L’af­faire Snow­den dope le bu­si­ness du cloud

L’es­pion­nage à grande échelle pra­ti­qué par la NSA a ren­for­cé le be­soin en sé­cu­ri­té des grosses in­fra­struc­tures. Dans un en­tre­tien ex­clu­sif à La Tri­bune, Phi­lippe Van­nier, PDG de Bull, re­vient sur « l’ex­per­tise » du groupe in­for­ma­tique dans le do­maine, et

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR MI­CHEL CA­BI­ROL @MCABIROL @phma­bille

LA TRI­BUNE – Le plan stra­té­gique One Bull fixe-t-il un nou­veau cap ?

PHI­LIPPE VAN­NIER – BullWay et One Bull sont deux plans dans la conti­nui­té de la stra­té­gie de Bull. BullWay a po­sé les fon­da­tions né­ces­saires à l’exé­cu­tion de One Bull. Quelles sont ces fon­da­tions!? Nous avons dé­ve­lop­pé des ex­per­tises et ci­blé des dif­fé­ren­cia­teurs dans trois do­maines que nous es­ti­mons ma­jeurs : maî­trise des sys­tèmes de cal­culs com­plexes et des grosses in­fra­struc­tures, maî­trise des in­té­gra­tions lo­gi­cielles et maî­trise de la sé­cu­ri­té. Trois pi­liers es­sen­tiels sur les­quels nous al­lons nous ap­puyer pour exé­cu­ter notre plan One Bull, qui nous ouvre des op­por­tu­ni­tés très im­por­tantes. C’est pour ce­la que Bull est au­jourd’hui re­con­nu dans le do­maine du cloud. Nous avons si­gné les plus gros contrats en France en 2012 et en 2013, à l’image de ce­lui rem­por­té au­près d’EDF. C’est le dé­ploie­ment du plus im­por­tant cloud pri­vé de mes­sa­ge­rie au ni­veau mon­dial en tech­no­lo­gie Mi­cro­soft.

Qu’est-ce qui fait la dif­fé­rence ? Les su­per­cal­cu­la­teurs ?

Dans ce do­maine, Bull est ex­cep­tion­nel­le­ment bien pla­cé. Les su­per­cal­cu­la­teurs sont l’un des trois pi­liers né­ces­saires pour dis­po­ser d’une offre d’in­for­ma­tion et ser­vices fiable et cré­dible. Sur ces trois pi­liers, beau­coup de nos concur­rents ont une ex­per­tise, cer­tains peuvent en avoir deux, mais des en­tre­prises qui maî­trisent les trois ex­per­tises ab­so­lu­ment né­ces­saires pour oc­cu­per le mar­ché du cloud, je n’en connais pas beau­coup. En outre, cette ac­ti­vi­té est ren­table. C’est pour ce­la que Bull consacre beau­coup d’éner­gie dans la R&D. Non seule­ment les ventes de su­per­cal­cu­la­teurs sont pro­fi­tables, mais elles gé­nèrent éga­le­ment un chiffre d’af­faires sur des ac­ti­vi­tés an­nexes, comme la main­te­nance des grosses in­fra­struc­tures. 2013 a été une bonne an­née pour Bull dans le do­maine des su­per­cal­cu­la­teurs avec de nom­breuses ma­chines ven­dues dans plu­sieurs pays, en Eu­rope et hors d’Eu­rope.

Êtes-vous res­té en tête du clas­se­ment des ma­chines les plus puis­santes en 2013?

En 2012, sur les 20 pre­mières ma­chines, Bull s’était clas­sé au deuxième rang mon­dial. En 2013, nous ne sommes plus nu­mé­ro deux. Pour­quoi!? Il y a eu beau­coup d’in­ves­tis­se­ments pour des ma­chines à usage éta­tique aux États-Unis et en Chine, qui ont per­mis à des concur­rents de vendre des su­per­cal­cu­la­teurs qui se sont clas­sés dans les 20#pre­miers mon­diaux. En re­vanche, Bull s’est spé­cia­li­sé dans les ma­chines in­dus­trielles où le ren­de­ment est es­sen­tiel. Nous avons aus­si un vé­ri­table savoir-faire sur l’as­pect éner­gé­tique. Dans ce qu’on ap­pelle le «#Green IT#», Bull a réa­li­sé des ma­chines clas­sées par­mi les cinq pre­mières au monde en ma­tière d’ef­fi­ca­ci­té éner­gé­tique.

Avec l’af­faire Snow­den, quel est l’im­pact sur le dé­ve­lop­pe­ment du cloud?

Il y a clai­re­ment une prise de conscience des en­tre­prises sur la per­méa­bi­li­té des ré­seaux et la né­ces­si­té de ren­for­cer la sé­cu­ri­té as­so­ciée, que ce soit par rap­port à l’af­faire Snow­den ou au pi­ra­tage de don­nées in­for­ma­tiques comme celles des cartes ban­caires. Cette prise de conscience ren­force le be­soin en sé­cu­ri­té. Nous le res­sen­tons au­près de nos clients. Et je pense qu’elle est fi­na­le­ment un atout pour une mi­gra­tion vers le cloud. Avec l’ex­per­tise re­con­nue de Bull dans le do­maine des in­fra­struc­tures de cal­cul, des in­té­gra­tions de lo­gi­ciels com­plexes et de la sé­cu­ri­té, nous of­frons un sys­tème plus sûr à un client que s’il gar­dait son IT chez lui. Le cloud va lui per­mettre d’avoir un sys­tème plus sûr.

Dans ce contexte, la sé­cu­ri­té de­vien­telle un enjeu ma­jeur du cloud ?

C’est ef­fec­ti­ve­ment un sentiment de mar­ché. Nous avons des clients qui nous sol­li­citent beau­coup plus. Pas pour des mi­gra­tions vers le cloud pour faire des éco­no­mies, mais plu­tôt pour avoir plus de sé­cu­ri­té. Et ce n’est pour­tant pas dans ce do­maine de la sé­cu­ri­té que l’on at­ten­dait les atouts du cloud.

Faut-il ren­for­cer les clouds sou­ve­rains alors que les pays se­raient ten­tés par un re­pli na­tio­nal ?

Le cloud sou­ve­rain prend de plus en plus de poids, «#sou­ve­rain#» au sens «#eu­ro­péen#». Il faut une ré­gu­la­tion une di­rec­tive eu­ro­péenne qui har­mo­ni­se­ra les pra­tiques.

Com­ment al­lez-vous par­ve­nir à dou­bler votre marge opé­ra­tion­nelle (Ebit) ?

C’est un plan à quatre ans. À par­tir de la fin du pre­mier se­mestre 2016, nous de­vons être dans une dy­na­mique d’éco­no­mies de 30 mil­lions d’eu­ros réa­li­sées en rythme an­nuel. Mais ce­la ne suf­fi­ra pas à at­teindre un Ebit à 7!%. Bull va or­ga­ni­ser la sor­tie d’ac­ti­vi­tés qui sont di­lu­tives tout en se re­cen­trant vers les ac­ti­vi­tés les plus re­lu­tives et en se dé­ve­lop­pant sur les mar­chés pro­met­teurs. La sé­cu­ri­té, le cloud et le HPC [High per­for­mance com­pu­ting, ndlr] ont des taux de crois­sance im­por­tants. Le cloud a des taux moyens an­nuels de crois­sance sur les quatre ans de One Bull de 17!%, la sé­cu­ri­té de 9!%, le HPC de 8!%. Dans les usages, le big da­ta de­vrait avoir 27!% de crois­sance moyenne an­nuelle et le ma­chine-to-ma­chine, 30!%.

One Bull n’évoque pas la crois­sance ex­terne. Ex­cluez-vous les ac­qui­si­tions ?

Notre plan est ex­clu­si­ve­ment ba­sé sur la crois­sance or­ga­nique, à l’ex­cep­tion de quelques pe­tites ac­qui­si­tions tech­no­lo­giques qui pour­raient être né­ces­saires. Nous n’avons pas in­té­gré de mo­dèle de crois­sance ex­terne dans nos ré­sul­tats. Ce qui ne veut pas dire que l’on ex­clut les ac­qui­si­tions, mais nous ne les avons pas mo­dé­li­sées. Ce sont des op­por­tu­ni­tés que l’on sai­si­ra.

Le plan d’op­ti­mi­sa­tion de One Bull touche-t-il vos in­ves­tis­se­ments en Recherche & Tech­no­lo­gies et R&D?

J’ai tou­jours dit que j’avais une stra­té­gie de long terme. Les in­ves­tis­se­ments de Bull en ma­tière de R&T et R&D sont im­por­tants, de l’ordre de 6!% de notre chiffre d’af­faires de 1,3 mil­liard d’eu­ros. Nous avons pré­vu de main­te­nir ce vo­lume d’ac­ti­vi­tés. Bull a en­vi­ron 700#cher­cheurs et 1!900#bre­vets. De­puis 2010, avec le lan­ce­ment du plan BullWay, nous avons for­te­ment aug­men­té nos ef­forts de recherche de presque 50!% pour dé­ve­lop­per des pro­duits in­no­vants et en avance par rap­port à la concur­rence.

Avez-vous dé­jà des ef­fets po­si­tifs sur votre chiffre d’af­faires ?

Nous en avons dé­jà, no­tam­ment dans les sec­teurs HPC et sé­cu­ri­té, des sec­teurs qui ont un bon taux de crois­sance. Ce ne se­rait pas pos­sible sans cet ef­fort dans la R&D. Bull est un groupe in­dus­triel qui in­ves­tit pour son ave­nir. C’est es­sen­tiel pour nous. Je pense qu’une so­cié­té comme la nôtre se dif­fé­ren­cie par les tech­no­lo­gies qu’elle peut mettre en oeuvre. Ces tech­no­lo­gies de­mandent un cer­tain nombre d’ef­forts fi­nan­ciers pour res­ter le plus in­no­vant pos­sible et faire cette dif­fé­rence. Si vous ré­dui­sez cet ef­fort de R&D, vous met­tez en pé­ril l’ave­nir de l’en­tre­prise.

© FRAN­ÇOIS DABURON©BULL

Pour Phi­lippe Van­nier, PDG de Bull, in­ves­tir pour l’ave­nir, c’est in­ves­tir dans la R&D.

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