ÉVO­LUER

Payer ses achats en mon­naie vir­tuelle bit­coin c’est pos­sible, mais gare aux ar­naques.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PAR MA­RI­NA TORRE @Ma­ri­na_To

De­puis que le pa­tron de la FED lui a don­né son onc­tion, c’est la ruée vers l’or nu­mé­rique. Ben Ber­nanke a fait s’en­vo­ler le cours des bit­coins (BTC) en sug­gé­rant qu’ils ne soient plus as­so­ciés dans les es­prits à « l’ar­gent du crime » sur la Toile. En un mois, leur cours a quin­tu­plé pour fran­chir le seuil des 1!000 dol­lars, le 28 no­vembre der­nier, et a même dé­pas­sé briè­ve­ment le cours de l’or, à 1!250"dol­lars. En s’af­fran­chis­sant du sys­tème ban­caire clas­sique, cette mon­naie vir­tuelle lan­cée en 2009 par un in­for­ma­ti­cien, Sa­to­shi Na­ka­mo­to, veut per­mettre une plus grande flui­di­té dans les tran­sac­tions et ré­duire les coûts. La so­lu­tion pour faire ses em­plettes de Noël en ligne!? Si leur uti­li­sa­tion reste confi­den­tielle en France, en rai­son de leur com­plexi­té, rem­plir sa hotte grâce aux bit­coins est pos­sible. Mode d’em­ploi. Comme toutes les mon­naies, les BTC servent à ré­gler des tran­sac­tions entre des agents éco­no­miques. C’est la com­mu­nau­té des uti­li­sa­teurs, le ré­seau, qui se charge d’en vé­ri­fier la va­leur, en em­pê­chant qu’une même pièce vir­tuelle ne soit uti­li­sée deux fois pour des tran­sac­tions dif­fé­rentes. Voi­ci le prin­cipe : l’ob­ten­tion d’un BTC gé­nère une clé pri­vée, cryp­tée, que l’ac­qué- reur est nor­ma­le­ment le seul à connaître. La tran­sac­tion avec un autre membre du ré­seau crée pour sa part une clé pu­blique, qui per­met­tra de re­con­naître la si­gna­ture de la pièce et d’évi­ter qu’elle soit uti­li­sée deux fois. Toute pièce créée est pu­bli­que­ment « an­non­cée » et ins­crite dans un jour­nal com­mun aus­si ap­pe­lé « chaîne de blocs ». En­re­gis­tre­ment, confir­ma­tion et sé­cu­ri­sa­tion sont opé­rés à tra­vers une sé­rie de cal­culs. Une opé­ra­tion ap­pe­lée « mi­nage » réa­li­sée par les membres du ré­seau, et pour la­quelle ils sont ré­mu­né­rés… en bit­coins.

IN­DIS­PEN­SABLE, LE POR­TE­MON­NAIE ÉLEC­TRO­NIQUE

Pour uti­li­ser des bit­coins, il faut d’abord té­lé­char­ger un porte-mon­naie élec­tro­nique sur son or­di­na­teur, son smartphone ou sa ta­blette. La for­mule la plus simple, pro­po­sée par exemple par les sites Elec­trum ou Mul­tiBit, uti­lise un ser­veur dis­tant pour ac­cé­der à la chaîne de blocs. Elle est re­la­ti­ve­ment vul­né­rable au pi­ra­tage. La for­mule « com­plète », beau­coup plus lourde, per­met de contrô­ler da­van­tage le sys­tème puis­qu’elle donne ac­cès au jour­nal des don­nées. Il faut plu­sieurs heures pour l’ins­tal­ler sur un ter­mi­nal puis­sant et sé­cu­ri­sé. Pour rem­plir son por­te­feuille vir­tuel, il est pos­sible de conver­tir des eu­ros en une ou plu­sieurs pièces, ou bien en frac­tions de bit­coins. Les ha­bi­tants de Van­cou­ver peuvent en re­ti­rer dans un dis­tri­bu­teur.

Pour les autres, ce­la s’ef­fec­tue via des plates-formes d’échange. Il existe une pla­te­forme en France : Bit­coin Cen­tral. Y créer un compte ne se fait pas en un clic : il faut four­nir pièce d’identité, jus­ti­fi­ca­tif de do­mi­cile et RIB pour ef­fec­tuer les vi­re­ments. Et at­tendre les va­li­da­tions ban­caires. Il existe éga­le­ment des plates-formes à l’étran­ger, comme Bit­coin.de, par exemple. Le risque prin­ci­pal, à ce ni­veau, reste le pi­ra­tage, sur­tout que les plates-formes ne sont pas toutes ca­pables de ga­ran­tir un rem­bour­se­ment. En outre, ce nou­veau sec­teur n’échap­pe­rait pas aux ar­naques. Philippe Her­lin, au­teur du livre nu­mé­rique La ré­vo­lu­tion du bit­coin et des mon­naies com­plé­men­taires, une so­lu­tion pour échap­per au sys­tème ban­caire et à l’eu­ro!? , pa­ru en mai 2013 chez Ey­rolles, met en garde : « Il se crée de plus en plus de sites, en Asie no­tam­ment, qui pro­posent d’ache­ter des bit­coins, en­re­gistrent les vi­re­ments, puis dis­pa­raissent… » Aux yeux de ce spé­cia­liste fran­çais des mon­naies com­plé­men­taires, les plates-formes d’échange sont en­core trop jeunes et trop peu nom­breuses pour réa­li­ser un com­pa­ra­tif fiable. Pour les plus té­mé­raires, il ne reste plus qu’à ex­plo­rer les sites d’e-com­merce. Les prix y sont par­fois li­bel­lés dans plu­sieurs de­vises, ce qui per­met de vé­ri­fier si, ef­fec­ti­ve­ment, le prix d’une ta­blette pour belle-maman coû­te­ra moins cher que dans une bou­tique tra­di­tion­nelle… Un pe­tit creux!? Le groupe néer­lan­dais ta­kea­way.com (Piz­za.fr en France), offre de payer sa quatre-fro­mages en frac­tions de bit­coin.

Une porte-pa­role de l’en­tre­prise pré­cise : « Nous re­ce­vons une di­zaine de com­mandes quo­ti­diennes payées en bit­coins via Piz­za.fr et une cen­taine en Eu­rope. » Sur­fant sur le buzz, les com­mer­çants sont de plus en plus nom­breux à pro­po­ser des tran­sac­tions en bit­coins. Aux États-Unis, un New-Yor­kais a lan­cé une opé­ra­tion «"Bit­coin Black Fri­day », pour in­ci­ter à réa­li­ser par ce biais les achats de Noël tra­di­tion­nel­le­ment ef­fec­tués au len­de­main de Thanks­gi­ving. La France n’y échappe pas : un coif­feur de Boulogne-Billan­court, John Lan­dot, compte par exemple ou­vrir un compte chez un pres­ta­taire, dé­but 2014.

LEUR VA­LEUR DE­VRAIT EN­CORE GRIM­PER

Toutes ces opé­ra­tions né­ces­sitent des connais­sances pous­sées en in­for­ma­tique et beau­coup de pa­tience. Ce qui peut ex­pli­quer que l’usage de cette mon­naie reste confi­den­tiel dans l’Hexa­gone. Entre 60!000 et 70!000 per­sonnes y dé­tien­draient des bit­coins, se­lon une es­ti­ma­tion de Way­kup, une so­cié­té spé­cia­li­sée dans les nou­veaux usages di­gi­taux. En termes de taux de pé­né­tra­tion, « la France ar­rive à la 34e"po­si­tion » au plan mon­dial, pré­cise Jean-Philippe Cun­niet, en charge de cette étude in­dé­pen­dante. Elle est loin der­rière le trio de tête : Suède, Fin­lande et Pays-Bas où plus de 0,5!% de la po­pu­la­tion au­rait dé­jà eu cette mon­naie al­ter­na­tive « entre les mains » . En France, une très large ma­jo­ri­té des usa­gers sont des hommes (88!%) et près d’un tiers d’entre eux avait dans son porte-mon­naie une somme équi­va­lente à 2!400 eu­ros, se­lon l’en­quête por­tant pour le mo­ment sur 93"per­sonnes seule­ment. Plus sim­ple­ment, les néo­phytes peuvent pas­ser par des sites d’e-com­merce qui uti­lisent les bit­coins pour leurs tran­sac­tions, mais de fa­çon qua­si trans­pa­rente pour leur client. Des so­cié­tés in­ter­mé­diaires se chargent des échanges en bit­coins. « Dans ce cas, il existe un réel avan­tage com­pa­ra­tif » , par rap­port aux autres so­lu­tions de paie­ment en ligne, puisque les coûts sont ré­duits, juge Philippe Her­lin. Par­mi les en­tre­prises pro­po­sant ces ser­vices fi­gure jus­te­ment Pay­mium, qui gère la plate-forme de changes fran­çaise Bit­coin Cen­tral. Ce pro­cé­dé se­ra un « réel sou­tien à la crois­sance de ce mar­ché à moyen et long terme », es­time d’ailleurs ce char­gé de cours au Cnam. Ob­ser­vant la courbe « en es­ca­lier » du cours du Bit­coin de­puis sa créa­tion, il pré­voit que « les krachs vont se rap­pro­cher de plus en plus » . Le spé­cia­liste s’at­tend ce­pen­dant à ce que le cours soit en­core « mul­ti­plié par cent dans les an­nées qui viennent ». Il avait dé­mar­ré à 10 dol­lars. Conclu­sion : au lieu de ré­gler ses ca­deaux en bit­coins, ne vau­drait-il donc pas mieux en glis­ser di­rec­te­ment quelques frac­tions sous le sapin. Philippe Her­lin ac­quiesce : « Ça pour­rait être un beau ca­deau de Noël, comme les grands-pa­rents qui of­fraient des Na­po­léons à leurs pe­tits-en­fants… »

© SEAN GALLUP / GET­TY IMAGES EU­ROPE / AFP

Le 28 no­vembre der­nier, le cours des bit­coins a dé­pas­sé les 1 000 dol­lars.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.