Jouer la carte de la «!se­nior éco­no­mie!»

La sil­ver éco­no­mie, celle des per­sonnes de plus de 75 ans, ne doit pas faire ou­blier celle des plus jeunes, les se­niors. Une source de crois­sance in­soup­çon­née, si l’on sait la mettre en va­leur.

La Tribune Hebdomadaire - - VISIONS -

Nous vi­vons un mo­ment presque mer­veilleux. Presque. Le vieillis­se­ment n’est plus vé­cu comme une ma­la­die hon­teuse à mas­quer sous le ta­pis d’une so­cié­té at­teinte de jeu­nisme. Tout à coup la vieillesse de­vient fré­né­sie, in­no­va­tion, su­jet de plans éta­tiques. En­fin le des­tin des hommes du pas­sé par­ti­cipe à l’ave­nir de notre éco­no­mie. En­fin nous al­lons faire bé­né­fi­cier nos aînés des meilleures in­no­va­tions plu­tôt que de les lais­ser au fond de la frac­ture tech­no­lo­gique, et conju­guer confort des plus âgés et crois­sance éco­no­mique de ceux qui le leur pro­curent. Le gou­ver­ne­ment s’en sou­cie. Anne Lau­ver­geon a eu l’in­tel­li­gence de comp­ter ce sec­teur au rang des sept prio­ri­tés qu’elle a fixées à nos in­ves­tis­se­ments d’ave­nir. Tout semble donc au rose fixe. Pour­tant nous avons col­lec­ti­ve­ment ou­blié ce qui pour­rait consti­tuer une ré­serve aus­si im­por­tante que le gaz de schiste. Nous avons sau­té une étape, dé­ci­sive, en pas­sant à la sil­ver éco­no­mie, et en sau­tant celle, de plus en plus im­por­tante, des se­niors. La se­nior éco­no­mie nous tend en ef­fet les bras. En­la­çons-la dans le pro­gramme gou­ver­ne­men­tal. Com­ment dé­li­mi­ter la fron­tière – si tant est que ce­la ait un in­té­rêt – entre ces deux éco­no­mies"? La sil­ver éco­no­mie prend la vieillesse comme une source d’ex­ci­ta­tion neu­ro­nale pour tous les in­no­va­teurs, les in­ven­teurs et ap­por­teurs de ser­vices# : tous ceux qui peuvent, par leur pres­ta­tion de sur­veillance, d’as­sis­tance, d’au­to­ré­gu­la­tion, d’au­to­ma­ti­sa­tion, ap­por­ter une amé­lio­ra­tion de la san­té, du contrôle, de la vie quo­ti­dienne de ceux qui, après 75#ans, sont consi­dé­rés comme po­ten­tiel­le­ment dé­pen­dants ou pré­dé­pen­dants. UN VASTE MAR­CHÉ DE SER­VICES À IN­VEN­TER C’est es­sen­tiel, car c’est un mar­ché à l’ave­nir as­su­ré, à tel point que le terme de «#Gold éco­no­mie#» se­rait plus adap­té, tant le mar­ché, s’il est ga­ran­ti, est ju­teux. Or c’est là tout le pro­blème, car les coûts vont sans doute mon­ter et les moyens, sans au­cun doute, bais­ser. C’est ici qu’in­ter­vient la se­nior éco­no­mie#: elle est à la fois un sup­plé­ment de crois­sance pour l’éco­no­mie en gé­né­ral, et le moyen pri­vi­lé­gié de fi­nan­cer la sil­ver éco­no­mie. La se­nior éco­no­mie s’ali­mente au dé­sir de vivre des se­niors, un dé­sir de vivre qui est un dé­sir de créer, d’in­no­ver, de par­ti­ci­per à la crois­sance, de faire par­ti­ci­per la so­cié­té à ce que savent les se­niors, leurs connais­sances bien sûr, leur ex­pé­rience plus en­core. Cette se­nior éco­no­mie est une réa­li­té, et on ne la voit pas"! Elle est ren­table et en constante ex­pan­sion. L’es­sen­tiel de la crois­sance des achats sur Internet vient ain­si des se­niors. Leur temps libre et leurs moyens en­core consé­quents en font des consom­ma­teurs prêts à tes­ter de nou­veaux ser­vices. Plus en­core, leur san­té et leur en­vie de res­ter dans la so­cié­té en font de par­faits can­di­dats à tous les ser­vices per­met­tant de per­pé­tuer un lien so­cial bri­sé par un ar­rêt pré­ma­tu­ré de leur ac­ti­vi­té pro­fes­sion­nelle. Cette po­pu­la­tion dans les star­ting-blocks de la consom­ma­tion de­mande une plus forte pro­po­si­tion de ser­vices par des jeunes qui se concentren­t pour­tant ex­clu­si­ve­ment sur les ap­pli­ca­tions consom­mées prin­ci­pa­le­ment par leur classe d’âge, do­tée d’un pou­voir de consom­ma­tion bien in­fé­rieur. Les se­niors pour­raient être em­ployés par ces créa­teurs de ser­vices et pro­duits. En ef­fet quoi de mieux que d’em­bau­cher une per­sonne qui re­pré­sente les at­tentes du mar­ché"? Un se­nior sau­ra mieux que qui­conque ce que pour­ront consom­mer ses al­ter ego. Il y a donc un mar­ché, des ser­vices à in­ven­ter et une source d’em­bauche pour les se­niors. Pour­quoi ne pas sus­ci­ter le même en­goue­ment que ce­lui in­jec­té dans la sil­ver éco­no­mie"? UNE GRANDE CAUSE ÉCO­NO­MIQUE NA­TIO­NALE Sur­tout, la se­nior éco­no­mie, c’est plus que ja­mais le main­tien dans la vie éco­no­mique, de ceux qui quittent, à marche for­cée, sou­vent désa­bu­sés et dé­mo­ti­vés, les grands groupes qui hier les consi­dé­raient comme leurs stars. At­ti­rés par la pers­pec­tive d’un chèque au­tant que par le re­fus de postes dé­pri­mants car vi­dés de sens, ils partent, mais le re­grettent une fois la pre­mière semaine pas­sée. Plus de réunions, de ren­contres, de lien so­cial, de réseau, de chal­lenge, de rythme quo­ti­dien, de sti­mu­la­tion in­tel­lec­tuelle. Car le se­nior d’au­jourd’hui est en­core vert à 65# ans et à peine orange à 70. Ce n’est plus ce­lui qui ali­men­tait les wa­gons de la pré­re­traite dans les an­nées 1980. Com­ment lais­ser ce gâ­chis se pro­duire sous nos yeux, à un mo­ment où nous avons tant be­soin de crois­sance, de consom­ma­tion, de lien so­cial"? Les se­niors sont l’el­do­ra­do des PME et les PME doivent de­ve­nir des ETI.

Com­ment une PME de­vient-elle une ETI"?

Par une in­jec­tion mas­sive de com­pé­tences ex­pé­ri­men­tées.

Que fait une PME qui de­vient une ETI"?

Elle em­bauche des jeunes. En clair, une in­jec­tion mas­sive de se­niors dans les veines de l’éco­no­mie des PME leur ap­por­te­rait la trans­fu­sion, l’hor­mone de crois­sance qui pour­rait en moins de dix# ans tri­pler notre nombre d’ETI en créant des cen­taines de mil­liers d’em­plois pour nos jeunes. Ces jeunes désa­bu­sés, qui em­pilent le déses­poir ou quittent notre pays, c’est une hé­mo­phi­lie que nous lais­sons s’ac­com­plir. Nous avons l’or entre les mains et les ou­tils pour le trai­ter# : les PME. Qu’at­ten­dons-nous pour ré­agir"? Il faut dé­cla­rer la se­nior éco­no­mie grande cause na­tio­nale. Réunir l’État, les grands groupes et les PME afin de dé­tec­ter les se­niors prêts à conti­nuer le com­bat, créer les condi­tions, en amont de leur dé­part, de leur pré­pa­ra­tion, for­ma­tion et ac­com­pa­gne­ment. Créer un mar­ché de l’em­ploi des se­niors dans les PME no­tam­ment, en flui­di­fiant les condi­tions de leur em­bauche dans nos en­tre­prises et en sen­si­bi­li­sant leurs di­ri­geants à l’em­bauche se­nior. En­vi­sa­ger cette or­ga- ni­sa­tion comme un moyen de vaincre le chô­mage de longue du­rée des se­niors, no­tam­ment chez les cadres. UN AP­PEL À DES ÉTATS GÉ­NÉ­RAUX En­fin, il faut do­per tous les ac­teurs qui peuvent con­tri­buer à por­ter les se­niors dans leur ac­ti­vi­té éco­no­mique au­près des PME ou les mo­da­li­tés de leur exé­cu­tion. Au­toen­tre­pre­neu­riat, por­tage sa­la­rial no­tam­ment. Ce­ci veut dire qu’il faut mettre à plat les condi­tions d’exer­cice de leur ac­ti­vi­té dans la PME. No­tam­ment en termes de droit du tra­vail et de fis­ca­li­té et charges so­ciales. Les se­niors ac­cep­te­ront de tro­quer qua­li­té de vie contre sa­laire moins éle­vé, certes. Mais il faut alors les ai­der à être ré­mu­né­rés au­tre­ment qu’en ar­gent. En ca­pi­tal so­cial no­tam­ment. Et pour ce­la la fis­ca­li­té sur les plus-va­lues de­vra à nou­veau être re­vue afin de prendre en compte cette op­por­tu­ni­té au re­gard du bé­né­fice que la so­cié­té et les caisses de l’état en­cais­se­ront par un af­flux d’ETI conqué­rantes et bé­né­fi­ciaires. Nous ap­pe­lons donc à des États Gé­né­raux de la se­nior éco­no­mie, afin de faire du concept de Contrat de gé­né­ra­tion un fon­da­men­tal de la réus­site d’un pays à la recherche d’un nou­veau souffle. Un pays qui en réunis­sant les gé­né­ra­tions au­tour de la réus­site de l’en­tre­prise, re­don­ne­ra un sens de ce qu’un ave­nir com­mun re­pré­sente pour l’éco­no­mie et pour nos vies quo­ti­diennes. Deux gé­né­ra­tions sur un même ber­ceau et nous au­rons de beaux en­fants dans ce pays. Des en­fants unis et so­li­daires. La se­nior et la sil­ver éco­no­mies fon­de­ront ain­si la seule et vraie «#Gold éco­no­mie#», celle qui en­gen­dre­ra nos nou­velles pé­pites. La chasse à l’or gris doit être ouverte"!#

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