« LE COM­BAT N’EST PAS FI­NI »

Le pre­mier est pa­tron fon­da­teur d’Isai, un fonds de ca­pi­tal-risque spé­cia­li­sé dans l’éco­no­mie nu­mé­rique, au­teur du texte qui a lan­cé la ré­volte des «!pi­geons!», un li­bé­ral à l’amé­ri­caine. Le se­cond est l’un des co­fon­da­teurs du site Pri­ceMi­nis­ter (ra­che­té

La Tribune Hebdomadaire - - L’ÉVÉNEMENT - PRO­POS RECUEILLIS PAR PHILIPPE MABILLE ET!PER­RINE CRÉQUY

LA TRI­BUNE – Une mo­bi­li­sa­tion spon­ta­née ( des pi­geons de même na­ture que celle de l’an der­nier sur les ré­seaux so­ciaux se­rait-elle en­core pos­sible un an après!?

OLIVIER MA­THIOT – Il y a bien sûr eu un « e"et pre­mière fois ». Beau­coup de gens ont dit que le mou­ve­ment des pi­geons avait été or­ches­tré, voire ma­ni­pu­lé po­li­ti­que­ment. Je peux té­moi­gner que ce­la n’a pas été le cas. C’est la tri­bune de Jean-David Cham­bo­re­don, «!Une loi de fi­nances an­ti­start-up#?!», pu­bliée par latribune.fr, qui a dé­clen­ché une mo­bi­li­sa­tion in­édite, à la­quelle per­sonne ne s’at­ten­dait.

JEAN-DAVID CHAM­BO­RE­DON – Les en­tre­pre­neurs du Net ne sont pas un groupe or­ga­ni­sé. Le mou­ve­ment des pi­geons n’a pas été « fo­men­té », mais s’est or­ga­ni­sé très ra­pi­de­ment parce qu’il était is­su de gens dé­jà très pré­sents sur les ré­seaux so­ciaux. L’idée de Fa­bien Co­hen [PDG de Whoo­zer] de mettre des pho­tos de pi­geons sur la page Fa­ce­book et sur Twit­ter est ve­nue spon­ta­né­ment. Avec le suc­cès que l’on sait. Ce que l’on a dé­jà réus­si une fois, on pour­rait le re­faire. On sau­rait ré­veiller le mou­ve­ment des pi­geons de fa­çon im­mé­diate si le be­soin s’en fai­sait sen­tir. Mais il fau­drait que le mo­tif d’un tel mou­ve­ment fasse l’una­ni­mi­té tout de suite. Ce­la a été le cas avec la nou­velle fis­ca­li­té des plus-va­lues, parce que tous les en­tre­pre­neurs ont im­mé­dia­te­ment per­çu l’ab­sur­di­té et le dan­ger d’une telle me­sure pour leur éco­sys­tème.

O. M. – Les pi­geons n’ont rien à voir avec le pa­tro­nat tra­di­tion­nel, qui a été com­plè­te­ment dé­pas­sé par le mou­ve­ment, tout en ten­tant mal­adroi­te­ment de le ré­cu­pé­rer. Le Me­def ou la CGPME se pré­oc­cupent as­sez peu de la fis­ca­li­té de l’in­ves­tis­seur en ca­pi­tal. Ce n’est pas leur mo­dèle. Il y avait donc place pour un mou­ve­ment nou­veau.

Quel est le por­trait-ro­bot d’un pi­geon et le ( mou­ve­ment existe-il en­core!?

O. M. – Sur les ré­seaux so­ciaux, le mot pi­geon a lais­sé une trace du­rable, parce que ce­la a été un sym­bole avant l’heure du ras-le-bol fis­cal. L’image est plu­tôt po­si­tive, parce qu’il ne s’agit pas de la dé­fense cor­po­ra­tiste d’in­té­rêts in­di­vi­duels.

J.-D. C. – La com­mu­nau­té des pi­geons ras­semble quelques di­zaines de mil­liers d’en­tre­pre­neurs, le plus sou­vent jeunes, 30 à 35!ans, ayant créé leur boîte de­puis peu. Et des in­ves­tis­seurs, prin­ci­pa­le­ment des bu­si­ness an­gels, qui ré­in­ves­tissent leur pa­tri­moine dans du ca­pi­tal pro­duc­tif, plu­tôt que dans l’im­mo­bi­lier ou les oeuvres d’art. Le fait que les pi­geons ou leurs re­pré­sen­tants aient été écou­tés par le gou­ver­ne­ment, no­tam­ment aux As­sises de l’en­tre­pre­neu­riat et que le gou­ver­ne­ment soit re­ve­nu en ar­rière sur la fis­ca­li­té des plus-va­lues nous donne une forme de lé­gi­ti­mi­té.

O. M. – Il ne faut pas y voir un mou­ve­ment po­li­ti­sé. Au sein de la com­mu­nau­té des pi­geons, les in­di­vi­dus sont de droite, li­bé­raux ou s’a$rment de gauche, comme moi. Ce qui nous ras­semble, c’est la dé­fense des en­tre­pre­neurs qui ne sont pas va­lo­ri­sés en France, voire sus­pec­tés…

Quels sont les nou­veaux com( bats des pi­geons en 2013!?

J.-D. C. – Il y a en­core des pro­jets de loi qui posent pro­blème. La loi Ha­mon met en pé­ril le bon dé­rou­le­ment des trans­mis­sions d’en­tre­prise en im­po­sant une obligation d’in­for­ma­tion des sa­la­riés deux mois avant un pro­jet de ces­sion. La ré­forme Pi­nel du ré­gime de l’au­toen­tre­pre­neur adresse un mes­sage ca­tas­tro­phique aux créa­teurs d’en­tre­prise. La mul­ti­pli­ca­tion des contrôles de l’ad­mi­nis­tra­tion sur le cré­dit d’im­pôt re­cherche met beau­coup d’en­tre­prises en si­tua­tion de pré­ca­ri­té parce qu’on n’ar­rive pas à don­ner une dé­fi­ni­tion claire de l’as­siette concer­née. La taxe à 75#% sur les sa­laires su­pé­rieurs à 1 mil­lion d’eu­ros par an, que de­vra payer l’en­tre­prise, est contre-pro­duc­tive. Même s’il n’y a pas de tels sa­laires dans les start-up, ce­la rend la France peu at­trac­tive vu de l’étran­ger, pour des ren­trées fis­cales sym­bo­liques.

O. M.– Cette taxe de 75#% ne rap­por­te­ra que très peu d’ar­gent à l’État. On est là dans une sorte d’en­tê­te­ment ab­surde et unique au monde. On vise les pa­trons du CAC 40 et on prend dans les fi­lets tout ce que l’éco­no­mie compte de plus dy­na­mique.

La France pour­rait de­ve­nir un pa­ra­dis de l’in­no­va­tion au ni­veau mon­dial.!»

JEAN-DAVID CHAM­BO­RE­DON, PRÉ­SIDENT DU FONDS DE CA­PI­TAL-RISQUE ISAI

L’image des en­tre­pre­neurs du Net n’est pas ( tou­jours po­si­tive. On leur re­proche sou­vent de vendre trop tôt, au dé­tri­ment du dé­ve­lop­pe­ment des emplois en France.

O. M. – Lors du ra­chat de Pri­ceMi­nis­ter par le ja­po­nais Ra­ku­ten, on a par­lé de fast mo­ney. C’est tout le contraire. Pri­ceMi­nis­ter avait plus de dix ans. Le ma­na­ge­ment et les fon­da­teurs sont res­tés dans l’en­tre­prise, qui a conti­nué de créer des emplois en France tout en ayant un fort dé­ve­lop­pe­ment mon­dial. Il faut ar­rê­ter d’avoir une vi­sion fri­leuse de l’éco­no­mie. Le cas de Dai­ly­mo­tion est un peu par­ti­cu­lier, mais vu de San Fran­cis­co, le blo­cage du ra­chat par Ya­hoo a eu un e"et dé­sas­treux en as­si­mi­lant la France à la Co­rée du Nord.

J.-D. C. – Le su­jet prin­ci­pal est de convaincre le gou­ver­ne­ment de lé­gi­fé­rer pour le long terme. Il y a beau­coup d’épargne en France, mais on n’ar­rive pas à prendre des me­sures e$caces pour en orien­ter une par­tie vers les PME. Si on ar­ri­vait à di­ri­ger vers le ca­pi­tal pro­duc­tif ne se­rait-ce que 0,2#% par an des 1#500 mil­liards de l’as­su­rance-vie, on ré­gle­rait d’un coup le pro­blème du fi­nan­ce­ment de l’éco­no­mie fran­çaise. Le deuxième com­bat de long terme, c’est l’ac­tion­na­riat sa­la­rié. La créa­tion, par la ma­jo­ri­té pré­cé­dente, puis l’aug­men­ta­tion par la ma­jo­ri­té ac­tuelle, de la contri­bu­tion so­ciale a tué cette forme d’as­so­cia­tion des sa­la­riés au ca­pi­tal. Or, c’est un dis­po­si­tif très uti­li­sé par les start-up qui dis­tri­buent une part du ca­pi­tal aux em­ployés pour les as­so­cier au suc­cès, par exemple via des ac­tions gra­tuites. On peut le faire par­tout dans le monde, sauf en France, où c’est de­ve­nu trop coû­teux. Pour don­ner 10#% de son ca­pi­tal à ses sa­la­riés, il faut payer 3#% de la va­leur de l’en­tre­prise à l’Urs­saf. Alors que les titres sont blo­qués plu­sieurs an­nées. On est à la li­mite de l’abus de bien so­cial. Juste un chi"re : les so­cié­tés co­tées au

[MA­RIE-AMÉLIE JOURNEL]

À gauche, un en­tre­pre­neur «"de droite"», Jean-David Chamboredo­n, à droite, un en­tre­pre­neur «"de gauche"», Oli­vier Ma­thiot.

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