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À Bordes, le site de Tur­bo­me­ca, fi­liale du groupe Sa­fran, pré­fi­gure un mo­dèle fran­çais de l’usine de l’ave­nir.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

L’usine

de Tur­bo­me­ca, à Bordes, (Py­ré­nées-At­lan­tiques), à une di­zaine de ki­lo­mètres de Pau, est le ber­ceau du leader mon­dial des tur­bines d’hé­li­co­ptère. «!C’est aus­si le ber­ceau de l’usine du fu­tur!», lance Alain Rous­set, le pré­sident de la ré­gion Aqui­taine, qui dit avoir souf­flé l’idée à Fran­çois Hollande en s’ap­puyant sur le suc­cès de cette nou­velle usine inau­gu­rée le 22"juin 2010 par Ni­co­las Sar­ko­zy… «!Tur­bo­me­ca a vu la pro­duc­ti­vi­té du site aug­men­ter de 50"%!», sou­ligne l’élu so­cia­liste. Une usine ul­tra-per­for­mante, qui n’au­rait peut-être pas vu le jour ici sans l’aide des col­lec­ti­vi­tés lo­cales. Mais, l’en­jeu était de taille. Il s’agis­sait de main­te­nir cette fi­liale de Sa­fran et plus de 2#500 em­plois dans le Béarn. Construit en 1942, le site de Tur­bo­me­ca à Bordes s’est agran­di au fur et à me­sure du dé­ve­lop­pe­ment de l’en­tre­prise, «!mais sans pers­pec­tive in­dus­trielle, sans vi­sion d’en­semble, re­grette Laurent Ma­zoué, l’ac­tuel di­rec­teur de l’usine. Nous en étions ar­ri­vés au point où une pièce pas­sait plus de temps à être trans­por­tée d’un poste à un autre, plu­tôt qu’à être trans­for­mée…!» , ex­plique-t-il. En outre, les lo­caux n’étaient même plus aux normes d’hy­giène et de sé­cu­ri­té. Autre pro­blème de taille, ce­la en­traî­nait un cloi­son­ne­ment entre les ser­vices. «!Il au­ra fal­lu un cer­tain nombre d’an­nées pour que cette usine émerge!» , rap­pelle Fran­çois Pel­le­rin, le di­rec­teur du site à l’époque, qui pi­lote au­jourd’hui le pro­jet «"Usine du fu­tur"» pour le con­seil ré­gio­nal d’Aqui­taine. La ré­flexion a été en­ta­mée au dé­but des an­nées 2000. Mais sa construc­tion, à 800 mètres du site his­to­rique, a débuté au prin­temps 2007 et a été ache­vée en sep­tembre"2009. Sym­bo­li­que­ment, elle porte le nom Jo­seph Szyd­lows­ki, fon­da­teur de Tur­bo­me­ca. «!Au to­tal, c’est un in­ves­tis­se­ment de 100!mil­lions d’eu­ros, soit 10"% du chiffre d’af­faires de Tur­bo­me­ca!» , pré­cise Laurent Ma­zoué. Mais, il faut dire que l’en­tre­prise fa­brique à Bordes au moins 600 des 1#000 mo­teurs conçus chaque an­née par le groupe dans le monde. Les col­lec­ti­vi­tés ré­gio­nales ont lar­ge­ment contri­bué à l’ef­fort fi­nan­cier pour re­cons­truire l’usine": 11"mil­lions de la ré­gion Aqui­taine et 4" mil­lions du con­seil gé­né­ral des Py­ré­nées-At­lan­tiques. Par ailleurs, 38"mil­lions d’eu­ros de sub­ven­tions pu­bliques ont été in­ves­tis sur les bâ­ti­ments an­nexes de la zone in­dus­trielle, Ae­ro­po­lis, avec un centre de for­ma­tion in­ter­en­tre­prises, un hô­tel d’en­tre­prise pour sous-trai­tants, un res­tau­rant in­ter­en­tre­prises, une crèche in­ter­com­mu­nale… Le chal­lenge était de taille. Il a fal­lu construire cette usine de 42#000"m², dé­pla­cer plus d’un mil­lier de per­sonnes et 450 ma­chines, sans avoir d'in­ci­dence sur la pro­duc­tion de Tur­bo­me­ca et «!sans re­tard pour les clients!», sou­ligne Laurent Ma­zoué. À cet ef­fet, une équipe spé­ciale a été mis­sion­née pour or­ga­ni­ser au quo­ti­dien le mou­ve­ment des ma­chines dans l’usine. Plu­sieurs scé­na­rios ont été ima­gi­nés afin de pré­voir l’in­dis­po­ni­bi­li­té de celles-ci et an­ti­ci­per le stock sup­plé­men­taire à pro­duire. «!La clé aus­si, c’est d’avoir im­pli­qué très tôt les sa­la­riés dans le pro­jet à tra­vers des vi­sites de chan­tier!», com­plète Bet­ti­na Frey, di­rec­trice de la com­mu­ni­ca­tion de Tur­bo­me­ca. Mais, le dé­fi en va­lait lar­ge­ment la peine. Ce site high-tech et la nou­velle ap­proche or­ga­ni­sa­tion­nelle ont per­mis des gains de pro­duc­ti­vi­té de 50#%#! «! L’an­cienne usine était or­ga­ni­sée en mé­tiers. Main­te­nant, tout est en ligne de pro­duits, en centre de com­pé­tences au­tour de fa­milles de pièces pour fa­bri­quer dans les meilleurs dé­lais! » , ex­plique Laurent Ma­zoué. «!Ain­si, s’il y a des an­nu­la­tions de com­mandes, on peut fa­bri­quer plus vite et l’im­pact sur les stocks est moindre!» , ana­lyse Fran­çois Pel­le­rin. Tout a été pen­sé pour ré­duire le temps d’im­mo­bi­li­sa­tion des ma­chines.

UN CYCLE DE PRO­DUC­TION DÉ­JÀ DI­VI­SÉ PAR DEUX

En outre, «!cette nou­velle usine fa­vo­rise le travail col­la­bo­ra­tif et rap­proche la di­rec­tion des études des opé­ra­teurs qui fa­briquent les pièces, ce qui évite les in­com­pré­hen­sions entre ser­vices!» , me­til en avant. Pa­ral­lè­le­ment, 25"mil­lions d’eu­ros ont été in­ves­tis en trois ans dans de nou­velles ma­chines pour da­van­tage ga­gner en pro­duc­ti­vi­té. «!On es­saie de ne pas rem­pla­cer les ma­chines pour des rai­sons d’ob­so­les­cence!» , pré­cise-t-il. Au fi­nal, le ré­sul­tat parle de lui­même": «!Nous avons di­vi­sé par deux le cycle de pro­duc­tion! », se ré­jouit Laurent Ma­zoué. Se­lon lui, le cycle de pro­duc­tion peut être en­core abais­sé de 30#%, tout en amé­lio­rant conti­nuel­le­ment la qua­li­té. Car, «!dans nos mé­tiers, on ne peut pas prendre de risques!» , in­siste-t-il. À cet égard, le lean ma­na­ge­ment, ins­pi­ré de Toyo­ta, a été mis en place. Il s’agit d’im­pli­quer l’en­semble des opé­ra­teurs dans le contrôle visuel des pièces, de trai­ter les ano­ma­lies au plus près et de les dé­tec­ter au plus vite. Mais aus­si d’écou­ter les pro­po­si­tions des sa­la­riés pour ré­soudre des pro­blèmes et «"li­bé­rer"» des éner­gies. «!Notre che­val de ba­taille, c’est le gas­pillage et de le faire ap­pa­raître aux yeux de tous!» , sou­ligne-t-il. Tur­bo­me­ca a été beau­coup plus loin en re­pen­sant même son or­ga­ni­sa­tion avec ses sous-trai­tants afin de li­mi­ter les flux en­trants et sor­tants de pièces. «!Les clés de ce suc­cès, c’est une vi­sion in­dus­trielle claire, une or­ga­ni­sa­tion pro­jet bien ro­dée et d’im­pli­quer au plus tôt le per­son­nel, voire les col­lec­ti­vi­tés lo­cales! » , ré­sume Laurent Ma­zoué. Tout ce­ci a per­mis de main­te­nir les ef­fec­tifs à 2#600 per­sonnes. L’usine a re­trou­vé un se­cond souffle. Cette an­née, 50 cadres et 50"non-cadres ont été re­cru­tés. «!Cette re­cons­truc­tion était un mes­sage fort té­moi­gnant de la vo­lon­té de pé­ren­ni­ser nos sites dans le Su­dOuest!» , avance le di­rec­teur de l’usine. Au­jourd’hui, l’ex­pé­rience de Tur­bo­me­ca à Bordes fait donc fi­gure de mo­dèle au sein du groupe Sa­fran. Les mêmes mé­thodes ont été uti­li­sées pour le trans­fert en 2011 du site de Mé­zières-sur-Seine vers Bu­che­lay, tou­jours dans les Yve­lines. «! Une par­tie de l’équipe pro­jet de Tur­bo­me­ca a même été en­voyée sur place!» , in­dique Laurent Ma­zoué. Dé­sor­mais, c’est un site voi­sin, Tur­bo­me­ca à Tar­nos, dans les Landes, qui se pré­pare à ce grand chan­ge­ment.

Un tech­ni­cien contrô­lant les élé­ments d'une tur­bine d'hé­li­co­ptère, dont Tur­bo­me­ca est le leader mon­dial. © ÉTIENNE FOL­LET VI­SUELS

© ÉTIENNE FOL­LET VI­SUELS

La nou­velle usine et siège so­cial de Tur­bo­me­ca, à Bordes (Py­ré­néesAt­lan­tiques).

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