MIEUX RES­PI­RER EN VILLE

La France risque de payer une forte amende à l’Union eu­ro­péenne pour non-res­pect de la ré­gle­men­ta­tion sur la qua­li­té de l’air. En cause, les par­ti­cules fines des véhicules die­sel. Pa­no­ra­ma des so­lu­tions en­vi­sa­gées pour di­mi­nuer la pol­lu­tion en ré­gu­lant mi

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - PAR ERICK HAEHNSEN ET ÉLIANE KAN @Eri­ckHaehn­sen @Elia­neKan

Di­mi­nuer la pol­lu­tion en ré­gu­lant le tra­fic, un dé­fi re­le­vé par les in­no­va­tions tech­no­lo­giques.

Asthme, bron­chites ch­ro­niques, can­cers, AVC… l’at­mo­sphère ur­baine est tel­le­ment pol­luée que le Centre in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur le can­cer (Circ) l’a clas­sée comme étant « can­cé­ro­gène pour l’homme ». Prin­ci­paux ac­cu­sés : les ef­fluents des mo­teurs die­sel et leurs mi­cro­par­ti­cules. 100000 dé­cès et 725000 an­nées de vie per­dues par an sont im­pu­tables aux par­ti­cules fines en Eu­rope, se­lon le rap­port « Clean Air for Eu­rope », ré­di­gé en 2005 pour le compte de la Com­mis­sion eu­ro­péenne. Outre l’as­pect hu­main, l’UE éva­lue les coûts de cette mor­ta­li­té à près de 145 mil­liards d’eu­ros par an. La France n’est pas épar­gnée : 18500 per­sonnes y meurent chaque an­née des ef­fets de la pol­lu­tion de l’air par le tra­fic rou­tier. Ce qui, d’après l’Or­ga­ni­sa­tion de coo­pé­ra­tion et de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­miques (OCDE), ponc­tionne notre éco­no­mie de 40 mil­liards d’eu­ros par an. Cette an­née, pour non­res­pect de la lé­gis­la­tion eu­ro­péenne en­trée en vi­gueur en 2005, la France pour­rait être condamnée à payer des pé­na­li­tés fi­nan­cières à l’UE. À sa­voir une amende de 11 mil­lions d’eu­ros, sans comp­ter les as­treintes jour­na­lières (240000 eu­ros) qui pour­raient oc­ca­sion­ner un dé­pas­se­ment an­nuel de 100 mil­lions d’eu­ros!

À PA­RIS, LE DIE­SEL EN LIGNE DE MIRE

Il n’em­pêche. Dans le sillage de l’État, ré­gions et mu­ni­ci­pa­li­tés col­la­borent sur tout le ter­ri­toire avec des ins­ti­tuts de re­cherche, des pôles de com­pé­ti­ti­vi­té, de grandes en­tre­prises et des start-up pour mettre en oeuvre des so­lu­tions ur­baines in­no­vantes. À l’ins­tar de l’in­cu­ba­teur « Res­pi­rer dans la ville » inau­gu­ré en juin der­nier par l’i-Lab d’Air Li­quide et Pa­ris Ré­gion Lab qui, par­mi ses trois jeunes pousses, compte Na­tu­ralG­rass, une star­tup spé­cia­li­sée dans le dé­ve­lop­pe­ment de sur­faces vé­gé­tales en mi­lieu ur­bain. Plus glo­ba­le­ment, le pre­mier ob­jec­tif vise à réduire la pol­lu­tion à la source. En té­moigne Anne Hi­dal­go, la maire de Pa­ris, qui prône un en­semble de me­sures d’ur­gence pour fa­vo­ri­ser, en cas de pic de pol­lu­tion, « la cir­cu­la­tion al­ter­née, le re­port mo­dal de la voi­ture in­di­vi­duelle vers les transports col­lec­tifs, l’Au­to­lib’, le Vé­lib’ ou le co­voi­tu­rage » , dé­taille-t-elle dans la feuille de route qu’elle a adres­sée en mai der­nier à Ch­ris­tophe Na­j­dovs­ki, maire ad­joint et char­gé des Transports. Sur le long terme, Anne Hi­dal­go en­vi­sage éga­le­ment « un plan de sor­tie du die­sel d’ici 2020 » . Au pro­gramme : l’amorce dès cette an­née du « rem­pla­ce­ment du parc de bus die­sel de la RATP par des mo­to­ri­sa­tions élec­triques et GNV » . À titre d’exem­pla­ri­té, plus au­cune ber­line ni ci­ta­dine de l’ad­mi­nis­tra­tion pa­ri­sienne ne de­vrait être die­sel d’ici à 2015.

DES OU­TILS DE COMP­TAGE AF­FI­NÉS ET MOINS CHERS

Autre ligne d’ac­tion : la li­mi­ta­tion « des cars de tou­risme et des poids lourds aux véhicules les plus propres, qui pour­raient pas­ser par la re­fonte des cartes pro­fes­sion­nelles de sta­tion­ne­ment et des in­ter­dic­tions de cir­cu­ler pour les véhicules les plus pol­luants. » La maire de Pa­ris sou­haite éga­le­ment pour­suivre « le tra­vail réa­li­sé dans le cadre de la Charte en fa­veur d’une lo­gis­tique ur­baine du­rable afin de trou­ver, en concer­ta­tion avec les pro­fes­sion­nels, les moyens d’at­teindre l’ob­jec­tif de 50 % des li­vrai­sons du der­nier ki­lo­mètre réa­li­sés en vé­hi­cule non-die­sel en 2017, puis 100 % en 2020. » En­core faut-il être ca­pable de me­su­rer pré­ci­sé­ment l’état du tra­fic rou­tier afin de prendre les bonnes dé­ci­sions. À cet égard, les col­lec­ti­vi­tés com­mencent à rem­pla­cer les boucles ma­gné­tiques noyées dans le bi­tume par d’autres cap­teurs moins coû­teux en gé­nie ci­vil comme les ra­dars ou les cap­teurs ma­gné­to­mètres, comme ceux de l’amé­ri­cain Sen­sys Net­works qui en a dé­ployé 50000 dans le monde. Dans son sillage, la start-up fran­çaise Hi­kob, créée par des cher­cheurs en 2011, pro­pose de pe­tits ma­gné­to­mètres qui com­mu­niquent par ra­dio via une pas­se­relle fixée sur un mât ou dans une ar­moire élec­trique jus­qu’au centre de su­per­vi­sion rou­tière. « Il suf­fit d’un quart d’heure pour les ins­tal­ler par simple ca­rot­tage » , sou­ligne Lu­do­vic Bro­que­reau, di­rec­teur mar­ke­ting et com­mer­cial de l’en­tre­prise qui compte 10 sa­la­riés. Le sec­teur des cap­teurs rou­tiers s’en­ri­chit éga­le­ment de ca­mé­ras vi­déo in­tel­li­gentes. En vue, la me­sure du nombre de cy­clistes em­prun­tant les pistes cy­clables ou des pié­tons cir­cu­lant sur les trot­toirs ou pa­tien­tant à l’ar­rêt d’un bus. C’est d’ailleurs ce que four­nit l’édi­teur fran­çais Evi­tech qui conçoit des so­lu­tions d’ana­lyse d’images vi­déo au dé­part pour la ges­tion de foule. « Il en ré­sulte des sta­tis­tiques de comp­tage ho­ro­da­tées qui aident les col­lec­ti­vi­tés à sa­voir quels sont les points chauds, à quelle heure ils se forment et dans quel sens » , pré­cise Laurent As­sou­ly, di­rec­teur mar­ke­ting d’Evi­tech, créée en 2005, qui réa­lise un chiffre d’af­faires de 720000 eu­ros pour 2013 et dé­nombre une quin­zaine de col­la­bo­ra­teurs dont les deux tiers tra­vaillent en R&D. Ces technologi­es de­vront comp­ter avec le Floa­ting Car & Mo­bile Da­ta qui, pour sa part, ne né­ces­site au­cune in­fra­struc­ture câ­blée. Le prin­cipe consiste à ex­ploi­ter de ma­nière ano­nyme la po­si­tion des smart­phones em­bar­qués dans les véhicules afin de dé­ter­mi­ner les vi­tesses, la den­si­té de cir­cu­la­tion, etc. « Cette so­lu­tion per­met d’éco­no­mi­ser les coûts dans un fac­teur de 1 à 10 » , fait va­loir Michel Mu­noz, ad­joint au chef de ser­vice des dé­pla­ce­ments et du pa­tri­moine rou­tier au Conseil gé­né­ral de Seine-Saint-De­nis.

IDEN­TI­FIER LES VÉHICULES POUR MIEUX LES RÉ­GU­LER

Autre en­jeu du comp­tage : iden­ti­fier les véhicules afin de les au­to­ri­ser ou non à ac­cé­der à cer­taines zones de la ville en fonc­tion de leur mo­to­ri­sa­tion, du nombre de per­sonnes à bord ou en­core de la

À Pa­ris, le der­nier pic de pol­lu­tion, en mars der­nier, avait me­né les au­to­ri­tés à mettre en place la cir­cu­la­tion al­ter­née. © FAGAT - FOTOLIA.COM

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