Mexi­co, ville ouverte

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS -

En ma­tière de villes in­tel­li­gentes, les trois exemples ci­tés à l’en­vi ne veulent pra­ti­que­ment rien dire, que ce soit Mas­dar (fu­ture éco­ville d’Abou Da­bi), Song­do (nou­veau quar­tier de la ville sud-co­réenne d’In­cheon) ou PlanIT Val­ley (ville éco­lo aux 100 mil­lions de cap­teurs qui se construit au Por­tu­gal, près de Por­to). Elles sont plus in­ten­tion que réa­li­té et leur taille fait plus pen­ser à une ex­pé­rience de la­bo­ra­toire qu’à une ville réelle. C’est pour­quoi j’ai dé­ci­dé de faire un sé­rieux point dans la ville de Mexi­co, la plus vieille du conti­nent amé­ri­cain et l’une des plus grandes du monde (9 mil­lions d’ha­bi­tants dans un en­semble de 22 mil­lions). J’y ai dé­cou­vert plein de très belles in­ten­tions en termes de par­ti­ci­pa­tion, comme le LabPLC dont j’ai par­lé la semaine der­nière. Au pa­ri sur l’in­fra­struc­ture, l’équipe de Mi­guel Án­gel Man­ce­ra, le maire, semble pré­fé­rer ce­lui de la par­ti­ci­pa­tion ci­toyenne. Mais sans res­sources. L’in­ten­tion est su­perbe, mais in­suf­fi­sante. D’où la ques­tion : que fait la ville en termes d’in­fra­struc­ture in­for­ma­tique pour de­ve­nir « in­tel­li­gente »!? «!C’est exac­te­ment la ques­tion que je me suis po­sée quand je me suis ins­tal­lé à ce poste » , m’a ex­pli­qué Mar­co An­to­nio Qui­roz, qui est of­fi­ciel­le­ment di­rec­teur gé­né­ral de gou­ver­nance des TIC. En an­glais, on di­rait qu’il en est CTO, di­rec­teur de la tech­no­lo­gie. « Il qui compte 200!000 em­ployés mu­ni­ci­paux dis­per­sés entre plus de 100"di­vi­sions, di­rec­tions et dé­par­te­ments plus ou moins au­to­nomes. Une com­mis­sion réunis­sant tous les res­pon­sables des TIC a été créée. C’est de « gou­ver­nance » dont il est ques­tion, une pre­mière étape. Ce­la se ma­té­ria­lise par des pre­miers pro­jets concrets dans les­quels il est de­man­dé à chaque dé­par­te­ment d’adop­ter des cri­tères com­muns per­met­tant la me­sure et l’éva­lua­tion des ré­sul­tats. Les sec­teurs pri­vi­lé­giés sont la san­té, l’édu­ca­tion, la sé­cu­ri­té, la jus­tice et les fi­nances. Tout ça sur le mo­dèle de ville ouverte, en sui­vant la po­li­tique d’open da­ta. Deuxième étape : « Nous nous sommes ins­pi­rés de Bar­ce­lone, de Sin­ga­pour, de Ho­no­lu­lu et de Ha­novre, mais nous vou­lons dé­ve­lop­per un mo­dèle qui cor­res­ponde aux be­soins des ha­bi­tants de Mexi­co!» , ex­plique Qui­roz. Le pro­jet se­ra sou­mis à la consi­dé­ra­tion des ci­toyens, des en­tre­prises, des uni­ver­si­tés, etc. Reste la ques­tion de l’in­fra­struc­ture tech­no­lo­gique. Au­jourd’hui, per­sonne à Mexi­co ne semble avoir, par exemple, une vi­sion en temps réel de l’état de la cir­cu­la­tion et des trans­ports. Le sys­tème le plus dé­ve­lop­pé est ce­lui de la me­sure de la pol­lu­tion, qui doit être amé­lio­ré. En termes de sé­cu­ri­té, la ville, qui compte 7!000 ca­mé­ras pu­bliques, a l’in­ten­tion d’en ins­tal­ler 8!000 nou­velles et de cen­tra­li­ser les in­for­ma­tions. Quant aux pro­po­si­tions des grandes en­tre­prises, comme IBM ou Cis­co, « elles ont une vi­sion in­té­res­sante du point de vue de l’in­fra­struc­ture, ex­plique Qui­roz. Mais notre pla­te­forme est ex­trê­me­ment hé­té­ro­gène. Ce que nous de­man­dons, d’abord, c’est l’in­ter­opé­ra­bi­li­té, la pos­si­bi­li­té de faire com­mu­ni­quer des sys­tèmes exis­tants et très dif­fé­rents les uns des autres ». C’est donc de ra­tio­na­li­sa­tion dont il est ques­tion. Un ef­fort consi­dé­rable que Qui­roz et les siens abordent avec « un peu d’ar­gent » et une équipe de 35"per­sonnes. Son ho­mo­logue à Bue­nos Aires (lire page"19), compte sur 800"per­sonnes pour une ville dont la po­pu­la­tion est de moins d’un tiers de celle de Mexi­co. Voi­là com­ment se pose la ques­tion des « villes in­tel­li­gentes » à Mexi­co. Elle me semble as­sez proche des vrais pro­blèmes que se posent la plu­part des villes au­jourd’hui.

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