PLUS DE MÉ­TRO OU PLUS DE TRAM À TOU­LOUSE"?

Jus­qu’aux élec­tions mu­ni­ci­pales de mars pro­chain, La Tri­bune ana­ly­se­ra les en­jeux du scru­tin dans les dix prin­ci­pales villes fran­çaises. Deuxième vo­let : Tou­louse. Et si la ca­pi­tale oc­ci­tane re­bas­cu­lait à droite? C’est en tout cas l’am­bi­tion du can­di­dat U

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

C’est l’al­ter­na­tive du dé­bat entre UMP et PS pour les élec­tions mu­ni­ci­pales.

C’est l’his­toire d’un duel entre deux hommes. À droite de­puis 1971 et l’époque Bau­dis père et fils, Tou­louse est re­tour­née à gauche en 2008 avec la vic­toire de Pierre Co­hen contre le maire sor­tant, Jean-Luc Mou­denc. Sous forme de re­make dans la course au Ca­pi­tole, ce so­cia­liste de 63! ans est de nou­veau confron­té à l’ac­tuel dé­pu­té UMP Jean-Luc Mou­denc, 53!ans. Le tout sur fond de guerre lar­vée entre l’avo­cat du tram­way et le dé­fen­seur d’une nou­velle ligne de mé­tro. Bref, un com­bat po­li­tique, au sens noble du terme, sur la vi­sion stra­té­gique à adop­ter quant aux modes de dé­pla­ce­ments ur­bains. Tram ou mé­tro, il faut choi­sir. Car Tou­louse, siège du géant aé­ro­nau­tique Air­bus, est au­jourd’hui une mé­tro­pole at­trac­tive qui ac­cueille 20"000 per­sonnes sup­plé­men­taires chaque an­née et dé­passe à pré­sent 1,1 mil­lion d’ha­bi­tants. En 1993, Tou­louse inau­gu­rait sa pre­mière ligne au­to­ma­tique de mé­tro, puis une se­conde en 2007, tan­dis que l’an­née 2010 mar­quait le re­tour du tram­way dans l’ag­glo­mé­ra­tion, puis le pro­lon­ge­ment contes­té jus­qu’au Pa­lais de jus­tice. « Le tram a sa place dans le centre-ville, nous l’avons prou­vé lors de ce man­dat, es­time le maire ac­tuel, Pierre Co­hen. Le re­tard pris par rap­port aux autres villes s’ex­plique en rai­son du mythe du mé­tro qui pro­longe la culture de la voi­ture en ne ren­dant pas né­ces­saire le par­tage de l’es­pace pu­blic. Il ne s’agit pas d’éra­di­quer la voi­ture, mais de com­prendre que la pol­lu­tion de­vien­dra de­main un enjeu sa­ni­taire. » Si Pierre Co­hen est ré­élu, son cre­do se­ra de pou­suivre le maillage avec le pro­jet d’une nou­velle ligne de tram lon­geant le ca­nal du Mi­di et re­liant la gare à l’aé­ro­port. La boucle se­ra alors bou­clée. « Tou­louse est as­phyxiée car seule­ment une cin­quan­taine de ki­lo­mètres de site propre ont été réa­li­sés en trente!ans, ex­plique le maire de Tou­louse. Je pro­pose 120!ki­lo­mètres sup­plé­men­taires en dix!ans contre 20!ki­lo­mètres de plus avec une troi­sième ligne de mé­tro. » Une ri­poste à la pro­po­si­tion de Jean-Luc Mou­denc qui n’est pas pas­sée in­aper­çue dans la ville rose, juste avant Noël. Ce der­nier pro­met aux Tou­lou­sains une troi­sième ligne de mé­tro afin de re­lier l’aé­ro­port et Air­bus au fu­tur cam­pus Tou­louse Mon­tau­dran Aé­ros­pace, en pas­sant par la gare. UNE 3e LIGNE DE MÉ­TRO POUR 1,7 MIL­LIARD D’EU­ROS « Le mé­tro par­cour­ra les 20! ki­lo­mètres en 35! mi­nutes alors qu’un tram en met­trait 60!mi­nutes » , sou­ligne Jean-Luc Mou­denc. Un pro­jet de 1,7 mil­liard d’eu­ros dont le fi­nan­ce­ment se­rait ga­ran­ti sans aug­men­ter les im­pôts, sou­tient ce­lui qui a suc­cé­dé comme maire à Phi­lippe Douste-Bla­zy en 2004, lors de l’en­trée de ce der­nier dans le gou­ver­ne­ment. « La troi­sième ligne de mé­tro per­met­tra de re­lier entre eux les prin­ci­paux pou­mons éco­no­miques, à savoir le pôle aé­ro­nau­tique, le pôle spa­tial et les nou­velles tech­no­lo­gies avec le fu­tur quar­tier d’af­faires et la gare TGV » , dé­taille Jean-Luc Mou­denc. Soit un chan­ge­ment ra­di­cal avec la po­li­tique du maire sor­tant pri­vi­lé­giant l’aban­don des lignes struc­tu­relles au pro­fit d’une offre mul­ti­mo­dale. « C’est le choix entre deux stra­té­gies, pour­suit le can­di­dat de la droite. Celle fon­dée es­sen­tiel­le­ment sur le tram et les bus à haut ni­veau de ser­vice que l’on fait pé­né­trer dans le centre-ville au risque d’or­ga­ni­ser une conges­tion de l’es­pace dis­po­nible en sur­face, et celle plus am­bi­tieuse pri­vi­lé­giant l’at­trac­ti­vi­té plu­tôt que la contrainte sour­noise d’une po­li­tique an­ti-au­to­mo­bi­liste. » TOU­LOUSE AT­TEND EN­CORE L’AR­RI­VÉE DU TGV In­ter­ro­gé sur la per­ti­nence et la cré­di­bi­li­té d’un tel pro­jet en pé­riode de di­sette fi­nan­cière, Pierre Co­hen dé­nonce le « coup de bluff élec­to­ral » de Jean-Luc Mou­denc!: «!Le fi­nan­ce­ment ne tient pas la route et la mise en ser­vice ne pour­rait pas avoir lieu avant 2030… » Plu­sieurs points font pour­tant consen­sus entre les deux élus, en par­ti­cu­lier le pro­jet Aé­ro­tram lan­cé par Pierre Co­hen. Ce té­lé­phé­rique ur­bain, d’un mon­tant de 60 mil­lions d’eu­ros, per­met­tra de re­lier en 2017 l’On­co­pole, centre de lutte contre le cancer, au CHU de Ran­gueil, si­tué sur les hau­teurs. Mais le prin­ci­pal consen­sus po­li­tique concerne l’ar­ri­vée du TGV, en 2014. « Il y a là un vé­ri­table enjeu de plate-forme mul­ti­mo­dale », confie Pierre Co­hen, tout en sou­li­gnant qu’un quar­tier d’af­faires n’est pas un ob­jec­tif en soi. Lui pré­fère s’at­te­ler, en ma­tière éco­no­mique, à la réus­site du pro­jet Tou­louse Mon­tau­dran Aé­ros­pace, un cam­pus dont la vo­ca­tion est de ras­sem­bler les ac­teurs pri­vés et pu­blics dans l’aé­ro­nau­tique, le spa­tial et les sys­tèmes em­bar­qués. « Un quar­tier d’af­faires ne se dé­crète pas, il se mé­rite », in­siste Pierre Co­hen. La dia- tribe re­prend dès lors ses droits!: «!L’idée d’un quar­tier d’af­faires a été éva­cuée par la mu­ni­ci­pa­li­té par des dé­cla­ra­ra­tions dog­ma­tiques, es­time Jean-Luc Mou­denc. Des villes comme Lille ou Lyon, pour­tant di­ri­gées par des so­cia­listes, ont toutes amé­na­gé un centre d’af­faires au contact di­rect de l’in­fra­struc­ture. » LE RE­TOUR D’UN DÉ­BAT IDÉO­LO­GIQUE? Le dé­pu­té UMP de Haute-Ga­ronne en­tend ain­si se po­si­tion­ner comme le can­di­dat « ami des en­tre­pre­neurs » et dé­nonce « l’idéo­lo­gie à la­quelle adhère Pierre Co­hen qui voit dans l’en­tre­prise un lieu d’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme ». Pour étayer son ju­ge­ment, JeanLuc Mou­denc met en avant l’in­ten­tion de l’édile d’aug­men­ter la co­ti­sa­tion fon­cière des en­tre­prises (CFE), pos­si­bi­li­té of­ferte aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales dans le pro­jet de loi de fi­nances 2014 : « Lors­qu’on s’en­gage sur la sta­bi­li­té fis­cale, on doit s’en­ga­ger au­près des mé­nages, mais éga­le­ment au­près des en­tre­prises. » Si l’UMP a fait de Tou­louse l’une des prio­ri­tés de sa re­con­quête na­tio­nale, l’élu so­cia­liste de­meure cré­di­té d’une ma­jo­ri­té des suf­frages, se­lon les son­dages. Par ailleurs, Jean-Luc Mou­denc doit aus­si faire face à une pos­sible tri­an­gu­laire avec le Front na­tio­nal. « Les res­pon­sables so­cia­listes lo­caux es­pèrent cette tri­an­gu­laire pour se sau­ver » , craint le can­di­dat UMP. De son cô­té, Pierre Co­hen, qui avait ga­gné les der­nières mu­ni­ci­pales dans un mou­choir de poche, à 1"209 voix près, as­sure pou­voir l’em­por­ter net­te­ment, et dans un duel.!

© Pa­trice Nin / Mai­rie de Tou­louse © Bio­ra­ven/ shut­ter­stock.com

Le mé­tro tou­lou­sain. Un mode de trans­port qu’en­tend dé­ve­lop­per le can­di­dat UMP, alors que son ri­val so­cia­liste mise sur le tram.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.