La fi­nance se rêve en 35e fi­lière d’ave­nir

Cer­tains ac­teurs de la fi­nance ver­raient bien leur sec­teur re­joindre les 34 plans de « re­con­quête in­dus­trielle ». Après tout, l’in­dus­trie fi­nan­cière, elle aus­si, est in­no­vante.

La Tribune Hebdomadaire - - EN­TRE­PRISES - PAR CH­RIS­TINE LE­JOUX @ChLe­joux

C’était le 12 sep­tembre der­nier. Le pré­sident de la Ré­pu­blique et le mi­nistre du Re­dres­se­ment pro­duc­tif pré­sen­taient 34 plans d’ac­tion en fa­veur des fi­lières in­dus­trielles ju­gées les plus por­teuses pour les dix pro­chaines an­nées. Édouard-Fran­çois de Lenc­que­saing, conseiller tech­nique chez Pa­ris Eu­ro­place, l’as­so­cia­tion char­gée de pro­mou­voir la place fi­nan­cière de Pa­ris, au­rait bien vu la fi­nance fi­gu­rer aux cô­tés des na­no­tech­no­lo­gies, des ob­jets connec­tés et autres TGV du fu­tur. « J’ai ré­cem­ment pro­po­sé à Fleur Pel­le­rin [la mi­nistre dé­lé­guée aux PME, à l’In­no­va­tion et à l’Éco­no­mie nu­mé­rique, ndlr] d’éri­ger la fi­nance en 35e fi­lière d’ave­nir » , a ré­vé­lé Édouard-Fran­çois de Lenc­que­saing, qui re­con­naît ce­pen­dant que les banques n’ont pas des « la­bo­ra­toires de re­cherche comme ceux que l’on trouve dans les sec­teurs in­dus­triels » . Et puis, « il s’agit d’un monde moins ou­vert à l’in­no­va­tion que l’in­dus­trie » , ad­met Jean-Luc Strauss, fon­da­teur en 2009 du club In­no­va­tion Banque Fi­nance As­su­rance, au sein de la so­cié­té de conseil en hautes tech­no­lo­gies Al­tran. Jus­te­ment, l’ob­jec­tif de ce club, qui réunit les di­rec­teurs de l’in­no­va­tion de BNP Pa­ri­bas, de la So­cié­té gé­né­rale, d’Axa et de Grou­pa­ma, est de « de­ve­nir un centre d’échanges sur les mé­thodes d’in­no­va­tion dans les ser­vices fi­nan­ciers » . Car il s’agit de com­bler le re­tard pris par le sec­teur fi­nan­cier, en par­ti­cu­lier les banques, en ma­tière de R&D. Bien obli­gé : la fré­quen­ta­tion des agences ban­caires est en baisse conti­nue, consé­quence du suc­cès des ser­vices en ligne. À quoi s’ajoute la concur­rence de Google, d’Ama­zon ou de PayPal sur le cré­neau très pro­met­teur du paie­ment mo­bile. Sans ou­blier celle du crowd­fun­ding (fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif), où le pro­jet de ré­gle­men­ta­tion du gou­ver­ne­ment risque d’égra­ti­gner le sa­cro-saint mo­no­pole des banques en per­met­tant le prêt entre par­ti­cu­liers.

RE­METTRE LE CLIENT AU CENTRE DE LA STRA­TÉ­GIE

« Le pro­blème, c’est que, dans les agences ban­caires, la ré­mu­né­ra­tion des conseiller­s est en­core lar­ge­ment ba­sée sur le nombre de pro­duits ven­dus aux clients, peu im­porte les be­soins de ces der­niers » , sou­ligne Jean-Luc Strauss. Qui in­vite donc les banques à se conver­tir au « de­si­gn thin­king » . Ela­bo­ré par l’uni­ver­si­té de Stan­ford et uti­li­sé par les start-up pour faire émer­ger la créa­ti­vi­té, ce concept re­pose sur l’an­ti­ci­pa­tion des be­soins des uti­li­sa­teurs. En d’autres termes, il re­met le client, l’hu­main, au centre de la stra­té­gie de l’en­tre­prise. Un vi­rage que La Poste a très bien né­go­cié en 2005, se­lon Anne-Ma­rie Bou­tin, pré­si­dente de l’Agence pour la pro­mo­tion de la créa­tion in­dus­trielle, lors­qu’une concur­rence crois­sante a contraint l’opé­ra­teur pos­tal à re­pen­ser sa re­la­tion avec ses clients et, en pre­mier lieu, ses bu­reaux d’ac­cueil. « Avant, ex­plique-telle, avec des agents ré­fu­giés der­rière leurs gui­chets, on n’avait nul­le­ment l’im­pres­sion que La Poste était au ser­vice du pu­blic. Au­jourd’hui, les agents viennent au-de­vant des clients, c’est un vé­ri­table chan­ge­ment de culture. » Un chan­ge­ment qui s’amorce dans le sec­teur bancaire, à en ju­ger, par exemple, par le ré­cent concept store dé­ve­lop­pé par BNP Pa­ri­bas, le 2 Opé­ra, si­tué sur l’ave­nue du même nom, à Pa­ris. Les clients y sont ac­cueillis dans un lounge de près de 1!000 m2 ima­gi­né par l’ar­chi­tecte Fa­brice Aus­set, avec mur vé­gé­tal, ca­na­pés confor­tables et ta­blettes tac­tiles, où la banque teste les in­no­va­tions sus­cep­tibles d’avoir un im­pact po­si­tif sur la re­la­tion entre le client et son conseiller. C’est à ce­la que res­semblent les la­bo­ra­toires du sec­teur fi­nan­cier.

Le concept store de BNP Pa­ri­bas, ave­nue de l'Opé­ra, à Pa­ris, une agence où le client est roi.© DR

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.