La ville-cham­pi­gnon chi­noise pousse en­core

La Tribune Hebdomadaire - - MÉTROPOLES -

à lui M. Xie, pro­prié­taire d’une pe­tite bou­tique qu’il va de­voir aban­don­ner. « Ur­ba­ni­ser a un sens lorsque ce sont des tra­vailleurs mi­grants qui viennent de leur plein gré cher­cher du tra­vail. En re­vanche, c’est plus dif­fi­cile d’in­té­grer des fer­miers, ils sont plus vieux, moins qua­li­fiés et ont dû mal à s’adap­ter » , ob­serve Tom Miller. Au mi­lieu de ces vil­lages désaf­fec­tés, le re­gard se perd dans les ki­lo­mètres de col­lines arides, ba­layées par le vent qui re­couvre la nou­velle ville d’une fine par­ti­cule de pous­sière jaune. On s’aven­ture à po­ser une ques­tion sur l’ali­men­ta­tion en eau. La ques­tion fâche. « Ce n’est pas un pro­blème » , ex­plique Guo Zhi­jiang, vi­ce­se­cré­taire du Par­ti, en nous dé­taillant un plan pour dé­tour­ner l’eau d’un af­fluent du fleuve jaune. Lanz­hou a dé­jà re­çu le titre de ville la plus pol­luée de Chine en 2012, et celle du monde en 1999, titres que le gou­vernent sou­haite ou­blier en dé­lo­ca­li­sant les in­dus­tries du centre de la ville vers… la nou­velle zone. « J’avoue que l’en­vi­ron­ne­ment est un dé­fi pour nous » , concède Li Senz­hu. Au to­tal, il compte in­ves­tir 1 mil­liard de yuans pour plan­ter 3!000 hec­tares par an d’arbres. « Nous avons de l’ar­gent du gou­ver­ne­ment et de la main-d’oeuvre qua­li­fiée pour ré­soudre le pro­blème. » Car l’autre grand ques­tion­ne­ment sur la ville porte sur son fi­nan­ce­ment à un mo­ment où la banque cen­trale chi­noise res­serre la vis sur le cré­dit et que les banques sont étran­glées par des an­nées de cré­dit plus ou moins gra­tuit et mal uti­li­sé. Le fi­nan­ce­ment de la zone coûte 60 mil­liards de yuans par an. L’ar­gent vient à la fois du gou­ver­ne­ment cen­tral, qui verse 2 mil­liards de yuans an­nuel­le­ment, et des gou­ver­ne­ments de la pro­vince et de la ville qui donnent cha­cun 1 mil­liard de yuans. Le reste va ve­nir des in­ves­tis­seurs pri­vés, mais sur­tout des banques. Tout pousse donc à pen­ser que le vieux mo­dèle éco­no­mique dont veut se dé­faire la Chine est bel et bien en­core en vi­gueur. « Est-ce une mau­vaise chose!?, se de­mande Tom Miller. Ce­la peut avoir du sens dans l’ouest de la Chine d’in­ves­tir mas­si­ve­ment, car il faut créer des in­fra­struc­tures avant que les gens consomment… Mais évi­dem­ment ce­la pose la ques­tion d’une crois­sance de la zone qui va être ti­rée par de la dette. Toute la ques­tion est donc de savoir si les gens et les en­tre­prises vont vou­loir s’y ins­tal­ler… » Le gou­ver­ne­ment de la zone fait tout pour : le ter­rain est gra­tuit pour toute en­tre­prise qui in­ves­tit au-de­là d’une cer­taine somme. Pour l’ins­tant ce­pen­dant, pas une seule en­tre­prise étran­gère n’a dé­ci­dé d’y dé­mé­na­ger. « Les in­fra­struc­tures sont en place. Il faut main­te­nant rem­plir les cases. Ce­la risque d’être dif­fi­cile, le cli­mat éco­no­mique s’est dé­té­rio­ré » , ana­lyse un in­dus­triel de la ville.

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