CCI / Com­ment in­no­ver pour ne pas dis­pa­raître!?

SE RÉIN­VEN­TER Trop nom­breuses, trop pe­tites, trop grosses, trop vieilles, igno­rées par le gou­ver­ne­ment et peu sou­te­nues par le Me­def, en di!cultés fi­nan­cières, les chambres de com­merce et d’in­dus­trie sont to­ta­le­ment déso­rien­tées. Elles vont de­voir s’adapt

La Tribune Hebdomadaire - - TERRITOIRE­S / FRANCE - JEAN-PIERRE GONGUET

En avril 2009, Ni­co­las Sar­ko­zy l an­cait : « Le Havre, c’est le port du Grand Pa­ris, et la Seine est l’axe nour­ri­cier au­tour du­quel la mé­tro­pole a vo­ca­tion à s’or­don­ner. » Les Ha­vrais sont sur­pris. Les élus comme les chefs d’en­tre­prise. Vian­ney de Cha­lus, pré­sident de la CCI du Havre, est l’un des plus

éton­nés. « Nous ne nous y at­ten­dions ab­so­lu­ment pas, se rap­pel­let-il, et nous nous sommes re­trou­vés avec un dos­sier qu’on ne sa­vait pas par quel bout prendre. » Du coup, cet an­cien HEC, hé­ri­tier d’une longue li­gnée d’as­su­reurs ma­ri­times ha­vrais et d’hu­meur vrai­sem­bla­ble­ment un peu fron­deuse, em­bauche Jacques At­ta­li pour « dé­cryp­ter le dos­sier ». Le même Jacques At­ta­li qui en 2008, dans son rap­port à Ni­co­las Sar­ko­zy pour li­bé­rer la crois­sance, avai­tar­dem­ment re­com­man­dé de ré­duire de 175 à 50 le nombre de CCI en France, et s’était mis le monde consul ai re à dos. L’éco­no­miste se pas­sionne pour le dos­sier de l’axe Seine et ex­plique aux CCI nor­mandes qu’elles fe­raient mieux de se par­ler et de se mettre en ordre de marche si elles veulent prendre le train du Grand Pa­ris. Ce que fait Vian­ney de Cha­lus, qui en­tre­prend de ré­or­ga­ni­ser, pa­tiem­ment mais de fond en comble, tout le ré­seau des CCI de la Haute et de la Basse-Nor­man­die. Lorsque Ni­co­las Sar­ko­zy est ve­nu au Havre, le mil­le­feuille était co­pieux, avec ses douze CCI ter­ri­to­riales et ses deux CCI ré­gio­nales pour cha­peau­ter le tout. Il n’y en a au­jourd’hui plus que six, et une seule in­ter­ré­gio­nale, cou­vrant Basse et Haute-Nor­man­die.

« HAR­BOUR OF PA­RIS », UNE AL­LIANCE PA­RIS-NOR­MAN­DIE

Plus no­va­teur en­core, les nou­veaux or­ga­nismes consu­laires ne tiennent ab­so­lu­ment plus compte des fron­tières ad­mi­nis­tra­tives mais ont été créés sur les bas­sins d’em­ploi. « L’os­sa­ture de la ré­or­ga­ni­sa­tion, c’est l’axe Seine, et le fait que le Grand Pa­ris ac­cepte pour la pre­mière fois sa fa­çade ma­ri­time nous a dy­na­mi­sés. Nous n’avons pas fu­sion­né pour le plai­sir de fu­sion­ner, mais parce qu’éco­no­mi­que­ment c’était vi­tal : il fal­lait être or­ga­ni­sé pour dis­cu­ter sur un pied d’éga­li­té avec l’Île-deF­rance, pro­po­ser une o!re com­plète à tous les trans­por­teurs mondiaux et épau­ler les en­tre­prises sur l’axe Seine » , ex­plique Vian­ney de Cha­lus. Bien sûr, tout n’a pas été fa­cile avec cer­taines CCI trop pe­tites pour conti­nuer à four­nir des ser­vices de qua­li­té aux en­tre­prises, cha­cune avec son sys­tème in­for­ma­tique, sa comp­ta­bi­li­té et, bien évi­dem­ment, son ma­ga­zine ins­ti­tu­tion­nel avec son « édi­to­rial du pré­sident ».

Tout a été mu­tua­li­sé. Sans, pour l’ins­tant, de sup­pres­sion d’emplois. Mieux, au­cune sus­cep­ti­bi­li­té po­li­tique n’a été frois­sée : « Les adhé­rents ont, par exemple, vo­té pour sa­voir où ins­tal­ler le siège de la nou­velle CCI ré­gio­nale. C’est Le Havre qui est sor­ti des urnes, sou­rit Vian­ney de Cha­lus, et j’ai dû dire non. Ce n’était pas po­li­ti­que­ment te­nable et j’ai pro­po­sé un siège tour­nant entre Le Havre, Rouen et Caen. Le sys­tème est bi­zarre et les pré­si­dents des con­seils ré­gio­naux ne l’ont pas trou­vé nor­mal, mais il faut ar­rê­ter de se po­ser des ques­tions in­sur­mon­tables : si nous fonc­tion­nons mieux comme ce­la, fai­sons-le. »

Et, alors que beau­coup d’autres CCI ont de la peine à sor­tir leurs deux pieds du même sa­bot, les Nor­mands et les Pa­ri­siens sont al­lés plus loin puis­qu’ils ont créé Ha­ro­pa et PSN. Der­rière ce pre­mier acro­nyme ré­bar­ba­tif se cache la réu­nion des ports du Havre, de Rouen et de Pa­ris, donc Ha­ro­pa. Pas très com­mer­cial, comme nom. Les élus (Vian­ney de Cha­lus est éga­le­ment pré­sident du port au­to­nome du Havre) l’ont dé­tour­né et le tra­duisent à l’étran­ger par « Har­bour of Pa­ris », ce qui rend tout de suite la chose beau­coup plus at­trac­tive. Chi­nois et Amé­ri­cains com­mencent à le sur­veiller de très près (Pé­kin et Atlanta tra­vaillent sur un concept iden­tique).

Quant au deuxième sigle, PSN, il si­gni­fie Pa­ris-Seine-Nor­man­die. Une as­so­cia­tion au­tour du pro­jet éco­no­mique lan­cé par les CCI de Nor­man­die et de Pa­ris sur un ter­ri­toire qui re­pré­sente 34!% du PIB fran­çais en étant lea­der sur l’aé­ro­nau­tique ou l’éner­gie. PSN re­groupe les en­tre­prises, l’État, les clus­ters ou les pôles de com­pé­ti­ti­vi­té. Les Nor­mands ont donc réus­si une re­struc­tu­ra­tion si­len­cieuse as­sez consi­dé­rable et ont même dé­fi­ni, contrai­re­ment aux col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales, une hié­rar­chie des com­pé­tences très pré­cise, avec toutes les fonc­tions sup­port et les stra­té­gies d’influence au ni­veau ré­gio­nal et le ser­vice aux en­tre­prises au plus près du ter­rain. Il y a même un di­rec­teur du mar­ke­ting au Havre, ce qui est, étran­ge­ment, une pre­mière dans le monde des CCI.

LES CCI ONT-ELLES ÉTÉ TROP RICHES TROP LONG­TEMPS!?

La stra­té­gie de Vian­ney de Cha­lus n’est pas, dit-il, « for­cé­ment un exemple à suivre. Mais mes col­lègues de­vraient faire un peu de bench­mar­king, re­gar­der ce que nous avons fait. Nous, en re­vanche, nous de­vrions le faire sa­voir un peu plus. Les CCI n’ont pas la culture de la com­mu­ni­ca­tion et nous sommes sou­vent consi­dé­rés comme des no­tables dont per­sonne n’est sûr qu’ils tra­vaillent vrai­ment. Il faut qu’on se bouge. Même les en­tre­prises nous connaissen­t mal"; je ne pense pas que nous ser­vions plus de 15"% d’entre elles sur chaque ter­ri­toire. Nous de­vons nous re­pen­ser, nous ré­gé­né­rer. » Peut-être que les CCI ont été « trop riches trop long­temps » et que « la ri­chesse rend myope » .

Sauf que… les CCI se­ront de moins en moins riches et n’ont plus le choix, elles sont dans l’obligation de se réin­ven­ter dans la dou­leur. Of­fi­ciel­le­ment, elles hurlent contre le « hold-up » que vient d’opé­rer le mi­nistre du Bud-

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