Des com­pé­tences avant tout

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS -

Ka­li­brr, la pre­mière start-up phi­lip­pine pas­sée par Y Com­bi­na­tor – la mère de tous les ac­cé­lé­ra­teurs – vient d’ob­te­nir 1,9 mil­lion de dol­lars de dif­fé­rents in­ves­tis­seurs, dont le réseau de Pierre Omi­dyar, co­fon­da­teur d’eBay. Il s’agit d’une plate-forme pour fa­ci­li­ter la pré­pa­ra­tion des de­man­deurs d’em­ploi et leur mise en relation avec les en­tre­prises spé­cia­li­sées dans l’ex­ter­na­li­sa­tion de « bu­si­ness pro­cess », les pro­ces­sus mé­tiers. Mais la so­lu­tion pro­po­sée pour­rait ins­pi­rer tous les pays ayant un pro­blème d’em­ploi. L’idée de Paul Ri­ve­ra, le pa­tron et co­fon­da­teur, consiste « à se consa­crer aux gens qui cherchent un tra­vail plu­tôt qu’à les pré­pa­rer pour les études » . Crun­chBase, une bonne base de don­nées pour les jeunes pousses tech­no­lo­giques, pré­sente Ka­li­brr comme « la Khan Aca­de­my for jobs », une plate-forme on line pour ac­qué­rir des com­pé­tences plus que des connais­sances. La pro­po­si­tion pour­rait jouer un grand rôle aux Phi­lip­pines qui, de­puis 2010, ont dé­pas­sé l’Inde comme prin­ci­pal centre mon­dial pour l’ex­ter­na­li­sa­tion des pro­ces­sus mé­tiers. L’ap­proche, et les in­no­va­tions qu’elle contient, est éga­le­ment sus­cep­tible d’avoir un cer­tain re­ten­tis­se­ment dans les pays où les qua­li­fi­ca­tions sont mal adap­tées aux de­mandes. Un des se­crets du suc­cès al­le­mand, « l’ac­qui­si­tion de com­pé­tences et les moyens d’en don­ner la preuve aux en­tre­prises ». Tout com­mence par des tests sur la lo­gique, les tech­no­lo­gies, l’es­prit cri­tique et le ni­veau d’an­glais, entre autres. Ça per­met de se faire une idée du can­di­dat et de l’orien­ter, s’il le faut, vers des for­ma­tions don­nées en ligne par Ka­li­brr. Quand il le faut, ils sont orien­tés vers d’autres so­cié­tés. L’as­tuce tient à l’adé­qua­tion avec l’offre d’em­ploi. « Nous ap­pli­quons la ré­troin­gé­nie­rie à cette der­nière, ex­plique Ri­ve­ra. Nous la dé­com­po­sons en com­pé­tences re­quises et en tâches à exé­cu­ter et nous trans­for­mons le tout en un cur­ri­cu­lum que l’on peut ap­prendre. Nous sommes, que je sache, les seuls au monde à faire ce tra­vail en ligne. » La plate-forme en est en­core à ses dé­buts. Elle est en né­go­cia­tion avec des grosses en­tre­prises (dont Ac­cen­ture, HSBC et IBM), qui em­ploient 1 mil­lion de Phi­lip­pins et ont du mal à trou­ver les qua­li­fi­ca­tions dont elles ont be­soin. Tests, for­ma­tions et mises en re­la­tions sont gra­tuits. Ce sont les boîtes qui payent. « Nous ga­gnons de l’ar­gent quand vous êtes em­ployés » , leur ex­plique Ri­ve­ra. Es­sen­tiel dans un pays où il s’agit d’in­té­grer des tra­vailleurs qui cherchent à amé­lio­rer leurs re­ve­nus, mais n’ont guère d’ar­gent à in­ves­tir. Et comme c’est gra­tuit, « nous leur de­man­dons d’ai­der quel­qu’un d’autre par la suite » . Les al­go­rithmes c’est bien, mais le savoir des autres compte. Le men­to­rat, qui fonc­tionne en Inde, n’est pas ap­pli­cable aux Phi­lip­pines. « Nous n’avons ni men­tors ni hé­ros, ex­plique Ri­ve­ra. Leurs pères sont ven­deurs am­bu­lants et leurs mères em­ployées de mai­sons à Hong Kong ou à Du­baï. » Même l’an­glais, un des at­traits des Phi­lip­pines, n’est pas ce qu’il de­vrait être. Et, cu­rieu­se­ment, ça nous concerne. « Même les ÉtatsU­nis souffrent d’une gi­gan­tesque in­adé­qua­tion. Les ins­ti­tu­tions d’en­sei­gne­ment n’évo­luent pas as­sez vite pour four­nir les com­pé­tences re­cher­chées par les en­tre­prises. » C’est tout l’at­trait d’une so­lu­tion « à la Ka­li­brr » et la rai­son pour la­quelle Y Com­bi­na­tor s’y est in­té­res­sé. Et, si ça marche, rien n’in­ter­dit d’ap­pli­quer la mé­thode à la for­ma­tion conti­nue dont nous avons tous be­soin, par­tout dans le monde.

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