L’OEIL DE PHILIPPE MABILLE Nous sommes tous des « #geon­pi » !

La Tribune Hebdomadaire - - LE BUZZ -

Pour­quoi s’in­té­res­ser au mou­ve­ment des « pi­geons » un an après!? Ces en­tre­pre­neurs n’ont-ils pas ob­te­nu gain de cause, et même au-de­là de leurs es­pé­rances, sur la taxa­tion des plus-va­lues!? Ce qu’une loi a fait, une autre peut le dé­faire. Bien sûr, la re­traite fis­cale du gou­ver­ne­ment n’est pas com­plète. Le prin­cipe, contes­table parce qu’il ne s’agit pas de re­ve­nus de même na­ture, de l’ali­gne­ment de la fis­ca­li­té du ca­pi­tal sur celle du tra­vail est main­te­nu, mais, pour une ca­té­go­rie par­ti­cu­lière de ces­sions de titres, la me­sure est as­sor­tie d’une bat­te­rie d’abat­te­ments qui ré­duisent la fac­ture à un ni­veau dé­sor­mais ju­gé « rai­son­nable » par les in­té­res­sés eux-mêmes.

Ayant rem­por­té cette vic­toire, les « pi­geons » n’au­raient-ils plus qu’à al­ler vo­le­ter ailleurs, pour s’oc­cu­per du dé­ve­lop­pe­ment de leurs en­tre­prises!? Eh bien, non!! De­ve­nu en quelque sorte un sym­bole, ce­lui de la ré­volte de la so­cié­té ci­vile face aux ex­cès fis­caux de l’État, le mou­ve­ment a ga­gné une lé­gi­ti­mi­té en s’a"rmant comme un in­ter­lo­cu­teur des pou­voirs pu­blics. Et trou­vé de nou­veaux com­bats. C’est un contre-pou­voir qui veut jouer un rôle construc­tif pour trou­ver dans le dia­logue les voies et moyens d’une France tour­née vers l’ave­nir, l’in­no­va­tion et la créa­tion des en­tre­prises et des emplois de de­main.

As­so­ciés aux As­sises de l’en­tre­pre­neu­riat, ils n’ont pas seule­ment me­né une lutte fis­cale. Ils font la pé­da­go­gie d’une « autre éco­no­mie », fon­dée sur le risque et le ca­pi- tal, très di#érente de l’éco­no­mie d’en­det­te­ment à l’ori­gine des ex­cès qui ont pro­vo­qué la crise ac­tuelle. Ils tentent de faire com­prendre que quand un in­ves­tis­seur-ca­pi­ta­liste dé­cide de mettre son propre ar­gent pour long­temps dans un pro­jet nou­veau et in­cer­tain, qui par construc­tion ne se­ra peut-être bé­né­fi­ciaire que dans plu­sieurs an­nées, si­non ja­mais, ce n’est pas de même na­ture que d’être ac­tion­naire d’une en­tre­prise dé­jà ma­ture. CETTE NOU­VELLE ÉCO­NO­MIE RE­POSE EN FRANCE SUR UN ÉCO­SYS­TÈME FRA­GILE, avec des cir­cuits de fi­nan­ce­ment spé­ci­fiques, comme ce­lui des bu­si­ness an­gels. Le pa­ra­doxe veut que cet éco­sys­tème dé­pende d’aides et de sub­ven­tions de l’État. Car, il faut bien le dire, beau­coup de ces nou­velles en­tre­prises ne pour­raient pas se dé­ve­lop­per si l’État n’avait pas mul­ti­plié ces der­nières an­nées les niches fis­cales. Cré­dit d’im­pôt re­cherche (6 mil­liards d’eu­ros, dont les PME ne re­çoivent ce­pen­dant qu’une part in­fime), dou­blé d’un cré­dit d’im­pôt in­no­va­tion nou­vel­le­ment créé, abat­te­ments di­vers, sta­tut de jeune en­tre­prise in­no­vante : sans tous ces « pan­se­ments », l’éco­no­mie de l’in­no­va­tion au­rait bien du mal à dé­col­ler. Mais, avant de s’in­ter­ro­ger sur le ca­rac­tère ex­ces­sif de ces aides, s’est-on de­man­dé pour­quoi les gou­ver­ne­ments les ont mises en place et main­te­nues quelle que soit la ma­jo­ri­té au pou­voir!? La ré­ponse a été don­née par Fran­çois Hol­lande lui-même lors de sa der­nière in­ter­ven­tion té­lé­vi­sée. C’est parce qu’à un cer­tain mo­ment les im­pôts, « c’est beau­coup, donc ça de­vient trop » (sic). C’est bien parce que la sphère pu­blique pré­lève trop que l’État est obli­gé de re­don­ner d’une main ce qu’il prend de l’autre.

Ce sys­tème at­teint, on le voit, le pa­roxysme de son ab­sur­di­té avec le bud­get pour 2014. De par­tout en France re­monte le sen­ti­ment que l’ex­cès d’im­pôts et de charges est en train d’étou#er l’éco­no­mie. Le ma­laise que l’on res­sent au sein du gou­ver­ne­ment et même de la gauche à pro­pos du ras-le-bol fis­cal énon­cé par le mi­nistre de l’Éco­no­mie lui-même (de re­tour de ses va­cances au Pays Basque, dit-on!!) est un symp­tôme qui ne trompe pas. Ja­mais, de­puis la créa­tion de l’im­pôt sur le re­ve­nu en 1914 ou de la TVA en 1954, on n’avait vu une telle agi­ta­tion au­tour d’une loi de fi­nances. Les «$pi­geons$»$ont don­né le si­gnal du tour­nant à l’au­tomne 2013. Un an plus tard, c’est la France tout en­tière qui semble avoir épou­sé les thèses de ces vo­la­tiles. Se­rions-nous tous de­ve­nus des « pi­geons »!? LE DAN­GER, QUI SE­RAIT UNE DÉ­RIVE DU MOU­VE­MENT DES « PI­GEONS », est ce­lui de la nais­sance d’une sorte de Tea Par­ty à la fran­çaise, avec la mul­ti­pli­ca­tion de re­ven­di­ca­tions ca­té­go­rielles pour que tel ou tel groupe d’in­té­rêt ob­tienne qui son cré­dit d’im­pôt, qui sa sub­ven­tion ou sa dé­cote. Avec à chaque fois des ar­gu­ments sans doute va­lables, mais qui perdent de vue l’es­sen­tiel, ce­lui de la né­ces­si­té d’une contri­bu­tion de tous aux charges pu­bliques. Par ses contra­dic­tions et ses zig­zags de com­mu­ni­ca­tion, na­vi­guant entre « pause » et « hy­po­cri­sie » fis­cale, Fran­çois Hol­lande porte une lourde res­pon­sa­bi­li­té dans ce fias­co bud­gé­taire. C’est à lui, qui se pique d’être le fis­ca­liste en chef, d’agir pour re­faire de la fis­ca­li­té fran­çaise un sys­tème où l’im­pôt est consi­dé­ré comme juste, donc ac­cep­té, et e"cace pour le dy­na­misme de l’éco­no­mie. Le reste n’est que lit­té­ra­ture.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.