CH­RIS­TOPHE CHANHSAVAN­G

Après une car­rière dans la fi­nance, ce jeune tren­te­naire a dé­ci­dé de suivre sa propre voie. Né au Laos, il a lan­cé à Pa­ris « Zzz…Zen – Le Bar à sieste », pour dé­mo­cra­ti­ser la phi­lo­so­phie zen et le­ver les ta­bous au­tour de la sieste en en­tre­prise.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PAR PERRINE CREQUY @Per­ri­neC­re­quy

Après une car­rière dans la fi­nance, ce jeune tren­te­naire a lan­cé un bar à sieste à Pa­ris.

Son por­table dans une main, le té­lé­phone fixe dans l’autre, Ch­ris­tophe Chanhsavan­g jongle avec les de­mandes de ré­ser­va­tions, sans ja­mais se dé­par­tir de son calme olym­pien. Le gé­rant du Zzz…Zen – Le Bar à sieste (www. ba­ra­sieste.com) ac­cueille ses clients avec le sou­rire, pro­pose un thé dé­tox et dé­taille les conseils d’hy­giène d’une voix douce, qui berce. On vient dans sa bou­tique pour dor­mir un mo­ment dans des ha­macs, des fau­teuils mas­sants ou des lits chauf­fés aux pierres de jade. « J’ai vou­lu faire un lieu à mon image » , ex­plique cet adepte de la phi­lo­so­phie zen, qu’il s’em­ploie à in­suf­fler en France, no­tam­ment dans le mi­lieu du tra­vail. Ba­vard, il est in­ta­ris­sable sur les bé­né­fices d’une de­mi-heure de re­pos après une pause dé­jeu­ner. « Lors de mes pre­miers jobs d’étu­diant, je sor­tais beau­coup en soi­rée et j’avais sou­vent des coups de barre à la mi-jour­née. Faute de salle dé­diée au re­pos chez mon em­ployeur, je dor­mais en salle de réunion… ou dans les toi­lettes. » L’ex-ban­quier en sou­rit, au­jourd’hui. Ces ex­pé­riences l’en­cou­ragent à re­le­ver les dé­fis qui ja­lonnent le lan­ce­ment d’un ser­vice nou­veau comme un bar à sieste. Après des dé­buts la­bo­rieux, le temps de faire connaître et com­prendre son ac­ti­vi­té, il s’ap­prête à re­cru­ter un deuxième sa­la­rié. Et il conti­nue d’évan­gé­li­ser les di­ri­geants aux ver­tus de la sieste pour leurs sa­la­riés en or­ga­ni­sant des dé­mons­tra­tions. Il a ain­si ini­tié les membres du Me­def Île-de-France en dé­cembre der­nier. Pour au­tant, ce n’est pas lui qui a eu l’idée du bar à sieste. Elle lui a été souf­flée par Vir­gi­nie, sa com­pagne. « C’est moi qui ai eu l’idée, mais c’est Ch­ris­tophe qui la réa­lise, avec sa joie de vivre ca­pable d’illu­mi­ner le quo­ti­dien des gens les plus mo­roses. Il faut le voir faire son show avec la clien­tèle!!# » confie-t-elle, convain­cue qu’«# un en­tre­pre­neur qui dé­bute a be­soin du sou­tien de sa fa­mille » . C’est elle qui a per­mis de com­plé­ter le fi­nan­ce­ment du pro­jet, grâce à un prêt per­son­nel. Les banques ont en ef­fet dé­cli­né les de­mandes de fi­nan­ce­ment pro­fes­sion­nel adres­sées par Ch­ris­tophe Chanhsavan­g, qui a quit­té son poste de sa­la­rié en 2010, avec des in­dem­ni­tés chô­mage, mais sans bo­nus ni pa­ra­chute do­ré. Mé­tho­dique, le jeune en­tre­pre­neur avait pour­tant peau­fi­né son bu­si­ness plan lors d’une for­ma­tion à l’en­tre­pre­neu­riat Créajeunes, dis­pen­sée par l’Adie. Co­lette, tu­trice bé­né­vole dans cette for­ma­tion, a été im­pres­sion­née par l’en­ga­ge­ment de Ch­ris­tophe Chanhsavan­g#: «#Quand il est ar­ri­vé au sein de la for­ma­tion, il avait dé­jà beau­coup tra­vaillé. Les sta­tuts de l’en­tre­prise étaient prêts à être ré­di­gés, se sou­vien­telle. Il a très vite trou­vé un lo­cal qu’il a amé­na­gé avec l’aide de sa fa­mille. Mais il m’a sur­tout épa­té au ni­veau com­mu­ni­ca­tion#: il a cap­té l’at­ten­tion des jour­na­listes dans des di­zaines de titres. Il a même ren­con­tré Sté­phane Bern!! » Même la presse in­ter­na­tio­nale, comme le Dai­ly Mail bri­tan­nique, se pique de curiosité pour son bar à sieste, un concept in­édit en Eu­rope. Autre fait d’armes de ce com­mu­ni­cant ins­pi­ré# : in­vi­ter au Zzz…Zen – Le Bar à sieste So­phie-Tith, Flo, Phi­lippe et Flo­rian, les quatre fi­na­listes de La Nou­velle Star, le té­lé­cro­chet dif­fu­sé sur D8. Ch­ris- tophe Chanhsavan­g a en ef­fet un car­net d’adresses bien gar­ni dans le « show­biz ». Dans ce mi­lieu, on l’ap­pelle Veng, son pré­nom lao­tien. Éga­le­ment an­cien dan­seur et en­traî­neur de hip-hop, Ch­ris­tophe Chanhsavan­g a co­fon­dé en 2009 l’as­so­cia­tion Watt. « C’était une struc­ture pour faire la fête avec mes amis, parce qu’on était dé­çus par les soi­rées pa­ri­siennes et que nous étions convain­cus de pou­voir faire mieux. » Il ren­contre alors Rino Co­let­ti, un en­tre­pre­neur dans l’évé­ne­men­tiel, qui or­ga­nise no­tam­ment des vide-dres­sings géants avec sa struc­ture der­nière née, Vio­lette Sau­vage. En­semble, ils lancent une sé­rie de soi­rées fes­tives qui réunissent jus­qu’à 3%000# per­sonnes. « J’ai pro­po­sé à Veng de de­ve­nir di­rec­teur ar­tis­tique et ré­gis­seur. Il a fait ve­nir des dan­seurs, la chan­teuse soul Ju­lia Cin­na, un hu­mo­riste du Ja­mel Co­me­dy Club et des ca­me­ra­men. Il a tout pi­lo­té avec un grand sens du dé­tail, sou­ligne Rino Co­let­ti. Sa créa­ti­vi­té et son au­dace m’ont sur­pris# : je me de­mande en­core où il est al­lé cher­cher cette idée d’ins­tal­ler un DJ à quatre mètres de hau­teur pour aug­men­ter la jauge d’une salle. » Il s’en est fal­lu de peu pour que Ch­ris­tophe Chanhsavan­g ne de­vienne en­tre­pre­neur dans ce sec­teur de l’évé­ne­men­tiel cultu­rel. Sa pre­mière im­pul­sion en­tre­pre­neu­riale l’a pous­sé en Chine en 2007, avec un pro­jet de co­mé­die mu­si­cale. « Je vou­lais pro­fi­ter de l’ex­po­si­tion mé­dia­tique liée aux Jeux olym­piques de Pé­kin en 2008 pour faire connaître une com­pa­gnie de dan­seurs fran­çais. J’ai multiplié les contacts sur place pen­dant un an pour mettre sur pied les re­pré­sen­ta­tions. Mais je n’ai pas réus­si à le­ver les fonds né­ces­saires. » À écou­ter cet an­cien de la So­cié­té gé­né­rale, on com­prend qu’il y a au­tant de ban­quiers mal fi­nan­cés que de cor­don­niers mal chaus­sés.

Zone d’in­fluence : #ser­vices, #Asie, #culture, #com­mu­ni­ca­tion

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