Le MoMA de New York joue la carte de l’in­te­rac­ti­vi­té

La Tribune Hebdomadaire - - MÉTROPOLES -

Dé­but fé­vrier! 2014, le musée d’art mo­derne de la ville de New York a an­non­cé la créa­tion d’une di­rec­tion de la stra­té­gie et des conte­nus nu­mé­riques, confiée à Fio­na Ro­meo. Le constat"? Très clair!: à une époque où le nu­mé­rique est de plus en plus om­ni­pré­sent, il est de­ve­nu in­dis­pen­sable de ren­for­cer les liens entre le pu­blic et les plates-formes nu­mé­riques, afin d’amé­lio­rer l’ex­pé­rience des vi­si­teurs et de ren­for­cer les liens tis­sés avec eux. Bref, il faut faire en­trer les mu­sées dans… le ##$ !siècle, une époque où l’art, la culture et les nou­velles tech­no­lo­gies ne sont plus cloî­trés entre quatre murs. Glenn Lo­wry, le di­rec­teur du MoMA, ne s’y est d’ailleurs pas trom­pé, car si « !en­vi­ron 3!mil­lions de per­sonnes vi­sitent le musée chaque an­née, 43!mil­lions de per­sonnes sont en re­la­tion avec la ga­laxie nu­mé­rique du MoMA!»… Pour au­tant, le bon vieil au­dio­guide –!l’une des pre­mières in­no­va­tions tech­no­lo­giques à en­trer dans les mu­sées – n’est pas près de dis­pa­raître. Ap­pa­ru en 1952, lors de l’ex­po­si­tion «!Ver­meer, vrai ou faux!», au musée Stedelijk, à Am­ster­dam, cet ou­til peut sembler au­jourd’hui ar­chaïque au re­gard des nou­velles tech­no­lo­gies. Il a sim­ple­ment be­soin de se ré­in­ven­ter, comme il a dé­jà su le faire par le pas­sé. Dans les an­nées!1960, par exemple, la Smith­so­nian Ins­ti­tu­tion avait mis au point un au­dio­guide mo­du­lable, ca­pable de ré­pondre aux at­tentes de ses vi­si­teurs, à leur di­ver­si­té et à leur éclec­tisme!: il leur pro­po­sait plu­sieurs par­cours pour la même ex­po­si­tion, cha­cun ayant un style dif­fé­rent. En 1973, le Milwaukee Pu­blic Mu­seum avait ten­té d’al­ler un peu plus loin, avec des au­dio­guides in­ter­ac­tifs. Le ré­cit au­dio qui ac­com­pa­gnait l’ex­po­si­tion se cou­pait brus­que­ment si le vi­si­teur ne ré­pon­dait pas cor­rec­te­ment à la ques­tion qui lui était po­sée. La lec­ture du ré­cit re­pre­nait une fois la bonne ré­ponse co­chée dans un lec­teur de cartes per­fo­rées… DU VIEIL AU­DIO­GUIDE À L’iPOD IN­TER­AC­TIF Si l’ac­tuelle stra­té­gie nu­mé­rique du MoMA est bien moins ri­gide, le but reste le même!: amé­lio­rer la fa­çon dont les col­lec­tions sont pré­sen­tées, ex­plo­rées et ap­pré­hen­dées. Tout en met­tant à con­tri­bu­tion le vi­si­teur et en le fai­sant par­ti­ci­per. Ré­cem­ment, le musée a ain­si lan­cé le pro­gramme MoMA Au­dio+, afin de re­don­ner un sé­rieux coup de jeune au vieil au­dio­guide. Le musée prête ain­si des iPod qui per­mettent une in­te­rac­ti­vi­té ac­crue, un ser­vice de géo­lo­ca­li­sa­tion et une pos­si­bi­li­té de par­tage de conte­nus via cour­riels ou ré­seaux so­ciaux. À l’heure ac­tuelle, le musée tra­vaille à la trans­for­ma­tion de ce pro­to­type en ap­pli­ca­tion té­lé­char­geable sur smart­phone. Lors du lan­ce­ment du MoMA Au­dio+, Glenn Lo­wry ex­pli­quait! : «! Le guide de vi­site a main­te­nant évo­lué vers un ou­til plus per­son­nel et plus fluide que nous sommes fiers de mettre à dis­po­si­tion de nos mil­lions de vi­si­teurs. En ac­cord avec notre mis­sion d’ai­der le plus grand nombre à com­prendre et ap­pré­cier l’art mo­derne et contem­po­rain, le guide Au­dio+ s’adapte aux be­soins et au pro­fil des vi­si­teurs. Il est as­so­cié avec une connais­sance crois­sante de l’en­vi­ron­ne­ment nu­mé­rique et des pra­tiques des uti­li­sa­teurs.!» La nou­velle di­rec­trice de la stra­té­gie et des conte­nus nu­mé­riques, Fio­na Ro­meo, est dé­sor­mais char­gée de su­per­vi­ser les in­no­va­tions, les col­lec­tions en ligne, les ou­tils nu­mé­riques, ain­si que les ap­pli­ca­tions mo­biles du musée. Ce qu’elle n’au­ra guère de dif­fi­cul­té à faire, étant de­puis long­temps une fan de l’ins­ti­tu­tion!: «!Le MoMA a tou­jours été ma pre­mière étape lors de mes vi­sites à New York… c’est la meilleure col­lec­tion d’art contem­po­rain au monde!» , avait-elle as­su­ré, lors de sa no­mi­na­tion, avec la foi du char­bon­nier. Fio­na Ro­meo n’est pas peu fière de la «!pro­vo­ca­tion!» dont fait preuve le MoMA avec ses ac­qui­si­tions d’art nu­mé­rique. Comme lorsque le musée a vou­lu mon­trer que les jeux vi­déo sont une forme de de­si­gn et d’art. Ces in­no­va­tions sont-elles ce­pen­dant en phase avec ce qu’at­tend vrai­ment le grand pu­blic d’un musée"? Les plus scep­tiques re­lè­ve­ront le mot «!pro­vo­ca­tion!» uti­li­sé par Fio­na Ro­meo. D’autres, ceux qui ne sont pas cou­tu­miers des nou­velles tech­no­lo­gies nu­mé­riques, pourraient les consi­dé­rer comme de simples et éphé­mères gad­gets par rap­port à ce qu’ils ont l’ha­bi­tude de voir. Par ailleurs, les ini­tia­tives comme le Google Art Pro­ject donnent à l’in­ter­naute un ac­cès nu­mé­rique aux col­lec­tions des mu­sées. Le vi­si­teur peut alors zoo­mer sur des images com­po­sées de 7!milliards de pixels et ain­si dé­cou­vrir mil­li­mètre par mil­li­mètre les moindres dé­tails et coups de pin­ceau, in­vi- sibles à l’oeil nu. Notre re­la­tion aux oeuvres s’en trouve par consé­quent chan­gée et, au­jourd’hui, beau­coup re­chignent à l’idée de voir de l’art dans ce for­mat. RES­TER PROCHE DE L’EX­PÉ­RIENCE PHY­SIQUE La stra­té­gie nu­mé­rique du MoMA a deux vo­lets. Dans le pre­mier, son ap­proche est très peu ré­vo­lu­tion­naire et s’at­tache à res­pec­ter l’échelle hu­maine. C’est peut-être là l’un de ses secrets!: sa bonne ré­pu­ta­tion en ma­tière tech­no­lo­gique vient sans doute des in­no­va­tions pro­po­sées, ja­mais bru­tales, tou­jours na­tu­relles. Un exemple"? Il est bien sûr pos­sible de vi­si­ter en ligne les ex­po­si­tions du MoMA, mais les pièces ne sont pas pré­sen­tées vir­tuel­le­ment comme elles le sont sur les murs du musée!: un for­mat adap­té est choi­si pour la pré­sen­ta­tion de cha­cune d’elle. De la sorte, on se rap­proche da­van­tage du ca­ta­logue tra­di­tion­nel que d’une plate-forme nu­mé­rique com­plexe à uti­li­ser et dont le for­mat ne cor­res­pond pas à une utilisatio­n do­mes­tique. Dans la même veine, l’ap­pli­ca­tion du musée se veut ré­so­lu­ment pra­tique et ac­ces­sible. Elle est gra­tuite, mais ce n’est pas autre chose que la ver­sion nu­mé­ri­sée des clas­siques pros­pec­tus et cartes du musée. Au­tre­ment dit, l’ex­pé­rience nu­mé­rique pro­po­sée par le musée reste liée à l’ex­pé­rience phy­sique du vi­si­teur, sans pour au­tant créer de re­don­dance. Les ini­tia­tives nu­mé­riques viennent donc en com­plé­ment de l’ex­po­si­tion elle-même pour la rendre plus ac­ces­sible, plus com­pré­hen­sible tout en lui don­nant une pré­sence –!et une au­dience – sur In­ter­net. Ce que Fio­na Ro­meo appelle «!re­lier les ex­pé­riences phy­siques et nu­mé­riques entre elles!» . Son cre­do. Le se­cond vo­let de la stra­té­gie nu­mé­rique du MoMA concerne les oeuvres elles-mêmes!: au lieu d’es­sayer de nu­mé­ri­ser les pièces phy­siques, l’ins­ti­tu­tion a com­men­cé une col­lec­tion per­ma­nente d’art nu­mé­rique. Les ac­qui­si­tions les plus ré­centes en la ma­tière font état de 14!jeux vi­déos et 23!oeuvres nu­mé­riques. Là en­core, ces en­trées dans les col­lec­tions per­ma­nentes res­tent en phase avec notre quo­ti­dien. Le MoMA met de cô­té le sens pra­tique et fonc­tion­nel du nu­mé­rique et hisse ce der­nier au rang d’oeuvre d’art. Il ex­plore ain­si le po­ten­tiel ar­tis­tique de ces nou­veaux mé­dias. En réa­li­té, l’ap­proche la plus ré­vo­lu­tion­naire qu’a eu le MoMA n’est pas tant dans les ou­tils et les tech­no­lo­gies uti­li­sés, que dans sa ca­pa­ci­té à créer un dia­logue et à sti­mu­ler son pu­blic. À notre époque, ce­lui-ci veut par­ti­ci­per, ré­pondre et par­ta­ger son ex­pé­rience mu­séale. Or, c’est pré­ci­sé­ment pour ré­pondre à ces at­tentes que le MoMA uti­lise le nu­mé­rique.!

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