 1999-2000. À l’époque, le gou­ver­ne­ment avait même été sur­pris par la ra­pi­di­té du re­bond, au point que Jacques Chi­rac avait pié­gé Lio­nel Jos­pin en l’ac­cu­sant de dis­si­mu­ler une « ca­gnotte fis­cale ». Ca­gnotte di­la­pi­dée par le se­cond dans une baisse d’un point du taux de TVA.

Faut-il croire à ce scé­na­rio fic­tion!? Bien en­ten­du, 2014 ne se­ra pas l’an 2000. À l’époque, la crois­sance mon­diale dé­pas­sait les 5!% et le po­ten­tiel de la France était en­core es­ti­mé à 2,5!%, là où au­jourd’hui les éco­no­mistes le voient pla­fon­ner au mieux à 1,5!%. Mais l’his­toire a mon­tré qu’il ne faut ja­mais ou­blier le cycle éco­no­mique, y com­pris et sur­tout dans l’ac­tion politique. « It’s the eco­no­my, stu­pid » , comme l’avait dit l’un des conseiller­s de Bill Clin­ton pour ex­pli­quer la vic­toire du pré­sident dé­mo­crate en 1992.

Le re­proche que l’on peut faire au «$pré­sident-des-bon­nes­nou­velles$» n’est pas d’être trop vo­lon­ta­riste. C’est son droit et son de­voir que de croire en la réus­site de sa politique. Non, le risque est sur­tout qu’il se contente de gé­rer l’amé­lio­ra­tion de la si­tua­tion éco­no­mique comme un conseiller gé­né­ral de Cor­rèze. Le gou­ver­ne­ment va com­mu­ni­quer dans quelques jours sur le ca­rac­tère his­to­rique du bud­get 2014, qui fait bais­ser pour la pre­mière fois la dé­pense pu­blique de 1,5 mil­liard d’eu­ros. Mais ce ré­sul­tat ne vient pas de choix forts et cou­ra­geux sur le pé­ri­mètre de la sphère pu­blique. Les éco­no­mies sont sau­pou­drées un peu par­tout, pour faire le moins de mal pos­sible. Ce ne se­ra pas su"sant pour re­pla­cer la France sur la bonne tra­jec­toire. Voi­là ce que l’on at­tend en­core de Fran­çois Hol­lande. Pas d'es­sayer de faire croire que les im­pôts baissent en 2014, alors qu’ils aug­mentent.

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