NANTES JOUE LES « COURTES DIS­TANCES »

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

La ville s’ef­force de li­mi­ter l’éta­le­ment ur­bain, un en­jeu au coeur des élec­tions mu­ni­ci­pales de 2014.

Vu du 36e étage de la Tour Bre­tagne, les grues do­minent le ciel nan­tais. De­puis l’adop­tion d’un pro­gramme lo­cal de l’ha­bi­tat en 2004, la feuille de route de la mé­tro­pole nan­taise est claire!: construire 5"000!lo­ge­ments neufs chaque an­née, dont 25 % de lo­ge­ments so­ciaux et presque au­tant de lo­ge­ments « abor­dables ». Et ce, « pour ac­com­pa­gner la crois­sance dé­mo­gra­phique et lut­ter contre l’éta­le­ment ur­bain!», in­dique Alain Ro­bert, ad­joint à l’ha­bi­tat de la ville de Nantes où la po­pu­la­tion est pas­sée de 245"000 à 285"000!ha­bi­tants au cours des vingt der­nières an­nées. Se­lon les pré­vi­sion­nistes, la mé­tro­pole de­vra ac­cueillir 100"000 ha­bi­tants sup­plé­men­taires à l’ho­ri­zon 2030. L’ob­jec­tif est donc de re­cons­truire la ville sur la ville, de den­si­fier l’ha­bi­tat le long des axes de trans­port pour évi­ter un éta­le­ment ur­bain éco­lo­gi­que­ment et fi­nan­ciè­re­ment rédhi­bi­toire pour les fa­milles et… la Com­mu­nau­té ur­baine qui tient, plus que tout, à conser­ver ses ouailles pour fi­nan­cer la qua­li­té de ser­vices at­ten­due. Si la po­pu­la­tion aug­mente de­puis le dé­but des an­nées 1980, la crois­sance est deux fois moins im­por­tante au cours de la der­nière dé­cen­nie. Sur­tout, entre 1999 et 2010, le nombre de couples avec en­fant a di­mi­nué d’en­vi­ron 10 % sur la ville de Nantes, de­ve­nue coû­teuse ou in­ap­pro­priée. Celle-ci a no­tam­ment souf­fert des ef­fets per­vers d’une po­li­tique en fa­veur du lo­ge­ment so­cial où les construc­teurs ont ré­per­cu­té le manque à ga­gner sur le lo­ge­ment pri­vé, pro­vo­quant une dou­lou­reuse mon­tée des prix, une désaf­fec­tion des jeunes mé­nages et des in­ves­tis­seurs en plus de la grogne des pro­fes­sion­nels de l’im­mo­bi­lier. Tout en ren­for­çant la po­li­tique en fa­veur du lo­ge­ment so­cial (de 25 % à 35 %), la can­di­date so­cia­liste pour les mu­ni­ci­pales 2014, Jo­han­na Rol­land, en­tend dé­ve­lop­per la part du lo­ge­ment dit « abor­dable » (2"600 €/m²) pour re­te­nir les classes moyennes. Par­mi les 3"000!lo­ge­ments neufs construits chaque an­née sur la ville, les opé­ra­tions pu­bliques com­pren­dront 750!lo­ge­ments so­ciaux et 700!lo­ge­ments abor­dables. La ques­tion de l’ha­bi­tat est de­ve­nue cru­ciale pour une ci­té qui s’af­fiche comme la « ville des courtes dis­tances » où tout est in­ti­me­ment lié. « Lors­qu’on a adop­té le Plan cli­mat en 2007, on a bien vu qu’il fal­lait co­or­don­ner le lo­ge­ment, les trans­ports, la tran­si­tion éner­gé­tique… C’est cette ap­proche glo­bale qui a re­te­nu l’at­ten­tion de l’Union eu­ro­péenne » , rap­pe­lait Pa­trick Rim- bert, maire de Nantes, la­bel­li­sée Ca­pi­tale verte de l’Eu­rope 2013. « Nous avons réus­si à faire conver­ger le Plan lo­cal d’ur­ba­nisme (PLU), le Pro­gramme lo­cal de l’ha­bi­tat (PLH), le Plan de dé­pla­ce­ment ur­bain (PDU) et le Plan cli­mat éner­gie ter­ri­to­rial (PCET), sans quoi, rien ne mar­che­ra ja­mais » , se fé­li­cite Gilles Re­tière, pré­sident de Nantes Mé­tro­pole. L’IN­TER­MO­DA­LI­TÉ AU COEUR DU TRANS­PORT COL­LEC­TIF « La grande chance de la mu­ni­ci­pa­li­té ac­tuelle est d’être ar­ri­vée en 1989. Tout en vou­lant ac­croître l’at­trac­ti­vi­té de la ville à l’in­ter­na­tio­nal et don­ner une vo­ca­tion eu­ro­péenne à la mé­tro­pole, 2008 consti­tuait donc une étape et s’ins­cri­vait dans la conti­nui­té de la po­li­tique dé­jà en­ga­gée » , re­con­naît Pas­cal Bo­lo, ad­joint au maire de Nantes. Le der­nier man­dat a donc per­mis d’en­fon­cer le clou. Sur l’un des chan­tiers de ré­ha­bi­li­ta­tion ur­baine le plus im­por­tant d’Eu­rope, l’île de Nantes a vu s’éri­ger de nom­breux lo­ge­ments et bu­reaux. Le ré­seau de trans­port col­lec­tif s’est den­si­fié (Bus­way, Ch­ro­no­bus, ex­ten­sion du tram­way…) et l’in­ter­mo­da­li­té (vé­lo à la de­mande, au­to­par­tage…) a émer­gé. Des quar­tiers po­pu­laires comme Ma­la­koff ou Bot­tière-Ché­naie ont été ré­ha­bi­li­tés. Au coeur du dis­po­si­tif, le ré­seau de trans­port col­lec­tif a vu sa fré­quen­ta­tion pas­ser de 111! à 127 mil­lions de voyageurs en cinq! ans. 60 % em­pruntent le tram­way, re­lan­cé en 1985, qui a fait de la ci­té des ducs de Bre­tagne une des pion­nières en ma­tière de trans­port en com­mun. Ex­pé­ri­men­té en 2009 pour ir­ri­guer le sud de l’ag­glo­mé­ra­tion, le Bus­way, vé­hi­cule ar­ti­cu­lé em­prun­tant une voie routière dé­diée, a ins­pi­ré la créa­tion de sept lignes de Ch­ro­no­bus, ra­pides et ca­den­cées, entre sep­tembre 2012 et sep­tembre 2013 à tra­vers l’ag­glo­mé­ra­tion. Elles se­ront très pro­chai­ne­ment étof­fées de trois nou­velles lignes. Un choix éco­no­mique au­tant qu’un chantier de ré­fé­rence pour l’équipe mu­ni­ci­pale, au re­gard d’un ré­seau en­ri­chi de pistes cy­clables, des points d’au­to­par­tage, d’ac­cès au vé­lo en libre-ser­vice, de par­king re­lais… L’in­ter­mo­da­li­té est en route. Dans une ag­glo­mé­ra­tion où 16 % des dé­pla­ce­ments sont ef­fec­tués en trans­port en com­mun, les au­to­mo­bi­listes grognent dans les voies ou­vertes au Ch­ro­no­bus. Si l’ex­ploi­tant du ré­seau mul­ti­plie les ta­rifs spé­ciaux (Li­ber­tan…) et la dé­ma­té­ria­li­sa­tion des titres de trans­port, le prix du ti­cket se­ra au coeur de la pro­chaine ba­taille mu­ni­ci­pale. « Nantes est pas­sé de la 15e à la 5e place et fi­gure par­mi les villes où le ti­cket de tram est le plus cher de France » , dé­nonce Lau­rence Gar­nier, can­di­date UMP à la mai­rie de Nantes, qui consi­dère que les ha­bi­tants sont pris en otage entre des coûts de stationnem­ent et de dé­pla­ce­ments pro­hi­bi­tifs. Pour Jo­han­na Rol­land, ad­jointe à la po­li­tique de la ville et donc can­di­date adou­bée par l’an­cien maire, Jean-Marc Ay­rault, s’il est « né­ces­saire d’écrire une nou­velle page pour Nantes… et de faire bou­ger les lignes… » , pas ques­tion pour au­tant de re­ve­nir sur les choix pas­sés quand la crois­sance dé­mo­gra­phique a ame­né 21"000 nou­veaux vé­hi­cules dans la ville. « Je veux dé­ve­lop­per les moyens d’ac­cé­der au centre-ville au­tre­ment qu’en voi­ture », pré­vient-elle, pré­fé­rant la mise en oeuvre d’un ser­vice de lo­ca­tion longue du­rée de 5"000!vé­los, la créa­tion de deux nou­veaux par­kings (1"000!places) dans le centre, de 3"000!places sup­plé­men­taires dans les par­kings re­lais ou, plus sur­pre­nant, l’ou­ver­ture à l’usage pu­blic d’es­paces de stationnem­ent pri­vés, quand ils sont in­uti­li­sés… Une chose est sûre, l’ar­ri­vée d’une gé­né­ra­tion de tren­te­naires aux com­mandes de la ville amè­ne­ra de nou­velles mé­thodes.!

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