« L’an II de la French Tech, c’est ce­lui de l’in­no­va­tion ou­verte »

À la suite de la confé­rence LeWeb qui a at­ti­ré à Pa­ris le gra­tin des in­ves­tis­seurs, star­tup­pers et in­fluen­ceurs de la Si­li­con Val­ley, Axelle Le­maire ex­plique com­ment l’ini­tia­tive French Tech va en­trer dans le concret, avec l’in­ves­tis­se­ment dans des ac­cé­lé

La Tribune Hebdomadaire - - ENTREPRISE­S - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR DEL­PHINE CUNY

La mi­nistre, qui a ren­con­tré lun­di 8 décembre les grands noms du ca­pi­tal-risque amé­ri­cain à la jour­née de pitchs Pa­ris De­mo Day, ap­pelle les in­ves­tis­seurs étran­gers à ve­nir voir la ri­chesse de nos éco­sys­tèmes en ré­gion. Elle in­vite aus­si les grands groupes fran­çais à tra­vailler da­van­tage avec les start-up dans une dé­marche d’in­no­va­tion ou­verte et confie sa vision du nu­mé­rique, une ré­vo­lu­tion de­vant bé­né­fi­cier à tous.

Après la la­bel­li­sa­tion des neuf pre­mières métropoles le 12 no­vembre, vous en­ga­gez l’ini­tia­tive French Tech dans une nouvelle étape?

Nous en­trons ef­fec­ti­ve­ment dans une nouvelle phase, celle du concret. Nous lan­çons au­jourd’hui un ap­pel à ma­ni­fes­ta­tions d’in­té­rêt afin d’iden­ti­fier les ac­cé­lé­ra­teurs pri­vés fran­çais les plus à même de dé­ve­lop­per le po­ten­tiel des start-up pour les faire croître et de­ve­nir des PME, puis des ETI et des scale-up [en­tre­prises de crois­sance pas­sant à l’échelle mon­diale] et peut-être les cham­pions numériques de de­main.

Nous avons créé le fonds French Tech Ac­cé­lé­ra­tion, qui est do­té de 200 mil­lions d’eu­ros pro­ve­nant du pro­gramme des in­ves­tis­se­ments d’ave­nir et gé­ré par Bpi­france, pour qu’il in­ves­tisse dans ces ac­cé­lé­ra­teurs qui se­ront soit des so­cié­tés pri­vées, soit des fonds d’in­ves­tis­se­ment, des FCPI par exemple, ayant une offre d’ac­cé­lé­ra­tion im­por­tante. Ces in­ves­tis­se­ments sont bien orien­tés vers les be­soins des start-up, à sa­voir le fi­nan­ce­ment et l’ac­com­pa­gne­ment, qu’il s’agisse de mentorat, de conseil ju­ri­dique, fis­cal ou RH. Les pre­miers eu­ros pour­raient être dé­bour­sés dès jan­vier 2015.

Les in­ves­tis­se­ments au­ront lieu au fil de l’eau, sur une pé­riode pou­vant al­ler jus­qu’à cinq ans. L’idée est d’in­ves­tir des ti­ckets de 1 mil­lion d’eu­ros au mi­ni­mum, pou­vant at­teindre plus de 10 mil­lions d’eu­ros, voire 20 mil­lions, afin de faire émer­ger des pro­jets am­bi­tieux. L’État co-in­ves­ti­ra, à hau­teur de 50% du tour de table au maxi­mum : il vient en ga­rant du sé­rieux des pro­jets, mais il n’a pas vo­ca­tion à in­ves­tir di­rec­te­ment dans les start-up ac­cé­lé­rées.

Y a-t-il as­sez d’ac­cé­lé­ra­teurs pri­vés en France?

Les struc­tures pu­bliques sont plu­tôt dans l’amor­çage, l’in­cu­ba­tion, les ac­cé­lé­ra­teurs sont plu­tôt pri­vés en gé­né­ral. J’in­vite les grands groupes fran­çais à créer des in­cu­ba­teurs et des ac­cé­lé­ra­teurs et à in­ves­tir dans les start-up, pour­quoi pas en partenaria­t avec Bpi­france. J’ai dé­fen­du ven­dre­di [5 décembre] à l’As­sem­blée na­tio­nale un amen­de­ment au projet de loi de fi­nances rec­ti­fi­ca­tive pour 2014 sur le cor­po­rate ven­ture [le ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment d’en­tre­prises] qui per­met­tra d’amor­tir fis­ca­le­ment sur cinq ans des in­ves­tis­se­ments opé­rés par des fonds de ca­pi­tal-in­ves­tis­se­ment d’en­tre­prises. L’ob­jec­tif est de fa­vo­ri­ser les pra­tiques de fi­nan­ce­ment des start-up par les grands groupes et de mo­bi­li­ser ain­si 1 mil­liard d’eu­ros pour le fi­nan­ce­ment des jeunes pousses, d’ici à 2017. Cet amen­de­ment a été adop­té par l’As­sem­blée, il de­vra être exa­mi­né par le Sé­nat et le dé­cret est prêt : le dis­po­si­tif pour­ra en­trer en vi­gueur très ra­pi­de­ment. Nous en­trons dans l’an II de la French Tech, ce­lui de l’in­no­va­tion ou­verte, de l’al­liance des grandes en­tre­prises avec les PME et les start-up. Les grands groupes ont tout à ga­gner à s’ou­vrir aux start-up. Le ni­veau de ma­tu­ri­té ou d’agi­li­té nu­mé­rique des grands groupes fran­çais va­rie beau­coup, beau­coup trop, et il de­meure chez cer­tains le sen­ti­ment que les grandes en­tre­prises his­to­riques ne se­ront pas tou­chées par les dis­rup­tions numériques. Je vais ren­con­trer tous les pa­trons du CAC 40 dans les trois mois à ve­nir afin de construire une charte d’en­ga­ge­ment de l’in­no­va­tion ou­verte, pour que l’en­semble de notre éco­no­mie soit en me­sure de ré­pondre aux en­jeux de la trans­for­ma­tion nu­mé­rique.

Que vous ont dit les in­ves­tis­seurs amé­ri­cains que vous avez ren­con­trés le 8 décembre?

La Si­li­con Val­ley est pour eux le centre du monde. Je leur ré­ponds qu’à l’heure du nu­mé­rique, il n’y a plus de centre du monde! Le nu­mé­rique est par­tout, tout le monde peut se l’ap­pro­prier. On fait de la tech­no­lo­gie pour le pro­grès, pas au nom de la tech­no­lo­gie elle-même! Je ne suis pas sûre que la Si­li­con Val­ley soit le mo­dèle so­cial dont il faille s’ins­pi­rer, et que l’af­fo­le­ment au­tour des va­lo­ri­sa­tions de start-up d’ap­pli­ca­tions de ser­vice qui se­ront peut-être ou­bliées dans douze mois, soit très sain pour l’éco­no­mie amé­ri­caine. Je ne suis pas sûre non plus que la Si­li­con Val­ley joue un rôle exem­plaire dans la trans­for­ma­tion nu­mé­rique plus glo­bale de toute l’éco­no­mie et la so­cié­té au bé­né­fice de tous, en em­bar­quant tout le monde, y com­pris les ou­vriers. Nous n’avons donc pas de le­çons à re­ce­voir de la Si­li­con Val­ley. La Si­li­con Val­ley risque de ra­ter le train du dé­ve­lop­pe­ment nu­mé­rique rai­son­né, éthique, en croyant être le centre du monde. Je m’in­té­resse beau­coup au boom des usages mo­biles en Afrique, con­tinent grâce au­quel le Fran­çais se­ra la pre­mière langue par­lée au monde en 2050, ce qui re­pré­sente un énorme po­ten­tiel en termes d’e-édu­ca­tion, d’e-san­té, de chan­tiers d’in­fra­struc­tures. Là sont les vrais en­jeux : le rôle de l’État n’est pas de per­mettre à un in­di­vi­du de de­ve­nir mil­liar­daire! Ce n’est pas un dis­cours contre la ri­chesse ou l’in­no­va­tion, je pense au contraire que la France consti­tue un ter­reau très at­trac­tif et très fa­vo­rable à l’en­tre­pre­neu­riat. Nous de­vons me­ner une contreof­fen­sive qui ne se­ra pas seu­le­ment fran­çaise, mais eu­ro­péenne. De fa­çon plus po­si­tive, je leur dis : ve­nez voir les éco­sys­tèmes la­bel­li­sés French Tech, qui re­cèlent de ri­chesses ex­tra­or­di­naires trop mé­con­nues. Vous connais­sez sans doute Bor­deaux et la Pro­vence, mais peut-être pas leurs en­tre­prises et leurs start-up! Nous sommes bons en sa­voir-faire mais pas tou­jours en faire sa­voir.

Une par­tie de la mis­sion de la French Tech est d’or­ga­ni­ser des vi­sites de VC, de ca­pi­tal-ris­queurs. Je leur dis qu’ils sont bien­ve­nus, que les mots clés sont sta­bi­li­té, pré­vi­si­bi­li­té, ac­com­pa­gne­ment. J’es­père que mon in­vi­ta­tion va être en­ten­due.

« Ve­nez voir les éco­sys­tèmes la­bel­li­sés French Tech, qui re­cèlent de ri­chesses ex­tra­or­di­naires, trop mé­con­nues » lance Axelle Le­maire aux in­ves­tis­seurs amé­ri­cains. © BE­NOIT TES­SIER / REU­TERS

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