L’in­no­va­tion « res­pon­sable », un mo­dèle éco­no­mique pour l’ave­nir

In­dis­pen­sable pour as­su­rer la sor­tie de crise, l’in­no­va­tion est tout aus­si in­con­tour­nable pour re­le­ver les dé­fis so­ciaux et en­vi­ron­ne­men­taux consi­dé­rables qui se pré­sentent à nous. PRI­VI­LÉ­GIER LES IN­NO­VA­TIONS PRÉ­VEN­TIVES PLU­TÔT QUE CU­RA­TIVES

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS - ALEXANDRE AS­SE­LI­NEAU MARC IN­GHAM

Toutes les in­no­va­tions ne se valent sans doute pas, l’ur­gence! étant do­ré­na­vant d’or­ga­ni­ser ce! qui consti­tue une nou­velle ré­vo­lu­tion in­dus­trielle : la tran­si­tion vers des mo­dèles de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique ver­tueux, res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment et des êtres hu­mains. Nous sommes plei­ne­ment in­for­més de l’état de notre pla­nète, nous avons toutes les cartes en main, en tech­no­lo­gies, en res­sources, en com­pé­tences, pour dé­ci­der de ce que nous sou­hai­tons lé­guer aux gé­né­ra­tions fu­tures. Certes, les pro­grès tech­niques et tech­no­lo­giques des der­nières an­nées ont été ful­gu­rants. Mais ce­la a-t-il un sens si nous pour­sui­vons pa­ral­lè­le­ment et en toute connais­sance de cause la des­truc­tion de notre en­vi­ron­ne­ment"? Ces constats fondent la no­tion d’in­no­va­tion res­pon­sable, ce vrai dé­fi des an­nées à ve­nir qui est l’af­faire de tous. In­di­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment, en­tre­prises, consom­ma­teurs, pou­voirs pu­blics, la­bo­ra­toires de recherche, uni­ver­si­tés et grandes écoles, or­ga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales : cha­cun a un rôle à jouer dans la né­ces­saire rup­ture qui s’an­nonce. Toutes les formes d’in­no­va­tions sont concer­nées : pro­duits, ser­vices, pro­cé­dés, or­ga­ni­sa­tion, etc. Toutes les fonc­tions des en­tre­prises aus­si : R&D bien sûr, mais aus­si le mar­ke­ting, la com­mu­ni­ca­tion, le ma­na­ge­ment, la ges­tion fi­nan­cière, les achats ou la lo­gis­tique, tous ali­gnés avec l’im­pul­sion don­née par la di­rec­tion via les orien­ta­tions stra­té­giques choi­sies. Les in­no­va­tions dites « res­pon­sables » sont des ma­ni­fes­ta­tions concrètes de l’exer­cice de la res­pon­sa­bi­li­té so­cié­tale des or­ga­ni­sa­tions. Leurs ca­rac­té­ris­tiques ont été iden­ti­fiées no­tam­ment à tra­vers plu­sieurs prismes : leur conte­nu et les bé­né­fi­ciaires aux­quels elles s’adressent"; les pro­ces­sus mis en oeuvre pour les réa­li­ser"; la gou­ver­nance et la trans­pa­rence des choix, l’im­pli­ca­tion des par­ties pre­nantes et les com­por­te­ments éthiques dans les re­la­tions avec celles-ci"; leur in­té­gra­tion dans la vi­sion, la mis­sion, les stra­té­gies, les struc­tures et les cultures or­ga­ni­sa­tion­nelles"; ou en­core les styles de lea­der­ship et de ma­na­ge­ment adop­tés pour en sti­mu­ler et sou­te­nir le dé­ve­lop­pe­ment. Au­jourd’hui, bon nombre d’en­tre­prises sont en­ga­gées dans cette voie, ce qui est une ex­cel­lente nou­velle. Tou­te­fois, elles pri­vi­lé­gient en­core trop sou­vent des ap­proches dé­fen­sives ou ré­ac­tives plu­tôt que proac­tives. Elles consistent à adap­ter les « mo­dèles d’in­no­va­tions do­mi­nants », à imi­ter les concur­rents plu­tôt qu’à se dif­fé­ren­cier for­te­ment de la concur­rence, à ser­vir les ca­té­go­ries de clients dé­jà ser­vis voire « sur-ser­vis » plu­tôt que de vi­ser des clients « peu ser­vis » ou « non ser­vis ». De plus, elles sont en­core sou­vent iso­lées ou si­tuées en pé­ri­phé­rie, plu­tôt qu’in­té­grées au coeur des stra­té­gies et ac­ti­vi­tés de l’or­ga­ni­sa­tion. Pour­tant, les op­por­tu­ni­tés qui se pré­sentent aux en­tre­prises de dé­ve­lop­per et dé­ployer de fa­çon proac­tive des in­no­va­tions res­pon­sables sont ex­trê­me­ment nom­breuses. Il s’agit, en ma­tière d’in­no­va­tions à por­tée en­vi­ron­ne­men­tale, de pri­vi­lé­gier celles qui ap­portent des so­lu­tions pré­ven­tives plu­tôt que cu­ra­tives. De fa­vo­ri­ser celles qui as­surent des bé­né­fices en­vi­ron­ne­men­taux tout au long du cycle de vie du pro­duit et de la sup­ply chain plu­tôt que de les li­mi­ter aux chaînes de va­leur in­ternes à l’or­ga­ni­sa­tion. Et bien sûr de sai­sir les op­por­tu­ni­tés of­fertes par les mar­chés, les consom­ma­teurs et les par­ties pre­nantes, tous de­man­deurs de so­lu­tions qui res­pectent l’en­vi­ron­ne­ment, vraie ten­dance so­cié­tale forte, plu­tôt que de se confor­mer aux seules exi­gences lé­gales. Dans leurs di­men­sions « so­ciales », les in­no­va­tions res­pon­sables de pro­duit peuvent consis­ter à évi­ter l’ob­so­les­cence pro­gram­mée, à main­te­nir des gammes de pro­duits pour en as­su­rer l’ac­cès à un plus grand nombre d’uti­li­sa­teurs, à sim­pli­fier les designs, à dé­ve­lop­per des « designs uni­ver­sels » ou spé­ci­fiques pour ren­con­trer les be­soins et at­tentes des per­sonnes les plus pauvres éco­no­mi­que­ment, des per­sonnes âgées, de celles qui sont iso­lées, qui souffrent de han­di­caps, etc. Les or­ga­ni­sa­tions dé­ve­loppent éga­le­ment des in­no­va­tions de ma­na­ge­ment, des pro­grammes éthiques et créent des contextes fa­vo­rables au bien-être au tra­vail et à l’exer­cice d’un vé­ri­table « ma­na­ge­ment res­pon­sable », source lui-même d’ef­fi­ca­ci­té pour l’or­ga­ni­sa­tion. De nou­veaux mo­dèles d’af­faires sont mis en place, des stra­té­gies et in­no­va­tions de rup­ture sont dé­ve­lop­pées et mises en oeuvre, de nou­veaux es­paces de mar­ché sont créés pour ser­vir des ca­té­go­ries de clients non ser­vis. En­fin, les en­tre­prises peuvent aus­si mul­ti­plier et/ou com­bi­ner ces formes d’in­no­va­tions res­pon­sables pour s’as­su­rer un avan­tage concur­ren­tiel. Ces in­no­va­tions res­pon­sables visent l’amé­lio­ra­tion du bien-être in­di­vi­duel et col­lec­tif, et/ou à ren­con­trer les dé­fis d’un dé­ve­lop­pe­ment du­rable. En ce sens elles sont à nos yeux une prio­ri­té. Il faut se dé­faire d’idées re­çues un peu trop pré­gnantes. Non, les en­tre­prises proac­tives en ma­tière de RSE ne sont pas moins per­for­mantes éco­no­mi­que­ment. Non, les en­tre­prises proac­tives en ma­tière d’in­no­va­tions en­vi­ron­ne­men­tales ou celles dans les­quelles il fait bon tra­vailler ne sont pas moins ren­tables. En fait, il sem­ble­rait que ce soit très exac­te­ment le contraire. Un nombre crois­sant de re­cherches in­dique que per­for­mances éco­no­miques, so­ciales et en­vi­ron­ne­men­tales se­raient po­si­ti­ve­ment liées, à tout le moins dans une pers­pec­tive de long terme. Dès lors, il convient sû­re­ment de re­con­si­dé­rer aus­si la no­tion de per­for­mance dans une pers­pec­tive d’équi­libre entre ces di­men­sions. Au­tant de pistes de ré­flexion ou­vertes au dé­bat… pour une in­no­va­tion res­pon­sable « per­for­mante ».

© ÉCOLE DE DE­SI­GN NANTES AT­LAN­TIQUE

Une chambre d’hô­pi­tal « hu­ma­ni­sée », ima­gi­née par Lau­ra Re­tailleau, étu­diante en mas­ter In­no­va­tion res­pon­sable, de l’école de de­si­gn Nantes Al­tan­tique.

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