LE MON­DIAL 2014 DE L’AU­TO

LES FAITS. La Google Car a dé­jà par­cou­ru plus d’1 mil­lion de km. Après le Royaume-Uni, la France va au­to­ri­ser les es­sais de voi­tures sans conduc­teur en 2015. Loin d’être une uto­pie, les voi­tures au­to­nomes pour­raient être com­mer­cia­li­sées dès 2020 en Eu­rope

La Tribune Hebdomadaire - - LA UNE -

À Pa­ris, du 4 au 19 oc­tobre, il illus­tre­ra la ré­vo­lu­tion ac­cé­lé­rée vers l’au­to­mo­bile sobre et connec­tée, avec une pro­fu­sion d’in­no­va­tions.

Tout un sym­bole. Le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique a au­to­ri­sé fin juillet les es­sais de voi­tures sans conduc­teur sur la voie pu­blique, pour une pé­riode de dix­huit à trente-six mois. Gui­dée par un sys­tème de cap­teurs et de ca­mé­ras, la voi­ture sans conduc­teur ne se­ra donc plus can­ton­née à des es­sais sur des chaus­sées pri­vées. À l’is­sue d’un ap­pel d’offres, trois villes bri­tan­niques vo­lon­taires se­ront sé­lec­tion­nées. Le gou­ver­ne­ment de Londres a éga­le­ment lan­cé une étude, qui se­ra pu­bliée à la fin de l’an­née, pour s’as­su­rer que ces voi­tures sont conformes à la lé­gis­la­tion en ma­tière de sé­cu­ri­té et de cir­cu­la­tion. Il ré­flé­chit à des chan­ge­ments du code de la route (lire page 8). Des voi­tures sans conduc­teur sont dé­jà tes­tées sur la voie pu­blique au Ja­pon et dans plu­sieurs États amé­ri­cains comme le Nevada, la Flo­ride et la Ca­li­for­nie. Le gou­ver­ne­ment fran­çais vou­drait au­to­ri­ser de tels tests rou­tiers à par­tir de 2015. « La France se­ra re­con­nue comme une terre d’ex­pé­ri­men­ta­tions du vé­hi­cule au­to­nome, un centre d’ex­cel­lence de l’in­tel­li­gence em­bar­quée et un lea­der en sé­cu­ri­té des sys­tèmes com­plexes » , as­sure un do­cu­ment du mi­nis­tère de l’Éco­no­mie. Il s’agi­ra d’ef­fec­tuer des ex­pé­ri­men­ta­tions sur des routes don­nées et à des ho­raires pré­cis, afin de per­mettre aux groupes fran­çais de pous­ser plus loin les es­sais qu’ils mènent avec des pro­to­types. Blo­qué dans les em­bou­teillages ? Qui n’a rê­vé d’or­ga­ni­ser une vi­sio­con­fé­rence ou de re­gar­der un bon film, plu­tôt que s’éner­ver au vo­lant? La voi­ture au­to­nome per­met­tra as­su­ré­ment d’amé­lio­rer la sé­cu­ri­té sur les routes, de flui­di­fier la cir­cu­la­tion et de don­ner du temps au conduc­teur pour faire autre chose. De telles voi­tures sans chauf­feur ne sont plus une loin­taine uto­pie. Elles pour­raient être com­mer­cia­li­sées dès 2020 en Eu­rope, es­time Car­los Ghosn, PDG de Re­nault et Nissan. « Plus que la fai­sa­bi­li­té tech­nique, c’est la ré­so­lu­tion des pro­blèmes de lé­gis­la­tion et de res­pon­sa­bi­li­té qui va prendre un petit peu de temps » , sou­ligne d’ailleurs le double di­ri­geant. D’ici à 2016, Nissan compte lan­cer ain­si des nou­velles technologi­es qui per­met­tront de mettre son vé­hi­cule en pi­lo­tage au­to­ma­tique dans les bou­chons. En 2018, la voi­ture pour­ra elle-même chan­ger de file et gé­rer les im­pré­vus. En­fin, à l’ho­ri­zon 2020, elle se­ra ca­pable d’abor­der les in­ter­sec­tions et car­re­fours sans in­ter­ven­tion hu­maine. La voi­ture connec­tée, c’est en tout cas une bonne af­faire. Il s’agit en ef­fet d’un énorme mar­ché éva­lué à 50 mil­liards de dol­lars (37 mil­liards d’eu­ros) au cours de la pro­chaine dé­cen­nie ! Des fa­bri­cants de se­mi-conduc­teurs comme In­fi­neon ou des géants tech­no­lo­giques comme Google sont d’ailleurs très im­pli­qués dans les voi­tures « in­tel­li­gentes » (lire page 8) : 10 % à peine des véhicules sont au­jourd’hui do­tés de « sys­tèmes connec­tés » – fort pri­maires par rap­port à ce que l’on ver­ra dans les cinq ans à ve­nir. Or, cette pro­por­tion de­vrait pas­ser à plus de 90 % d’ici à 2020, se­lon le groupe bri­tan­nique de consul­tants Ma­chi­na Re­search. Et ce, avec une so­phis­ti­ca­tion au­tre­ment plus com­plexe, donc à un coût bien su­pé­rieur. Mais la voi­ture du fu­tur ne se­ra pas seu­le­ment connec­tée. Elle se­ra aus­si beau­coup plus sobre et re­jet­te­ra net­te­ment moins de CO2, les deux étant cor­ré­lés. Car Bruxelles im­pose aux constructe­urs au­to­mo­biles une baisse dras­tique des émis­sions de gaz à ef­fet de serre. Ces re­jets ne de­vront pas dé­pas­ser 95 grammes au km en moyenne à comp­ter de 2021, contre un peu moins de 130 l’an der­nier se­lon l’Agence eu­ro­péenne pour l’en­vi­ron­ne­ment. Les voi­tures se­ront du coup plus lé­gères avec des mo­teurs de cy­lin­drée ré­duite et avec une dose va­riable d’élec­tri­fi­ca­tion (hy­bri­da­tion). La mise en oeuvre des 34 plans de la « Nouvelle France in­dus­trielle » – un en­semble de pro­jets lan­cés en sep­tembre par le gou­ver­ne­ment et cen­sés en­ga­ger la France dans une nouvelle ré­vo­lu­tion in­dus­trielle du­rant les dix pro­chaines an­nées – pré­voit, outre le vé­hi­cule au­to­nome, le pro­gramme d’une voi­ture consom­mant à peine deux litres aux 100 ki­lo­mètres. Tous ces pro­jets pro­mettent un monde meilleur. Mais, hé­las, ces énormes avan­cées tech­no­lo­giques au­ront des contre­par­ties. Gare à l’oeil de « Big Bro­ther » au­quel rien n’échappe. Car, les sys­tèmes de connexion des voi­tures per­met­tront par la même oc­ca­sion de sur­veiller étroi­te­ment les au­to­mo­bi­listes et de les sanc­tion­ner à la moindre in­car­tade. On voit dé­jà l’in­té­rêt pas du tout in­no­cent des com­pa­gnies d’as­su­rance… Quant à la com­plexi­fi­ca­tion des véhicules, elle pour­rait aus­si les rendre moins fiables et faire ex­plo­ser le bud­get d’achat et d’en­tre­tien. « Avant 2020, il y au­ra la conduite as­sis­tée. C’est-à-dire des véhicules qui roulent, tournent, s’ar­rêtent et re­partent tout seuls. Mais à condi­tion que le conduc­teur puisse re­prendre im­mé­dia­te­ment le contrôle à tout mo­ment », ex­plique Gilles Le Borgne, di­rec­teur de la re­cherche et du dé­ve­lop­pe­ment de PSA. « En 2020, on com­men­ce­ra à voir des voi­tures vrai­ment au­to­nomes, qui dia­loguent entre elles et avec les in­fra­struc­tures » , sou­ligne le di­ri­geant. « Avant 2020, le sys­tème de na­vi­ga­tion pour­ra an­non­cer qu’on en a pour vingt-cinq mi­nutes d’em­bou­teillage. La voi­ture pren­dra alors la main. Elle s’ar­rê­te­ra, re­par­ti­ra. Mais “re­don­ne­ra le vo­lant” au conduc­teur dès que l’em­bou­teillage se­ra fi­ni et que la vi­tesse s’élève » , ren­ché­rit Ré­mi Bas­tien, di­rec­teur de la re­cherche et de l’in­no­va­tion de Re­nault. À court terme, la voi­ture sans chauf­feur « ne pour­ra fonc­tion­ner qu’à une vi­tesse très lente et dans un nou­veau cadre ré­gle­men­taire » , ex­pli­quait pour sa part à la mi-juillet Car­los Ghosn, PDG de Re­nault et Nissan, lors d’une confé­rence au club des

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