La Ba­vière tient à ses par­ti­cu­la­rismes et a!che une pos­ture d’in­dé­pen­dance de fait, si­non de droit.

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / INTERNATIO­NAL - FRAN­ÇOIS ROCHE

En août 2012, Wil­fried Schar­na­gl, une fi­gure his­to­rique de la CSU, ré­dac­teur en chef pen­dant vingt-cinq!ans du Bayern­ku­rier, pu­bliait un livre qui a fait grand bruit en Al­le­magne : Bayern kann es auch al­lein (« La Ba­vière peut aus­si être seule », Qua­dri­ga, Mu­nich), sorte de plai­doyer pour une Ba­vière in­dé­pen­dante, sé­pa­rée de la Ré­pu­blique fé­dé­rale. Schar­na­gl est un per­son­nage très connu en Ba­vière. Il a écrit plu­sieurs livres sur son ami Franz-Jo­seph Strauss, né à Mu­nich en 1915, l’un des fon­da­teurs his­to­riques de la CSU en 1946, an­cien mi­nistre de Kon­rad Ade­nauer et de Kurt Georg Kie­sin­ger, can­di­dat mal­heu­reux à la chan­cel­le­rie face à Hel­mut Sch­midt, et qui se­ra mi­nistre-pré­sident de la Ba­vière de 1978 jus­qu’à sa mort en 1988. Il était sur­nom­mé « le tau­reau de Ba­vière ».

L’in­dé­pen­dance de la Ba­vière n’est pas une idée neuve, d’au­tant qu’elle fut un État in­dé­pen­dant pen­dant un bon mil­lier d’an­nées. Au Xe siècle, la Ba­vière en­glo­bait toute l’Au­triche et s’éten­dait jus­qu’aux rives de la mer Adria­tique et Trieste. Hé­si­tant, à cer­taines pé­riodes de son his­toire, entre la Prusse et l’Au­triche, éri­gée en royaume après la chute de l’Em­pire ro­main ger­ma­nique en 1806, elle ne re­joint le Reich qu’en 1871, tout en conser­vant son sta­tut de mo­nar­chie. Elle n’en ab­dique pas C’est dans ce châ­teau qu’en août 1948, se réunit un groupe d’ex­perts pour écrire la pre­mière ébauche de la loi fon­da­men­tale de Bonn (Bon­ner Grund­ge­setz) qui de­vient la loi fon­da­men­tale de la Ré­pu­blique fé­dé­rale d’Al­le­magne le 23 mai 1949, d’abord pour les Län­der de l’Ouest, puis de l’Al­le­magne réuni­fiée, le 3 oc­tobre 1990.

En juillet 1948, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France avaient trans­mis aux au­to­ri­tés allemandes les grands prin­cipes que de­vait re­prendre la consti­tu­tion, les « do­cu­ments de Franc­fort ». Le pre­mier de ces prin­cipes était que l’Al­le­magne de­vait être un État fé­dé­ral et que la consti­tu­tion de­vait être ra­ti­fiée par ré­fé­ren­dum dans chaque Land, à la ma­jo­ri­té ab­so­lue. La Ba­vière fut le seul des Län­der à ne pas ra­ti­fier la consti­tu­tion tout en ac­cep­tant de s’y plier.

N’en dé­plaise à Wil­fried Schar­na­gl, l’in­dé­pen­dance de la Ba­vière n’est pas à l’ordre du jour, même si les élec­tions lé­gis­la­tives du 15 sep­tembre ont consa­cré un autre hé­ros ba­va­rois, Horst See­ho­fer, qui a de Ver­sailles (lors de son voyage en France, le roi de Ba­vière avait vi­si­té Ver­sailles et en avait conçu une ad­mi­ra­tion pour Louis! XIV). La construc­tion dé­bute en 1878, huit ans avant la mort du roi, et ne fut ja­mais ache­vée. Seules vingt pièces ont été ter­mi­nées, et Louis!II n’y sé­jour­na en réa­li­té que quelques jours. Le châ­teau abrite une ga­le­rie des glaces de 98! mètres de long (25!mètres de plus qu’à Ver­sailles…). me­né la CSU vers une vic­toire écla­tante. Coeur éco­no­mique et in­dus­triel de l’Al­le­magne avec ses 12,8 mil­lions d’ha­bi­tants et ses 3,8"% de chô­mage, elle est aus­si lar­ge­ment tour­née vers l’in­ter­na­tio­nal, grâce à sa ca­pi­tale, Mu­nich, de­ve­nue en quelques an­nées l’une des villes eu­ro­péennes les plus dy­na­miques et les plus at­trayantes.

Son pou­voir d’achat par tête est le plus éle­vé d’Al­le­magne (plus de 26"000 eu­ros en 2011, contre 17"000 à Ber­lin ou 21"000 à Ham­bourg). La ville de Mu­nich compte près de 95"000 étu­diants dont 15"% sont étran­gers, ré­par­tis entre trois des plus grandes ins­ti­tu­tions uni­ver­si­taires d’Al­le­magne, LMU (Lud­wigMaxi­mi­lians-Uni­ver­sität, fon­dée en 1472), TUM (Tech­nische Uni­ver­sität Mûn­chen qui a ou­vert un éta­blis­se­ment si­mi­laire à Sin­ga­pour) et l’uni­ver­si­té des sciences ap­pli­quées. Les ins­ti­tu­tions de re­cherche, uni­ver­si­taires et autres, in­ves­tissent en­vi­ron 300 mil­lions d’eu­ros par an à Mu­nich et dans sa ré­gion proche, qui est aus­si le siège de deux des plus im­por­tantes struc­tures de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment du pays, l’Ins­ti­tut Fraun­ho­fer et l’Ins­ti­tut Max-Planck.

Une élec­tion en Ba­vière fait-elle une élec­tion en Al­le­magne"? Di#cile à dire. Le score ex­cep­tion­nel de la CSU est aus­si le pro­duit de la si­tua­tion par­ti­cu­lière de la Ba­vière, cons­ciente d’être le pôle d’at­trac­tion pri­vi­lé­gié des pays d’Eu­rope cen­trale et du sud. Mais il est pro­bable que Horst See­ho­fer va jouer sa propre par­ti­tion sur un cer­tain nombre de su­jets comme le tour­nant éner­gé­tique dont les en­jeux sont im­por­tants pour la Ba­vière, éloi­gnée des pro­jets de fermes éo­liennes de la mer du Nord ou de la Bal­tique. Il a dé­jà mis la chan­ce­lière dans l’em­bar­ras en an­non­çant que la Ba­vière pro­je­tait de faire payer ses au­to­routes aux usa­gers étran­gers afin de fi­nan­cer la construc­tion de nou­velles in­fra­struc­tures. Le sen­ti­ment de sa puis­sance éco­no­mique, le soin qu’elle met à culti­ver ses par­ti­cu­la­rismes ré­gio­naux et cultu­rels (on n’a ja­mais au­tant ven­du de cos­tumes tra­di­tion­nels ba­va­rois ces temps-ci, pa­raî­til…) ne peuvent que confor­ter la dis­tance que la Ba­vière en­tend main­te­nir avec Ber­lin s’agis­sant de conduire son propre des­tin et consa­crer ain­si une sorte d’in­dé­pen­dance de fait, si­non de droit.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.