De­ve­nir en­tre­pre­neur en 24 heures chro­no, c’est pos­sible!!

Ven­dre­di 13 sep­tembre, une soixan­taine de doc­to­rants se sont a"ron­tés lors des « 24 heures chro­no de l’en­tre­pre­neu­riat ». L’ob­jec­tif de ce concours : sus­ci­ter des vo­ca­tions chez ces cher­cheurs, vé­ri­table vi­vier de créa­teurs d’en­tre­prises in­no­vantes à fort

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S & INNOVATION - ISA­BELLE BOUCQ

Il est 13 heures, ven­dre­di 13 sep­tembre, dans les lo­caux de No­van­cia, l’école de la CCI Pa­ris Île-deF­rance dé­diée au bu­si­ness dé­ve­lop­pe­ment, à deux pas de la gare Mont­par­nasse. Soixante doc­to­rants, hommes et femmes qua­si­ment à éga­li­té, vont en­fin connaître la com­po­si­tion des dix équipes qui s’af­fron­te­ront pen­dant 24 heures pour conce­voir un pro­duit in­no­vant et le trans­for­mer en pro­jet d’en­tre­prise cré­dible avec bu­si­ness plan, stra­té­gie com­mer­ciale et pré­vi­sions fi­nan­cières à l’ap­pui…

Ces 60!doc­to­rants ne sont pas n’im­porte les­quels : ils font par­tie de ces 1"300!cher­cheurs uni­ver­si­taires qui signent une « Cifre », une conven­tion in­dus­trielle de for­ma­tion par la re­cherche, qui leur per­met de me­ner une thèse à che­val entre un la­bo­ra­toire académique et une en­tre­prise, de la SNCF à BioMé­rieux en pas­sant par de nom­breuses PME. Plus au fait des be­soins de l’en­tre­prise que des doc­to­rants clas­siques, ces jeunes cher­cheurs sont ce­pen­dant to­ta­le­ment no­vices en ma­tière d’en­tre­pre­neu­riat.

UNE IDÉE À TROU­VER AU BOUT DE LA NUIT BLANCHE

Ven­dre­di 13 sep­tembre donc, quelques mi­nutes après le top dé­part, l’équipe!5 se dé­couvre. Ils sont quatre femmes et deux hommes unis par leur spé­cia­li­sa­tion dans la re­cherche sur le can­cer, à l’ex­cep­tion de Re­bec­ca qui est bio­mé­ca­ni­cienne. Après un ra­pide tour de table pour se pré­sen­ter, ils re­joignent les autres par­ti­ci­pants en am­phi­théâtre et as­sistent au pre­mier de six ate­liers, sur le brains­tor­ming pour com­men­cer. Sui­vront un ate­lier fi­nan­cier à 1"heure du ma­tin (!) ou en­core un ate­lier ju­ri­dique vers 5 heures… Pleins d’éner­gie, ils se re­trouvent de­vant le ta­bleau blanc. Leur ob­jec­tif est ti­ta­nesque, mais clair : à 13 heures sa­me­di 14 sep­tembre, ils doivent rendre un bu­si­ness plan et une pré­sen­ta­tion, avant de sou­te­nir leur pro­jet de­vant un ju­ry.

Les pre­mières idées fusent dans une am­biance dé­con­trac­tée ponc­tuée de rires : san­té, jar­din, éco­lo­gie, pa­py-boom, etc. Ils évoquent un jeu en ligne pour uti­li­ser l’in­tel­li­gence des foules dans la re­cherche sur le can­cer, des lu­nettes qui s’adap­te­raient à la fa­tigue, un oreiller qui adou­ci­rait le ré­veil.

« Les dé­buts ont été dif­fi­ciles, nous avons eu du mal à trou­ver une idée fé­dé­ra­trice qui soit com­mer­cia­li­sable » , avoue Ch­loé en dé­but de soi­rée. Fi­na­le­ment l’équipe se met d’ac­cord sur un sac à dos 3-en-1 pour por­ter ses skis et ses chaus­sures en gar­dant les mains libres. L’ex­per­tise de Re­bec­ca, spé­cia­liste des pro­blèmes lom­baires et des tex­tiles idoines, va se ré­vé­ler cru­ciale. En plus des ate­liers qui ponc­tuent les 24 heures, les concur­rents ont le sou­tien d’un coach et même de deux si l’on compte ce­lui qui ar­rive frais et dis­po vers 7 heures pour in­su#er une nou­velle éner­gie.

Et leur spé­cia­li­té uni­ver­si­taire dans cet exer­cice"? Mise de cô­té en l ’oc­cur­rence. Le but du concours n’est pas là. « Ils ont pris conscience de ce qu’étaient un compte de ré­sul­tat et un plan de tré­so­re­rie. Ce­la leur ser­vi­ra plus tard, pas uni­que­ment pour la créa­tion d ’en­tre­prise . Ils ap­prennent aus­si le tra­vail en équipe », ex­plique Jé­ré­mie Re­nouf, coach de la se­conde vague, qui vient du Cnam en­tre­pre­neur(s).

« LA FI­NANCE À 3 HEURES DU MA­TIN, C’EST PAS FA­CILE…!»

Sa­me­di! 14 sep­tembre, 7"h"30. Per­sonne n’a fer­mé l’oeil de la nuit. « Nous sommes fa­ti­gués et éner­vés. Ça prend forme, mais tout est ex­trê­me­ment com­pli­qué et long » , com­mente Ch­loé. « Nous nous sommes par­ta­gé le tra­vail en bi­nômes, mais ce n’est pas fa­cile de dé­cou­vrir la fi­nance à 3 heures du ma­tin!! » lâche Ab­del­gha­ni. Vers 13 heures, alors que l’équipe ré­pète sa pré­sen­ta­tion, l’orage éclate dans l’équipe. Une des doc­to­rantes s’énerve : elle a l’im­pres­sion qu’une co­équi­pière n’écoute pas les autres et ce­la l’exas­père. Une pause dé­jeu­ner, une bonne ex­pli­ca­tion et l’équipe fi­nit de peau­fi­ner son pitch qui lui vau­dra d’at­teindre la fi­nale. Leur Ri­de­pak s’in­cli­ne­ra fi­na­le­ment de­vant le pro­jet Veg&All, « un kit qui per­met en un coup de spa­tule de créer un spot vé­gé­tal sur n’im­porte quel sup­port » , ima­gi­né par une équipe d’agro­nomes presque en­tiè­re­ment fé­mi­nine.

Mad­jid Ya­hiaoui, spé­cia­liste de l’ac­com­pa­gne­ment des en­tre­prises à la CCI et or­ga­ni­sa­teur de l’évé­ne­ment, re­con­naît vo­lon­tiers que les condi­tions sont di$ciles : « Ils ne se connaissen­t pas et dé­marrent à par­tir d’une feuille blanche. » Dans son dis­cours d’ac­cueil aux par­ti­ci­pants, Cla­risse An­ge­lier, chef du ser­vice Cifre à l’As­so­cia­tion na­tio­nale de la re­cherche et de la tech­no­lo­gie (ANRT), qui gère le dis­po­si­tif, a$rmait sa vo­lon­té de dé­mon­trer que le bu­si­ness n’est pas ta­bou chez les doc­to­rants : « La re­cherche doit ai­der au dé­ve­lop­pe­ment de l’em­ploi, à la créa­tion d’ac­ti­vi­té. Les spon­sors et le ju­ry re­pré­sentent de grandes et pe­tites en­tre­prises qui ont be­soin de fu­turs in­tra-en­tre­pre­neurs dans le sou­ci per­ma­nent de se dé­ve­lop­per. »

« On voit mieux ce qui est né­ces­saire pour créer une en­tre­prise et que, sans idée, il n’y a rien » , ana­lyse Ju­lie, qui a plan­ché sur le Ri­de­pak. Thi­baud Du­mas, bien­tôt doc­teur en neu­ros­ciences et lau­réat du concours en 2012, est sur le point de créer une en­tre­prise avec deux as­so­ciés. In­vi­té à par­ti­ci­per au ju­ry 2013, il a$rme que « les 24 heures [ l’]ont fait pas­ser à l’acte ». « Ça m’a mon­tré, ex­plique-t-il, qu’on n’était pas que des rats de la­bo­ra­toire et que c’était pos­sible. »

Se­lon une étude d’Erwan La­my, en­sei­gnant-cher­cheur de No­van­cia, 51,5"% des doc­to­rants Cifre in­diquent avoir un pro­jet de créa­tion d’en­tre­prise, dont 31,3"% « l’in­ten­tion ferme ». Ces 24 heures tiennent à la fois du test d’ap­ti­tude et du cours in­ten­sif.

[RI­CHARD MALO (NO­VAN­CIA)]

De gauche à droite, les membres de l’équipe 5, fi­na­liste : Re­bec­ca Bon­naire, Ch­loé Tes­se­reau, Thi­baut Goulvent, Ju­lie Gas­ton, Alexan­dra Lopes Cos­ta et Ab­del­gha­ni Je­ba­hi.

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