LE PHÉ­NIX… OU LES 100 DER­NIERS JOURS DE FRAN­ÇOIS HOL­LANDE

Un ré­cit de po­li­ti­que­fic­tion sur la fin du quin­quen­nat.

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE - FLORENCE AU­TRET COR­RES­PON­DANTE À BRUXELLES RE­TROU­VEZ SUR LA­TRI­BUNE.FR SON BLOG « VU DE BRUXELLES » JEANMARC PAU ILLUS­TRA­TIONS

DI­MANCHE 15 MARS 2015, DANS LA SOI­RÉE, AU PA­LAIS DE L’ELY­SÉE De­puis la pu­bli­ca­tion, l’été pré­cé­dent, du feuille­ton du Fi­ga­ro « Hol­lande s’en va », la réa­li­té s’achar­nait à rat­tra­per la fic­tion. Sa ma­jo­ri­té était en miettes, la crois­sance en berne et les fi­nances pu­bliques dans un état ca­la­mi­teux. Dans la tour­mente, il avait fait le choix de la so­cial-dé­mo­cra­tie, mais il lui en coû­tait. Ses pour­fen­deurs ap­pe­laient ce­la le so­cial-li­bé­ra­lisme. « Fou­taises », avait cher­ché à le ras­su­rer son ami Jean-Pierre. « La fron­tière droite-gauche n’est plus per­ti­nente. Il y a le camp de la ré­forme et ce­lui de la conser­va­tion, fût-elle ma­quillée en po­pu­lisme. C’est aus­si simple que ce­la », avait as­sé­né le se­cré­taire gé­né­ral de l’Ély­sée. Simple? Voire. Quand, au mois d’août, Ar­naud Mon­te­bourg et Be­noît Ha­mon s’étaient mis à ruer un peu trop fort dans les bran­cards, il leur avait sim­ple­ment mon­tré la porte. Et les deux che­vaux fous avaient quit­té l’écu­rie gou­ver­ne­men­tale, sui­vis par la belle Au­ré­lie. Sur quoi était ve­nue la tra­hi­son de Va­lé­rie, cette « am­bi­tieuse » qu’il avait por­tée au fir­ma­ment et qui n’avait pas hé­si­té à ba­fouer les règles pour as­sou­vir son dé­sir de ven­geance. « Cin­quante nuances d’ai­grie », avait mo­qué Le Ca­nard… Il éprou­vait pour eux plus de com­pas­sion que de co­lère. La fuite et la trans­gres­sion n’étaient pas la li­ber­té. Phi­lip-

SUR LE VIEUX PORT, NO­VEMBRE S’ÉTAIT TER­MI­NÉ DANS UNE AT­MO­SPHÈRE IN­SUR­REC­TION­NELLE

pu­lus, le chro­ni­queur mys­tère du Fi­ga­ro, se trom­pait. Il ne s’en irait pas, dût-il jouer son pays contre son par­ti. Avec « Valls 2 », il sa­vait qu’il s’aven­tu­rait sur des terres dan­ge­reuses. Il igno­rait alors en­core à quel point. À pré­sent, il sa­vait et il était prêt. Il sor­tit dans le jar­din en di­rec­tion de la ro­se­raie, fou­lant le sol dé­trem­pé d’un pas lé­ger. Il ne s’était ja­mais sen­ti ni aus­si seul ni aus­si fort. Sa dé­ci­sion était prise. Il s’au­to­ri­sa à se re­pas­ser le film des se­maines pas­sées, sans craindre d’être sai­si par la peur de perdre le contrôle, comme si sou­vent dans le pas­sé. Les son­dages ca­la­mi­teux, la mon­tée de Ma­rine Le Pen. Tout ce­la n’était rien à cô­té de l’en­gre­nage qui s’était en­clen­ché à Mar­seille. En sep­tembre, la Com­mis­sion eu­ro­péenne avait de­man­dé le rem­bour­se­ment de 200 mil­lions d’eu­ros d’aides… et ce­lui de 220 autres était en sus­pens. Au­cun gou­ver­ne­ment n’avait ja­mais eu le cou­rage de se dé­bar­ras­ser de ce bou­let. Il lui était re­tom­bé sur le pied. Il n’avait même plus le choix, entre la paix avec Bruxelles au prix de la guerre so­ciale, et la paix so­ciale au prix de la guerre avec Bruxelles. Em­ma­nuel Ma­cron avait im­po­sé le re­dres­se­ment ju­di­ciaire. Il l’avait lais­sé faire. Après tout, on l’avait mis là pour ça. Un seul in­ves­tis­seur s’était pré­sen­té : Xin­mao, le même groupe chi­nois qui avait ten­té deux ans plus tôt de mettre la main sur le fa­bri­cant de fibres op­tiques Dra­ka. Ce­la n’avait pas été du goût des syn­di­cats. Sur le Vieux Port, no­vembre s’était ter­mi­né dans une at­mo­sphère in­sur­rec­tion­nelle. Le per­son­nel de la com­pa­gnie avait dé­fi­lé aux cô­tés de mil­liers de jeunes ré­vol­tés par le pi­lon­nage de Ga­za par l’ar­mée is­raé­lienne. « HOL­LANDE M’A TUER », scan­daient-ils d’une même voix. Deux po­li­ciers avaient fi­ni noyés dans le port. Le Pre­mier mi­nistre lui avait pré­sen­té sa dé­mis­sion. Il l’avait re­fu­sée. Ce­la avait été le dé­but d’un em­bra­se­ment na­tio­nal. Sur ce, la fonde était re­par­tie de plus belle. Les té­nors du par­ti qui lui avaient prê­té main-forte pour vo­ter la confiance au gou­ver­ne­ment « Valls 2 » do­saient leur loyau­té à l’aune de ses am­bi­tions pré­si­den­tielles. Le front des « an­ciens » s’était re­lâ­ché au mo­ment des dis­cus­sions bud­gé­taires, au point que l’État avait failli com­men­cer 2015 sans bud­get! Les coups de se­monce de l’Ély­sée étaient res­tés vains, jus­qu’à un cer­tain ven­dre­di 5 décembre. À 19 heures, une ex­plo­sion avait fait sau­ter les grilles de la porte 5 du chan­tier na­val STX, à Saint-Na­zaire. De­puis la sus­pen­sion de la vente des Mis­tral à la Rus­sie, la car­casse du Sé­bas­to­pol at­ten­dait, in­ache­vée, dans un bas­sin. STX n’avait pas trou­vé de nou­veau com­man­di­taire. Et le Vla­di­vos­tok mouillait dans la rade de Brest. Au mo­ment où le mys­té­rieux col­lec­tif « Où souffle le Mis­tral » re­ven­di­quait l’at­ten­tat, une autre nouvelle tom­bait sur le fil des agences an­non­çant la dé­gra­da­tion de la note fran­çaise. C’était la troi­sième fois en deux ans. « Les condi­tions po­li­tiques et so­ciales ne nous semblent pas réunies pour mettre en oeuvre les me­sures des­ti­nées à li­bé­rer le po­ten­tiel de crois­sance, préa­lable in­dis­pen­sable à la baisse du chô­mage », avait com­men­té un éco­no­miste de Stan­dard and Poor’s. Si­nistre coïn­ci­dence. « Ceux qui jettent de l’huile sur le feu de­vront un jour rendre compte au peuple. Les in­ti­mi­da­tions ne nous font pas peur », avait dé­cla­ré le pré­sident On ne sa­vait pas très bien qui il vi­sait, de l’agence de no­ta­tion ou des po­seurs de bombe qui avaient re­ven­di­qué l’at­ten­tat. « Em­ma­nuel, dis-moi fran­che­ment, est-ce que nous avons quelque chose à craindre en de­hors du désa­gré­ment d’être trai­té comme des éco­liers par ces illustres ar­ro­gants qui ont lais­sé pour­rir le sys­tème pen­dant des an­nées? », avait-il alors de­man­dé à son mi­nistre de l’Éco­no­mie. « Pas grand-chose », avait ré­pon­du l’an­cien ban­quier d’af­faires. « La France ne s’est ja­mais fi­nan­cée à un prix aus­si bas », ex­pli­qua-t-il avec cet art de la pé­da­go­gie qui lui avait per­mis de faire son che­min, de Roth­schild jus­qu’au som­met de l’État. « Tant que le sys­tème fi­nan­cier croule sous les li­qui­di­tés et que nous gar­dons le cap, il n’y a rien à craindre. » L’aver­tis­se­ment de l’agence s’était ré­vé­lé sa­lu­taire car elle avait éga­le­ment abais­sé d’un cran ou deux la note d’une ving­taine de grandes villes fran­çaises. Dans un par­le­ment où 80 % des dé­pu­tés étaient éga­le­ment des élus lo­caux, ce­la avait pro­vo­qué une onde de choc. Comme par mi­racle, une di­zaine de fron­deurs avaient sou­dai­ne­ment re­joint l’en­clos de la ma­jo­ri­té et vo­té le bud­get en ses­sion ex­tra­or­di­naire. Un 24 décembre. « Joyeux Noël, Mon­sieur Hol­lande! », avait ti­tré Li­bé­ra­tion. « Quelle bande d’op­por­tu­nistes! Pe­tite fronde, pe­tite guerre » : tel était le fond de sa pen­sée. Dans les se­maines qui sui­virent, le Tré­sor avait conti­nué ses émis­sions de dette, sans pro­blème. L’ar­gent ne coû­tait plus rien. L’ana­lyse de Ma­cron te­nait la route. Le pré­sident se fé­li­ci­tait de son choix. Son jeune mi­nistre ras­su­rait les mar­chés. Cris­tal­li­sant l’hos­ti­li­té de la gauche, il ser­vait de sur­croît de bou­clier à Valls. Et l’an­cien se­cré­taire gé­né­ral ad­joint avait pris l’ha­bi­tude de re­ve­nir ré­gu­liè­re­ment au Châ­teau dé­brie­fer le pré­sident. Au fond, sa vo­ca­tion était celle d’un homme de l’ombre, plus que d’un mi­nistre. Mais en ce soir de fé­vrier où il avait sol­li­ci­té une nouvelle en­tre­vue, son re­gard clair, sou­li­gné de cernes in­ha­bi­tuel­le­ment sombres, avait per­du sa ras­su­rante sé­ré­ni­té. « Nous al­lons vers des mo­ments dif­fi­ciles », avait-il com­men­cé. – Il y a un mois tu me di­sais pour­tant qu’il n’y avait rien à craindre. – C’était il y a un mois. De­puis la Ré­serve fé­dé­rale a ac­cé­lé­ré son ta­pe­ring. – Son quoi? – Di­sons qu’elle a com­men­cé à re­fer­mer le ro­bi­net. – Et? – Et pour le dire vite, les taux vont re­mon­ter. – Il y a deux se­maines, Tri­chet m’a dit qu’on ne re­joue­rait pas le scé­na­rio de 1994, que la FED avait pré­pa­ré les es­prits, que le mar­ché an­ti­ci­pait… Mille neuf cent quatre-vingt-qua­torze. Les in­ves­tis­seurs qui dé­sertent. Des taux

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