Quand Athènes gou­verne l’Eu­rope

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS -

Une de­vi­nette pour fi­nir la semaine : quel est le der­nier en­droit à Bruxelles dans le­quel flotte une vague odeur de ta­bac!? L’ar­rière-salle d’un ca­fé des Ma­rolles!? Un fond de cou­loir de la gare du Mi­di!? Vous n’y êtes pas du tout. Pour ce qui est de la guerre an­ti-ta­bac, la Bel­gique est très à che­val. Non, le der­nier lieu où vous éprou­ve­rez l’im­pres­sion de re­pas­ser à cô­té d’un bon gros cen­drier, comme il en trô­nait peut-être dans le sa­lon de vos pa­rents, ja­dis, au "" siècle, c’est… l’as­cen­seur de la re­pré­sen­ta­tion per­ma­nente de la Grèce au­près de l’Union eu­ro­péenne. Le pays, qui va prendre, le 1er jan­vier, la pré­si­dence du Conseil des mi­nistres, ne fait rien comme les autres. Les murs un peu ter­nis de la chan­cel­le­rie grecque et le dé­nue­ment de son dé­cor, qui ne cherche pas à mas­quer la froi­deur bu­reau­cra­tique, lui donnent un pe­tit par­fum des an­nées#1960. Cet air désuet est en­core re­le­vé par la proxi­mi­té avec l’am­bas­sade al­le­mande, dont l’ar­chi­tec­ture mo­derne res­plen­dit, juste en face. Du bas de la rue de La­laing, on peut voir les deux hampes des deux dra­peaux poin­tant l’une vers l’autre, comme deux sol­dats au re­pos se toi­sant, cha­cun en­rou­lé dans ses cou­leurs. in­té­gré de ré­so­lu­tion des banques où l’Al­le­magne fait de la ré­sis­tance. On ima­gine avec peine le mi­nistre des Fi­nances grec, Gian­nis Stour­na­ras, le même qui de­puis des mois doit faire face à l’im­pa­tience de ses ho­mo­logues face aux len­teurs des ré­formes ad­mi­nis­tra­tives dans son pays, te­nir tête à son col­lègue al­le­mand. Pour­tant, il le fau­dra bien. Les di­plo­mates grecs ont, il est vrai, le sens de la mé­ta­phore!; il faut dire que l’his­toire de leur pays est une source d’ins­pi­ra­tion in­épui­sable. Lors d’un ré­cent brie­fing, l’un d’entre eux a eu ce mot : « Athènes ne sait pas gé­rer son bud­get, mais a été le ber­ceau de la dé­mo­cra­tie. Sparte te­nait ses fi­nances, mais ne sa­vait pas se gou­ver­ner. Nous pré­si­de­rons avec un bud­get spar­tiate et les va­leurs athé­niennes. » Tout un#pro­gramme. Et en ef­fet, il se­rait mal­ve­nu d’igno­rer les prio­ri­tés qu’Athènes en­tend dé­fendre. À com­men­cer par l’im­mi­gra­tion. La Grèce, qui est en pre­mière ligne face à la pres­sion du Sud, ai­me­rait ra­me­ner ses riches voi­sins du Nord à un peu plus de so­li­da­ri­té. « Les pays qui ne sont pas sous pres­sion de­vraient com­prendre que le par­tage de la charge [de l’im­mi­gra­tion] est un vrai pro­blème » , plaide un di­plo­mate qui re­grette le « sauve qui peut » gé­né­ral, y com­pris quand il s’agit de faire ac­cep­ter le prin­cipe d’une fa­ci­li­ta­tion des vi­sas que la Tur­quie lui de­mande en contre­par­tie d’un ac­cord de ré­ad­mis­sion des im­mi­grés clan­des­tins. Ici, tout le monde fait le dos rond, rap­pe­lant que c’est tout de même la cin­quième fois de­puis son adhé­sion qu’Athènes as­sume la pré­si­dence. Les fois pré­cé­dentes n’ont pas for­cé­ment lais­sé de traces in­dé­lé­biles, si­non le très by­zan­tin « com­pro­mis de Ioan­ni­na », scel­lé dans la ca­pi­tale de l’Épire, une règle de vote au Conseil des mi­nistres d’une com­plexi­té à dé­cou­ra­ger les plus en­thou­siastes ama­teurs d’in­gé­nie­rie ins­ti­tu­tion­nelle. Mais ces pré­si­dences sont pas­sées. Et il en ira de même pour cel­le­là. Si vous cher­chez tou­te­fois à en connaître l’agen­da pré­cis, il se pour­rait que vous de­viez faire preuve de pa­tience. De­puis plu­sieurs se­maines, son site of­fi­ciel est la cible d’at­taques de ha­ckers ré­pé­tées… #

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