De­nis Payre (Nous ci­toyens) : « Le fonc­tion­ne­ment de l’État doit chan­ger de fond en comble ».

EN­TRE­PRE­NEUR ET FON­DA­TEUR DU MOU­VE­MENT NOUS CI­TOYENS In­vi­té ven­dre­di 12 sep­tembre dans le cadre du Club En­tre­prise La Tri­bune – Chambre de com­merce de Pa­ris Île-de-France, l’en­tre­pre­neur a dé­taillé le projet de son « par­ti de la so­cié­té ci­vile » qui prése

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

LA TRI­BUNE – Com­ment sor­tir de la crise éco­no­mique et po­li­tique dans la­quelle est plon­gé notre pays?

DE­NIS PAYRE ‑ Nous de­vons nous re­mettre sé­rieu­se­ment en ques­tion. Face à l’im­puis­sance du per­son­nel po­li­tique, qui n’a rien ré­for­mé en pro­fon­deur de­puis plus de trente ans, la so­cié­té ci­vile doit prendre son des­tin en main. Au­jourd’hui, rai­son­ner en fonc­tion de la gauche ou de la droite n’a plus de sens. L’une comme l’autre passent à cô­té des su­jets et se voilent la face sur les pro­blèmes du pays en cher­chant sans cesse des boucs émis­saires : la fi­nance pour cer­tains, les im­mi­grés ou l’Eu­rope pour d’autres… La prio­ri­té est de re­mettre les fi­nances d’aplomb et d’amé­lio­rer la com­pé­ti­ti­vi­té des en­tre­prises pour re­trou­ver la crois­sance et l’em­ploi. Les gou­ver­nants doivent dire la vé­ri­té et réa­li­ser des ré­formes au­da­cieuses, comme le re­tour aux 39 heures de tra­vail heb­do­ma­daire et aux cinq se­maines de congés pour tous. Les Fran­çais sont as­sez rai­son­nables pour en­tendre ce dis­cours et por­ter au pou­voir ceux qui ne cé­de­ront pas à la dé­ma­go­gie.

Quels sont les blo­cages qui em­pêchent ces ré­formes?

Le poids des dé­penses pu­bliques, bien su­pé­rieur à la moyenne des pays eu­ro­péens, pé­na­lise la crois­sance, la pro­duc­ti­vi­té et l’em­ploi. C’est un fait : l’État est mal gé­ré. Son fonc­tion­ne­ment doit chan­ger de fond en comble, ce qui per­met­trait d’énormes éco­no­mies. Pour di­mi­nuer les dé­penses, nous de­vons com­men­cer par réduire le nombre de fonctionna­ires. Le re­cru­te­ment de 60000 fonctionna­ires dans l’Édu­ca­tion na­tio­nale dé­ci­dée par Fran­çois Hol­lande est com­plè­te­ment aber­rant. Sa­vez-vous que la France em­prunte tous les jours 800 mil­lions d’eu­ros pour payer les sa­laires de ses fonctionna­ires? Il fau­drait sup­pri­mer 800 000 fonctionna­ires en cinq ans, en pro­fi­tant des dé­parts à la re­traite et en in­ci­tant au dé­part. Ce­la peut se faire sans bru­ta­li­té. Si nous ne nous en oc­cu­pons pas vite, les mar­chés nous obli­ge­ront à le faire de fa­çon bru­tale car ils ne sup­por­te­ront plus long­temps l’es­ca­lade des dé­fi­cits.

Faut-il com­men­cer par chan­ger les règles de la vie po­li­tique?

Ab­so­lu­ment. Nous avons af­faire au­jourd’hui à des po­li­ti­ciens de car­rière qui ne sont plus au ser­vice de l’in­té­rêt gé­né­ral mais dans une lo­gique de ré­élec­tion. Je pense que l’en­ga­ge­ment po­li­tique doit être de courte du­rée. Trois ou quatre man­dats au maxi­mum dans toute une vie. Ce­la per­met­trait d’évi­ter qu’un dé­pu­té eu­ro­péen UMP avoue les pires tur­pi­tudes dans l’af­faire Byg­ma­lion au len­de­main de son élec­tion, ou qu’un dé­pu­té de Saône-et-Loire ex­plique qu’il a une pho­bie ad­mi­nis­tra­tive pour jus­ti­fier ses pro­blèmes avec les im­pôts… Les fonctionna­ires sont sur­re­pré­sen­tés dans la vie po­li­tique, au­tant à gauche qu’à droite. L’As­sem­blée na­tio­nale compte 55 % de fonctionna­ires alors qu’ils re­pré­sentent seu­le­ment 20% de la po­pu­la­tion ac­tive. Ils doivent être re­pré­sen­tés, mais pas sur­re­pré­sen­tés, c’est un dé­ni de dé­mo­cra­tie pour le reste de la po­pu­la­tion.

Quelles pistes pré­co­ni­sez-vous en ma­tière d’em­ploi?

Il faut faire sau­ter tous les ver­rous qui em­pêchent la créa­tion d’em­plois. Quand on est chef d’en­tre­prise, la main tremble au mo­ment de si­gner un CDI. Car les pa­trons savent que s’ils ren­contrent un jour un pro­blème avec la per­sonne, ou si l’en­tre­prise tra­verse des dif­fi­cul­tés, rompre le contrat se­ra dif­fi­cile et rui­neux. En Suisse par exemple, les mo­tifs de li­cen­cie­ment n’existent pas et les pro­cé­dures sont moins longues et moins coû­teuses. Bien sûr, le sa­la­rié doit être in­dem­ni­sé cor­rec­te­ment – nous pro­po­sons de nou­veaux droits et nou­veaux de­voirs dans les­quels les in­dem­ni­tés sont aug­men­tées –, mais il s’agit de sim­pli­fier la sé­pa­ra­tion. Tous les pays au­jourd’hui proches du plei­nem­ploi sont plus flexibles que la France dans ce do­maine. Chez nous, un tiers des PME sont en sous-ef­fec­tif car les pa­trons ont tout sim­ple­ment peur de si­gner des CDI! C’est no­cif pour tout le monde, car ce­la conduit à la mul­ti­pli­ca­tion des CDD, de l’in­té­rim, des stages, et ce sont les plus jeunes qui en souffrent le plus et les se­niors, tous ceux qui sont le plus éloi­gnés de l’em­ploi.

Faut-il aus­si ré­for­mer la fis­ca­li­té?

La fis­ca­li­té n’est que le mi­roir d’une dé­pense pu­blique ex­ces­sive. La France pré­lève 120 mil­liards d’eu­ros de plus par an à la col­lec­ti­vi­té que nos voi­sins eu­ro­péens, soit l’équi­valent de quatre mi­nis­tères de la Dé­fense de plus! Mais notre mo­dèle n’est pas plus « so­cial » que ce­lui de la plu­part de nos voi­sins eu­ro­péens. Nous avons éga­le­ment un pro­blème de ré­par­ti­tion de l’im­pôt. Taxer les plus riches à ce point re­vient à se ti­rer une balle dans le pied. La fis­ca­li­té ne doit pas être confis­ca­toire. Il de­vient dif­fi­cile pour ceux qui ont du pa­tri­moine de res­ter en France, car ils sont en ren­de­ment dé­crois­sant : 100 de pa­tri­moine au­jourd’hui vau­dront 30 dans vingt ans! Il faut ré­con­ci­lier la né­ces­saire so­li­da­ri­té et la pros­pé­ri­té, car la pros­pé­ri­té est in­dis­pen­sable pour fi­nan­cer cette so­li­da­ri­té. Quant aux pe­tits en­tre­pre­neurs, ils ne sup­portent plus la stig­ma­ti­sa­tion sys­té­ma­tique de la gauche – et de la droite – à l’en­contre des en­tre­prises.

La ré­forme ter­ri­to­riale de Fran­çois Hol­lande va di­mi­nuer le nombre de ré­gions de 22 à 13. C’est un pas dans la bonne di­rec­tion?

C’est in­suf­fi­sant. Il fau­drait créer huit grandes ré­gions et sup­pri­mer les départemen­ts. La France compte 12% de la po­pu­la­tion eu­ro­péenne mais 40% des col­lec­ti­vi­tés ! Des éche­lons in­utiles doivent être sup­pri­més. Le dé­par­te­ment tout d’abord, mais aus­si la com­mune. Trente-six mille com­munes, c’est beau­coup trop. Il fau­drait que les ac­tuelles com­mu­nau­tés d’ag­glo­mé­ra­tion de­viennent des com­munes. Les maires ac­tuels res­te­raient, mais ils de­vien­draient comme des maires d’ar­ron­dis­se­ment.

Vous avez écrit que « la France est une sur­douée qui s’ignore ». Notre pays gâ­che­rait donc son po­ten­tiel?

Je suis con­vain­cu que nous avons tout pour réus­sir, par­ti­cu­liè­re­ment dans la mon­dia­li­sa­tion. Je l’ai vé­cu moi-même en tant qu’en­tre­pre­neur. Lorsque j’ai lan­cé Bu­si­ness Ob­jects [un édi­teur de lo­gi­ciels], j’ai com­men­cé avec 10000 eu­ros dans un sec­teur do­mi­né par les Amé­ri­cains, et j’ai réus­si. Les Fran­çais ont une créa­ti­vi­té ex­cep­tion­nelle. Nous avons tout de même in­ven­té le ci­né­ma et co-in­ven­té l’avia­tion. Nous sommes très per­for­mants dans l’au­to­mo­bile, dans le monde artistique et aus­si dans l’industrie. La « marque » France fait rê­ver le monde en­tier. Elle reste un le­vier sur le­quel nous pou­vons nous ap­puyer. Le pro­blème de la France n’est pas qu’elle manque de ta­lents, mais qu’elle a beau­coup de bou­lets aux pieds, qui l’em­pêchent de pros­pé­rer au­tant qu’elle le de­vrait.

De­nis Payre (ci-des­sus, à droite) vient de confier la pré­si­dence de Nous ci­toyens à Jean-Ma­rie Ca­va­da. Dé­pu­té eu­ro­péen, l’an­cien jour­na­liste a quit­té l’UDI pour re­joindre ce « par­ti de la so­cié­té ci­vile » qui veut bous­cu­ler la po­li­tique tra­di­tion­nelle...

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