En at­ten­dant An­ge­la…

La Tribune Hebdomadaire - - LES CHRONIQUES -

En cette fin d’été, une vague de gel s’est abat­tue sur Bruxelles. Elle vient de Ber­lin. Les élec­tions allemandes du 22 sep­tembre tiennent lit­té­ra­le­ment en ha­leine les dé­ci­deurs eu­ro­péens. La se­maine der­nière à Vil­nius, en Li­tua­nie, les mi­nistres des Fi­nances res­sem­blaient à des ac­teurs en pleine ré­pé­ti­tion : cha­cun a dit son texte… mais le coeur n’y était pas. Qu’il s’agisse de re­mettre de l’ordre dans le sec­teur ban­caire, de re­voir l’ar­chi­tec­ture de la zone eu­ro ou de faire face au be­soin d’un troi­sième plan de sau­ve­tage de la Grèce, rien ne se dé­ci­de­ra avant qu’un nou­veau gou­ver­ne­ment ne soit en place à Ber­lin. Cinq cent un mil­lions d’Eu­ro­péens sont sus­pen­dus au vote de 82 mil­lions d’Al­le­mands.

Pour au­tant, ra­re­ment élec­tions au­ront été aus­si dé­pour­vues de sus­pens. An­ge­la Mer­kel est pra­ti­que­ment cer­taine de rem­pi­ler pour un troi­sième man­dat. Si elle était élue au suf­frage uni­ver­sel di­rect, elle ob­tien­drait 49#% des suf­frages, se­lon un ré­cent son­dage. Seule­ment voi­là, la chan­ce­lière est… une dé­pu­tée. Et elle est élue par ses pairs. Il n’y a guère de doutes que la CDU ar­rive en tête (les son­dages lui donnent 40#%), au­tre­ment dit An­ge­la Mer­kel, pré­si­dente du par­ti de­puis 2000, se­ra en si­tua­tion de com­po­ser le pro­chain gou­ver­ne­ment. Mais la ques­tion est : avec qui#?

Sa pré­fé­rence va aux li­bé­raux qui ont tou­te­fois peu de chance de re­com­men­cer l’ex­ploit du pré­cé­dent scru­tin. On leur prête 6#% d’in­ten­tions de vote, à peine un de plus que le seuil leur per­met­tant de sié­ger au Bun­des­tag. Une coa­li­tion noir-jaune au­rait donc moins de 50#% des sièges. Jouable#? Oui, mais moins so­lide qu’une « grande coa­li­tion » avec les so­ciaux-dé­mo­crates. Le SPD a re­trou­vé un peu de cou­leur (les son­dages le cré­ditent de 28#% des in­ten­tions de vote) mal­gré – ou grâce – aux pro­vo­ca­tions de son can­di­dat, Peer Stein­brück.

RÉ­ÉLUE, LA CHAN­CE­LIÈRE CONTI­NUE­RA À FAIRE CE QUI EST JUSTE NÉ­CES­SAIRE

Pro­blème : ce der­nier, qui a été mi­nistre des Fi­nances d’An­ge­la Mer­kel entre 2005 et 2009, n’a au­cune en­vie de re­mettre ce­la. Et Sig­mar Ga­briel, l’ac­tuel pré­sident du SPD, pu­ta­tif vice-chan­ce­lier, est ju­gé trop à gauche pour di­ri­ger avec la CDU. Le SPD a peu de chances d’avoir les moyens de pro­po­ser une al­ter­na­tive à la pour­suite du règne d’An­ge­la Mer­kel. Le scé­na­rio d’une coa­li­tion avec les Verts et l’ex­trême gauche – die Linke – est très im­pro­bable tant la dis­tance idéo­lo­gique entre les ex-com­mu­nistes de ce der­nier par­ti et l’aile li­bé­rale des éco­lo­gistes et des so­ciaux-dé­mo­crates est grande. Qui plus est, dans l’état ac­tuel des son­dages, ils n’ob­tien­draient en­semble pas plus de 46#% des sièges.

La chan­ce­lière et son par­ti sor­tant grand ga­gnants de l’élec­tion, il ne faut pas s’at­tendre à de grands bou­le­ver­se­ments. Au mi­nis­tère des Fi­nances, Wolf­gang Schäuble es­père se suc­cé­der à lui-même. Si le par­te­naire de coa­li­tion est le par­ti li­bé­ral, il est pro­bable qu’il ne pèse pas as­sez lourd pour re­ven­di­quer le poste. Quant au SPD, il pour­rait sim­ple­ment ne pas en vou­loir : la ges­tion du dé­but de crise n’a guère ser­vi les am­bi­tions po­li­tiques de Peer Stein­brück.

L’arith­mé­tique élec­to­rale peut certes ré­ser­ver des sur­prises, mais ceux qui s’at­tendent à un chan­ge­ment de cours de la politique eu­ro­péenne de l’Al­le­magne se leurrent. An­ge­la Mer­kel conti­nue­ra à faire ce qui est juste né­ces­saire pour évi­ter le dé­faut grec. Et elle ne fe­ra pas de pas en avant im­por­tant dans la mu­tua­li­sa­tion des dettes sans avoir de gages de ses par­te­naires, la France en par­ti­cu­lier, sur une fé­dé­ra­li­sa­tion plus pous­sée de l’Union. Or on ne voit tou­jours pas l’ombre du dé­but de pro­jet à Pa­ris, même si c’est un Fran­çais, l’an­cien se­cré­taire gé­né­ral du conseil eu­ro­péen Pierre de Bois­sieu, qui pi­lote l’es­quisse de ré­forme de l’union mo­né­taire qui se­ra mise sur la table des chefs d’État à l’au­tomne. Plus que les élec­tions allemandes, c’est une nou­velle phase ai­guë de la crise eu­ro­péenne qui pour­rait re­faire bou­ger les lignes. Bref, rien de nou­veau sous le so­leil#!

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