Sol­vay mise sur l’in­no­va­tion pour do­per sa crois­sance

Le chi­miste belge en­tend être aux pre­mières loges pour ré­pondre aux exi­gences du dé­ve­lop­pe­ment du­rable. Ses centres de pro­fit dis­posent de 80% des bud­gets re­cherche. C’est que l’in­no­va­tion doit contri­buer pour 30% à la crois­sance du ré­sul­tat d’ex­ploi­ta­tio

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S - PAR MA­RIEAN­NICK DE­PA­GNEUX @de­pa­gneux­mad­com

Chez Sol­vay, on n’en fait pas mys­tère!: l’in­no­va­tion est plus que ja­mais au coeur de la stra­té­gie de créa­tion de va­leur du groupe chi­mique. Sa feuille de route éta­blie pour la pé­riode 2012-2016 est même par­ti­cu­liè­re­ment claire sur ses in­ten­tions!: l’in­no­va­tion doit contri­buer pour 30"% à la crois­sance de son ebit­da (ear­nings be­fore in­ter­est, taxes, de­pre­cia­tion and amor­ti­za­tion), au­tre­ment dit à son ré­sul­tat brut d’ex­ploi­ta­tion. Avec dé­sor­mais les dé­fis à re­le­ver du dé­ve­lop­pe­ment du­rable comme axe ma­jeur de re­cherche. Le chi­miste belge, qui a ac­quis le fran­çais Rho­dia en sep­tembre 2011, est dé­ci­dé à y être sur tous les fronts. Par exemple, la con­cep­tion de so­lu­tions et ma­té­riaux per­met­tant de contri­buer à l’al­lé­ge­ment et à la «!re­cy­cla­bi­li­té!» des pro­duits, mais aus­si à l’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique, au sto­ckage de l’éner­gie. Et de­main à la dé­pol­lu­tion de l’air des bâ­ti­ments. Ce n’est donc pas com­plè­te­ment un ha­sard si Sol­vay est de­ve­nu le prin­ci­pal par­te­naire de « So­lar Im­pulse », l’avion ex­pé­ri­men­tal ima­gi­né par Ber­trand Pic­card, ca­pable de vo­ler de nuit comme de jour, sans car­bu­rant ni émis­sion pol­luante, avec des mo­teurs élec­triques ali­men­tés à 100"% par l’éner­gie so­laire. « L’aven­ture m’a d’em­blée pas­sion­né et je n’ai ja­mais dou­té de son suc­cès. Pour­tant, en 2003 les in­dus­triels de l’aé­ro­nau­tique étaient scep­tiques » , se sou­vient Jacques van Ri­j­cke­vor­sel, en charge de l’in­no­va­tion mon­diale et membre du Co­mi­té exé­cu­tif du groupe. Ce­lui-ci a dé­jà in­ves­ti 12 mil­lions dans l’avion mo­no­place, en cours d’amé­lio­ra­tion pour un tour du monde, pré­vu en 2015. Mais quel rap­port peut-il bien y avoir entre la chi­mie et l’aé­ro­nau­tique verte"? Oui, bien sûr, le chi­miste s’est sans doute of­fert une part de rêve. Et cet éton­nant en­gin lui as­sure aus­si une for­mi­dable et em­blé­ma­tique vi­trine. Mais pas seule­ment. Le So­lar Im­pulse est en ef­fet un de ces pro­grammes trans­ver­saux, ris­qués au dé­part, mais riches de pro­messes – « high risk, high re­ward », se­lon la for­mule an­glo-saxonne –, di­rec­te­ment ma­na­gés au ni­veau cen­tral du groupe. À l’ins­tar de… l’élec­tro­nique or­ga­nique (en­core dé­si­gnée sous le vo­cable élec­tro­nique plas­tique) uti­li­sant des ma­té­riaux se­mi-conduc­teurs dont la for­mu­la­tion est ba­sée sur la chi­mie or­ga­nique. Peuvent ain­si être ima­gi­nés, à l’ho­ri­zon de cinq à dix!ans, des films ab­sor­bant les rayons so­laires sur les toi­tures des bâ­ti­ments, ou, dans un autre do­maine, des écrans de té­lé­vi­sion pliables sans li­mite de taille. Autre exemple de pro­grammes à long terme! : les ma­té­riaux dits avan­cés, large fa­mille in­cluant les ma­té­riaux in­tel­li­gents, les na­no­ma­té­riaux ou en­core les com­po­sites au­jourd’hui ré­ser­vés, car trop oné­reux, à la For­mule! 1, entre autres, et qui à l’ave­nir en­tre­ront dans les trans­ports clas­siques pour al­lé­ger le poids des au­to­mo­biles, des trains, des ba­teaux et… des avions. Si les pro­jets à long terme sont donc gé­rés au ni­veau du groupe, ce­lui-ci leur consa­crant 20"% des res­sources de R&D (300 mil­lions d’eu­ros au to­tal, 1"900 cher­cheurs et 300!bre­vets dé­po­sés en 2012), la prio­ri­té pour l’in­no­va­tion chez Sol­vay est ce­pen­dant don­née au ter­rain. Ses quinze centres de pro­fit ( bu­si­ness units), fonc­tion­nant comme de pe­tites en­tre­prises in­ter­na­tio­nales, se par­tagent les 80"% res­tants. « Les bu­si­ness units sont le le­vier es­sen­tiel pour nous as­su­rer une proxi­mi­té avec les clients et les mar­chés et iden­ti­fier les be­soins col­lant le mieux aux at­tentes » , sou­ligne Louis Nelt­ner, di­rec­teur de la re­cherche et de l’in­no­va­tion de Sol­vay. Chaque bu­si­ness unit peut être ame­née à col­la­bo­rer avec les autres. Cha­cune a pour ob­jec­tif de voir ses ac­ti­vi­tés fi­gu­rer dans le trio de tête mon­dial. En­gi­nee­ring Plas­tics se consacre aux plas­tiques tech­niques et de haute per­for­mance"; Fi­bras aux fibres à base de po­ly­amide"; Coates aux sol­vants oxy­gé­nés, etc.

IN­NO­VA­TION OU­VERTE ET SOU­TIEN À DES START-UP

Dé­vo­lu aux arômes des­ti­nés à l’in­dus­trie, Aro­ma Per­for­mance a mis au point le Go­va­nil, élu en 2013 par l’ICIS (prin­ci­pal four­nis­seur d’in­for­ma­tion pour la chi­mie) meilleure in­no­va­tion de l’an­née. « Cet in­gré­dient de rup­ture est in­tense et plus long en bouche. Il per­met de ré­duire la quan­ti­té de sucre, de gras et donc le coût du pro­duit fi­nal tout en étant bé­né­fique pour la san­té. Ne sa­chant pas très bien com­ment le po­si­tion­ner au dé­part au plan mar­ke­ting, nous nous sommes tour­nés vers un grand ac­teur de l’in­dus­trie agroa­li­men­taire. Et beau­coup d’in­dus­triels le va­lo­risent dans la boulangeri­e, pâ­tis­se­rie et confi­se­rie » , énu­mère Mat­thieu Helft, vice-pré­sident re­cherche et in­no­va­tion d’Aro­ma Per­for­mance. Le pro­cé­dé in­dus­triel pro­pre­ment dit a été dé­ve­lop­pé en s’ap­puyant sur Axe­le­ra, le pôle de com­pé­ti­ti­vi­té chi­mie verte dont Sol­vay est un des membres fon­da­teurs. « En nous as­so­ciant avec Ar­ke­ma et l’IFP Ener­gies nou­velles dans le cadre du pro­jet col­la­bo­ra­tif “in­ten­si­fi­ca­tion des pro­cé­dés”, nous avons ga­gné du temps et bé­né­fi­cié des ap­ports des la­bo­ra­toires aca­dé­miques » , ad­met Mat­thieu Helft. « Ras­sem­bler uni­ver­si­taires, in­dus­triels et clients, le long d’une chaîne de va­leur pour me­ner à bien un pro­jet est une fa­çon d’ar­ri­ver sur le mar­ché, plus ra­pi­de­ment », confirme Jean-Francis Spind­ler, di­rec­teur R&D Eu­rope. De fait, à l’ins­tar de beau­coup de grands in­dus­triels, Sol­vay pra­tique l’in­no­va­tion ou­verte. On la re­trouve avec les quatre uni­tés mixtes de re­cherche!: à Lyon (ma­té­riaux po­ly­mères com­po­sites), à Bor­deaux (chi­mie vé­gé­tale), aux États-Unis (for­mu­la­tion liquide et ré­cu­pé­ra­tion des gaz), en Chine (chi­mie verte). « Nous y agré­geons des com­pé­tences utiles pour le groupe » , com­mente Louis Nelt­ner. Parce qu’elles jouent les pois­sons-pi­lotes pour les mar­chés émer­gents, les start-up sont un autre le­vier sur le­quel mise Sol­vay pour sti­mu­ler son in­no­va­tion. Le groupe leur af­fecte 85 mil­lions d’eu­ros. La firme in­ter­vient ain­si in­di­rec­te­ment dans les jeunes pousses à tra­vers sept fonds de ca­pi­tal­risque cor­po­rate. En 2011, le chi­miste a re­joint As­ter!2, lan­cé par les groupes Schneider et Al­stom, mais s’est aus­si in­vi­té dans des fonds amé­ri­cains ou en­core co­réens. His­toire de dis­po­ser d’un poste d’ob­ser­va­tion pla­né­taire sur ce monde des jeunes pousses dans les­quelles elle peut prendre des par­ti­ci­pa­tions, en di­rect. Par exemple, Sol­vay a dé­jà mi­sé sur cinq start-up, telles Plex­tro­nics et Po­lye­ra et tout der­niè­re­ment Ao­nix, à Ot­ta­wa. « Notre col­la­bo­ra­tion avec cette so­cié­té ca­na­dienne, qui dé­ve­loppe des so­lu­tions clés en main pour rem­pla­cer no­tam­ment l’alu­mi­nium dans l’élec­tro­nique par des com­po­sites plas­tiques de haute per­for­mance, a com­men­cé il y a neuf mois par un ac­cord de co-mar­ke­ting », pré­cise Sté­phane Roussel, en charge du Cor­po­rate venture. Comme quoi de la mé­tal­lur­gie à la chi­mie, il peut n’y avoir qu’un pas qu’une pe­tite ré­vo­lu­tion fait vite fran­chir.

PHOTOTHÈQU­E SOL­VAY

So­lar Im­pulse, un des pro­grammes trans­ver­saux de Sol­vay. Le chi­miste belge est le prin­ci­pal par­te­naire de Ber­trand Pic­card, in­ven­teur de cet avion en­tiè­re­ment ali­men­té par éner­gie so­laire.

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