HAP­PY BIR­TH­DAY LES PI­GEONS!?

LES FAITS Il y a un an, la ré­volte des «!pi­geons!», lan­cée par un texte pu­blié sur latribune.fr, a fait re­cu­ler le gou­ver­ne­ment sur la taxa­tion des plus­va­lues de ces­sion d’en­tre­prise. Elle est de­ve­nue un sym­bole de la mo­bi­li­sa­tion des en­tre­pre­neurs contre

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PER­RINE CRÉQUY

Le 28 sep­tembre 2012, un coup de gueule pu­blié sur latribune.fr dé­clen­chait le mou­ve­ment des « pi­geons », qui al­lait faire re­cu­ler le gou­ver­ne­ment sur la taxa­tion des plus­va­lues. S’ils ont été en­ten­dus, les en­tre­pre­neurs res­tent mo­bi­li­sés sur d’autres fronts.

Au­truches, pous­sins, plu­més… De­puis un an, ces drôles d’oi­seaux ve­nus du monde en­tre­pre­neu­rial ont ou­vert leur bec pour dé­non­cer res­pec­ti­ve­ment la com­plexi­té ad­mi­nis­tra­tive, le pro­jet de ré­forme du sta­tut d’au­toen­tre­pre­neur et les contrôles fis­caux « pu­ni­tifs ». Une en­vo­lée de cri­tiques à l’adresse du gou­ver­ne­ment ins­pi­rées, sur la forme comme sur le fond, par le mou­ve­ment des «!pi­geons!».

Jean-David Cham­bo­re­don, le pa­tron du fonds d’in­ves­tis­se­ment Isai (lire p.!8-9), ne s’at­ten­dait pas à faire tant d’émules quand il a pris sa plume pour dé­non­cer les e"ets per­vers d’un ar­ticle du pro­jet de loi de fi­nances 2013, ju­gé « an­ti-start-up ». Dès sa pu­bli­ca­tion sur le site de La Tri­bune, le 28!sep­tembre, son ar­gu­men­taire ex­pli­quant que le fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie nu­mé­rique est me­na­cé fait sen­sa­tion par­mi les en­tre­pre­neurs.

Fa­bien Co­hen, le jeune PDG de Whoo­zer, et Car­los Diaz, PDG de Kwar­ter, qui a quit­té Li­moges pour la Ca­li­for­nie, ré­agissent les pre­miers en créant une page sur Fa­ce­book ap­pe­lant à la mo­bi­li­sa­tion contre cette me­sure fis­cale, as­sor­tie d’une pho­to de pi­geon. En moins de 24 heures, la page est « li­kée » par 4#000 per­sonnes, et les ap­pels à re­joindre la cause en­va­hissent Twit­ter. Le lun­di sui­vant, la cause compte 10#000 sou­tiens. Aus­si mas­sive que ful­gu­rante, cette mo­bi­li­sa­tion in­ter- pelle l’en­semble des mé­dias, qui com­mentent l’émer­gence d’une nou­velle forme de contes­ta­tion, ba­sée sur les nou­velles tech­no­lo­gies et sur les ré­seaux so­ciaux en par­ti­cu­lier. À ce mo­ment, au­cun ana­lyste n’y voit les pré­mices de la ré­vo­lu­tion cultu­relle en­tre­pre­neu­riale qui va éclore en France. Le gou­ver­ne­ment fait la sourde oreille. Les or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales elles-mêmes se font dis­crètes. « Le Me­def ne s’est ja­mais in­té­res­sé à la pro­blé­ma­tique de la fis­ca­li­té de l’en­tre­prise, et la CGPME ne trai­tait cette ques­tion que sous l’angle de la re­traite du chef d’en­tre­prise, ana­lyse Jean-David Cham­bo­re­don. Les en­tre­pre­neurs qui ont spon­ta­né­ment re­joint les “pi­geons” ne se re­con­nais­saient pas dans ces or­ga­ni­sa­tions pa­tro­nales. »

VO­LA­TILES PO­LI­TI­QUE­MENT IN­DÉ­PEN­DANTS

Toutes deux ten­te­ront en vain de ré­cu­pé­rer le mou­ve­ment quelques se­maines plus tard, quand Fleur Pel­le­rin, la mi­nistre des PME, de l’In­no­va­tion et de l’Éco­no­mie nu­mé­rique, dé­cide d’ou­vrir le dia­logue pour cal­mer le tol­lé pro­vo­qué par un « mal­en­ten­du » . Pour pré­ser­ver leur in­dé­pen­dance, les «! pi­geons! » écartent du mou­ve­ment les vo­la­tiles en co­lère vou­lant faire le jeu de l’op­po­si­tion po­li­tique. Iden­ti­fié comme un en­tre­pre­neur de gauche, Olivier Ma­thiot, co­fon­da­teur du site Pri­ceMi­nis­ter, de­vient le porte-pa­role du mou­ve­ment. À l’is­sue d’une sé­rie de ren­contres entre le gou­ver­ne­ment et des re­pré­sen­tants du monde en­tre­pre­neu­rial, l’ar­ticle 6 de la loi de fi­nances 2013, qui vi­sait à ali­gner la fis­ca­li­té des plus-va­lues de ces­sion sur celle du tra­vail, va être cor­ri­gé dans le pro­jet de loi de fi­nances 2014.

Les «!pi­geons!» ont été en­ten­dus, mais ils re­fusent de cla­mer vic­toire. Les freins qui pé­na­lisent le dé­ve­lop­pe­ment de leurs en­tre­prises sont en­core nom­breux, et ils mi­litent pour que le débat soit éten­du. Fleur Pel­le­rin dé­crète alors la te­nue d’As­sises de l’en­tre­pre­neu­riat, pour réunir au­tour d’une même table les en­tre­pre­neurs, les conseiller­s po­li­tiques et les hauts fonc­tion­naires. Trois mois de ré­flexions conjointes ont abou­ti à 44 pro­po­si­tions de ré­forme, dont une grande par­tie se­ra re­prise par le pré­sident de la Ré­pu­blique.

Outre l’amen­de­ment sur les plus­va­lues, Fran­çois Hol­lande a an­non­cé le 29 avril la créa­tion d’un vi­sa en­tre­pre­neur, l’abo­li­tion de l’in­di­ca­teur 040 à la Banque de France, qui va­lait mar­quage au fer rouge pour les en­tre­pre­neurs ayant fait faillite, la sup­pres­sion de l’obligation de pu­blier les comptes d’une PME, ou en­core la créa­tion d’un fonds pour l’in­no­va­tion so­ciale et la mise en place d’un PEA-PME. Ce jour-là, les en­tre­pre­neurs sont re­par­tis à l’as­saut des ré­seaux so­ciaux, pour ex­pri­mer cette fois une vague d’op­ti­misme. Dé­but de ré­con­ci­lia­tion avec le gou­ver­ne­ment#? Cinq mois plus tard, le scep­ti­cisme est tou­jours pré­sent au sein du pi­geon­nier, prêt à se mo­bi­li­ser si Fran­çois Hol­lande, qui s’af­fiche comme « pré­sident des en­tre­prises » , ne tient pas cette pro­messe.

Le lo­go du mou­ve­ment des pi­geons est ap­pa­ru sur Facebook quelques heures après la pu­bli­ca­tion du ma­ni­feste sur la­tri­bune.fr.

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