Ce­ci n’est pas un musée «!ima­gi­naire »

La Tribune Hebdomadaire - - TENDANCES -

Mal­raux l’avait pres­sen­ti. «! J’appelle Musée Ima­gi­naire la to­ta­li­té de ce que les gens peuvent connaître au­jourd’hui même en n’étant pas dans un musée, c’est-à-dire ce qu’ils connaissen­t par la re­pro­duc­tion, par les bi­blio­thèques.!» Ce «!musée ima­gi­naire!», In­ter­net l’a ren­du réa­li­té. La nu­mé­ri­sa­tion des oeuvres du patrimoine est en marche et ne s’ar­rê­te­ra pas. Les mu­sées s’y mettent tous, de­puis l’im­pul­sion don­née par les grands, comme le MoMa de New York et le Louvre. Le sec­teur privé s’y in­té­resse aus­si. Das­sault Sys­tèmes a fait de la py­ra­mide de Gi­zeh et de l’his­toire de Pa­ris un la­bo­ra­toire de sa tech­no­lo­gie 3D. Et, avec son Google Art Pro­ject, qui pro­pose dé­jà 57"000!oeuvres en haute dé­fi­ni­tion is­sues de 400 ins­ti­tu­tions (lire pages!18-19), le géant du Net se voit de­ve­nir la «!Grande bi­blio­thèque de tous les sa­voirs de l’hu­ma­ni­té!». Gra­tui­te­ment"? Oui, pour l’ins­tant du moins, mais dans ce monde, rien n’est ja­mais to­ta­le­ment gratuit. Avec l’ac­cès à la culture vient l’ac­cès à ceux qui la consomment, ce qui a au­jourd’hui une va­leur consi­dé­rable dans la ba­taille mon­diale pour les don­nées per­son­nelles. C’est que le po­ten­tiel offert par la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique dans le do­maine cultu­rel, dans le contexte d’une so­cié­té de loi­sirs de masse, est gi­gan­tesque. De nou­veaux modes de consom­ma­tion émergent. On n’achète plus de pro­duits cultu­rels, on s’y abonne, comme on le voit dans la mu­sique, le ci­né­ma. Dans son es­sai, L’Âge de l’ac­cès, Je­re­my Rif­kin, le pen­seur de la «!troi­sième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle!», sou­ligne ce pas­sage d’une éco­no­mie de mar­ché à une éco­no­mie de ré­seaux. Le pou­voir se dé­place vers ceux qui pos­sèdent les ré­seaux ou y donnent ac­cès, que ce soit par un mo­dèle gratuit fi­nan­cé par la pu­bli­ci­té ou payant, par abon­ne­ment. Et l’art, dans tout ce­la"? Sa ré­vo­lu­tion di­gi­tale est plu­tôt une bonne nou­velle, car avec l’égal ac­cès de tous à la culture, l’édu­ca­tion ar­tis­tique se dé­mo­cra­tise. On peut s’in­for­mer en ligne, pré­pa­rer une vi­site tout en ré­ser­vant sa place. De nou­velles tech­no­lo­gies font leur ap­pa­ri­tion!: vi­sites vir­tuelles et réa­li­té aug­men­tée, à l’image du châ­teau de Fa­laise de Guillaume le Conqué­rant, en Nor­man­die (lire page!5) où pa­rents et en­fants peuvent jouer à une chasse au tré­sor sur ta­blette"; de­main sans doute, d’autres ou­tils en­core plus per­for­mants vont en­core plus en­ri­chir l’ex­pé­rience mu­séale (lu­nettes, casques…). La grotte de Las­caux ne se vi­site plus de­puis l’époque de nos pa­rents, mais on peut la vi­si­ter de fa­çon vir­tuelle, d’un clic. Une nou­velle mé­dia­tion cultu­relle ap­pa- raît, y com­pris dans le monde marchand. La vente d’art sur In­ter­net ex­plose!: Ama­zon et eBay concur­rencent So­the­by’s et Ch­ris­tie’s. Les ga­le­ries d’art re­trouvent une vi­si­bi­li­té, le Net fai­sant ex­plo­ser les fron­tières. Le mar­ché de «!l’ArtNet!» de­vient vrai­ment mon­dial. L’or­di­na­teur connec­té, quel que soit le sup­port, de­vient un mé­dia cultu­rel, qui dés­in­ter­mé­die et met le vi­si­teur-spec­ta­teur au centre du jeu. L’homme, là aus­si, se­ra rem­pla­cé par le ro­bot. Mais il fau­dra, pour bien long­temps en­core, des hommes et des femmes de culture pour conce­voir ces nou­velles ap­pli­ca­tions et ces nou­veaux usages. Sur­tout, la pra­tique change, mais pas l’es­thé­tique. Dans le musée de 2050 (lire pages!24 et!25), on conti­nue­ra de se dé­pla­cer pour avoir un contact phy­sique avec les oeuvres d’art. Une ex­pé­rience ir­rem­pla­çable, mais qui se­ra plus lu­dique, in­te­rac­tive et par­ti­ci­pa­tive.

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